LA MAISON DU MAL

Cobweb – Etats-Unis – 2023
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Samuel Bodin
Acteurs : Woody Norman, Lizzy Caplan, Anthony Starr, Cleopatra Coleman, Ellen Dubin, Luke Busey, …
Musique : Drum & Lace
Durée : 88 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : Metropolitan Vidéo
Date de sortie : 21 novembre 2023
LE PITCH
Peter, âgé de huit ans, est tourmenté par un bruit mystérieux et incessant de tapotement provenant du mur de sa chambre – mais ses parents affirment que ce n’est que le fruit de son imagination…
Entre les murs
Créateur des séries Lazy Company et Marianne (sortie sur Netflix en 2019 et à ne pas confondre avec le feuilleton policier du même nom animé par Marilou Berry), le frenchie Samuel Bodin traverse l’Atlantique pour réaliser son premier long-métrage. Conte d’Halloween à l’atmosphère macabre soignée et bien flippante comme il faut, La Maison du Mal est une très belle réussite, proche du sans-faute, mais qui aurait sans doute mérité un scénario un peu plus abouti, surtout dans son dernier tiers.
Au générique de La Maison du Mal, impossible pour le cinéphile averti de ne pas remarquer le logo de Vertigo Entertainment, la boîte de production de Roy Lee et Doug Davison s’étant particulièrement faite remarquer l’an dernier avec l’excellent Barbarian de Zach Cregger. Sans doute curieux de savoir s’il est possible que la foudre puisse frapper une deuxième fois au même endroit, les loulous de Vertigo, main dans la main avec Lionsgate et Point Grey Pictures (la petite structure fondée en 2011 par les comédiens Seth Rogen et Evan Goldberg), nous servent donc à nouveau un film d’horreur à base de lourds secrets de famille et d’une menace qui se dissimule dans les murs et les sous-sols d’une vieille baraque.
Toutefois, à l’inverse du postmodernisme et de la narration très « poupées russe » de Barbarian, la scénario de La Maison du Mal, signé Chris Thomas Devlin (Texas Chainsaw Massacre version 2022), propose une approche plus classique, quelque part entre un conte des Frères Grimm et un épisode de Tales From The Crypt, avec en son sein un mystère que le spectateur lambda n’aura probablement aucun mal à percer. Cette histoire d’un petit garçon solitaire au regard triste, cajolé par des parents trop souriants et au comportement de plus en plus dérangeant, et qui noue une relation toxique avec la voix qui, chaque nuit, lui parle depuis le mur de sa chambre, aborde des thèmes sombres telles que la maltraitance parentale, le repli sur soi, le harcèlement scolaire et la violence juvénile. Du lourd, parfaitement intégré à une intrigue qui couvre tout le spectre de l’épouvante gothique (une vieille bâtisse aux planches qui craquent et un twist qui nous fait passer du film de fantôme au film de monstre). Le souci, c’est que Chris Thomas Devlin semble avoir eu un peu de mal à choisir le format de son histoire (« court ou long-métrage?, là est la question ») et qu’il en résulte des raccourcis et des facilités d’écriture qui plombent un peu l’équilibre du dernier acte, sujet à une surdose de coïncidences et à une conclusion qui apparaît d’autant plus précipitée.
Le sous-sol de la peur
Comme il l’explique avec humilité dans un entretien exclusif à cette édition blu-ray, le jeune réalisateur français Samuel Bodin aura un peu hésité à se lancer dans l’aventure hollywoodienne de La Maison du Mal, en proie à de sérieux doutes quant à sa capacité à livrer un film d’horreur « carré », simple et direct, et craignant de se laisser emporter par son enthousiasme, ses références et son jeune âge. Heureusement, il n’en est rien. La maîtrise instinctive de Bodin, associée à des références solides mais jamais envahissantes (on pense à Carpenter, Craven, Bava et Polanski), fait toute la différence et permet de passer outre les défauts cités un peu plus haut.
Le soin visiblement maniaque apporté à la direction artistique (de la photographie sombre et ciselée de Philip Lozano au score mélancolique et « goblinesque » de l’italien Drum & Lace, en passant par les décors à l’ancienne d’Arta Tozzi) fait de La Maison du Mal en pur film d’atmosphère, poétique et cauchemardesque à souhait. Soucieux d’en donner au spectateur pour son argent, Bodin ne ménage pas ses efforts pour susciter la peur et l’angoisse, sans se laisser aller à des effets faciles. Deux scènes situées dans la cuisine de la maison et qui se répondent l’une à l’autre prouvent à quel point le jeune cinéaste est capable de créer du malaise et de la tension avec presque rien (le bruit d’un vieux lave-linge, un marteau posé sur un plan de travail, une soupe au goût et à l’aspect suspect).
La Maison du Mal doit aussi une fière chandelle à son casting et tout particulièrement à ses trois interprètes principaux. Révélation de C’Mon C’Mon en 2021 aux côtés de Joaquin Phoenix, le très précoce Woody Norman ne tombe jamais dans le piège de la victimisation et parvient à rendre bien plus complexe le personnage de Peter, souffre-douleur et terrifié par des pulsions meurtrières naissantes. Si Anthony Starr recycle avec parcimonie les sourires inquiétants du sociopathe Homelander de The Boys, il faut saluer la prestation casse-gueule de Lizzy Caplan. Déjà bluffante dans la peau d’une jeune Annie Wilkes (l’infirmière siphonnée du bulbe et meurtrière de Misery) dans la saison 2 de Castle Rock, l’actrice californienne se tient en équilibre entre la folie et la bienveillance et impressionne durablement dans les frusques de la pauvre Carol, génitrice traumatisée et cousine lointaine de la marâtre fanatisée de Carrie.
Image
Contrastes précis et définition de haut niveau pour cette copie bluray tirée d’un master 2K et encodée en 1080p. Les nombreuses scènes sombres sont restituées avec beaucoup d’aplomb et on notera le travail de compression sur les textures, les visages et les sources de lumière.
Son
Craquements, grattements et bruits sourds au beau milieu de la nuit font l’objet d’un traitement multicanal très classique mais d’une efficacité redoutable, quel que soit le mixage pour lequel vous pourriez opter. La preuve que ce bon vieux 5.1 n’a pas encore dit son dernier mot face aux nouveaux formats sonores émergents.
Interactivité
Cette édition française reprend sagement le sympathique trio de featurettes (informatives mais bien trop courtes) de la galette américaine et y adjoint un supplément inédit réalisé spécialement pour cette occasion. Pendant près d’une demi-heure, avec entrain et avec une candeur et une franchise salutaire, Samuel Bodin raconte son aventure américaine, énumère ses influences et rend hommage à son équipe et à son casting. Un petit plus indispensable.
Liste des bonus
Entretien exclusif avec Samuel Bodin (27 minutes), 3 featurettes.