LA MAISON DES 1000 MORTS & THE DEVIL’S REJECTS

House of 1000 Corpses, The Devil’s Rejects – Etats-Unis – 2003, 2005
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Rob Zombie
Acteurs : Sid Haig, Bill Moseley, Sheri Moon, William Forsythe, Ken Foree, Walton Goggins, Karen Black, Rainn Wilson…
Musique : Rob Zombie, Scott Humphrey, Tyler Bates
Durée : 193 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5,1
Sous-titres : Français
Editeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 18 mars 2021
LE PITCH
Deux jeunes couples, sillonnant les routes à la recherche d’attractions insolites, débarquent au Musée des Monstres du Capt’ain Spaulding, au fin fond du Texas. Lancés sur les traces du mystérieux Dr Satan, tueur en série et légende locale, ils finissent par se réfugier dans une sombre et mystérieuse maison où réside une famille toute aussi déjantée, qu’adepte de rites sataniques en tout genre ! Le cauchemar peut commencer…
The House that Rob Built
Comme l’a montré la triste conclusion de la famille Firefly avec 3 from Hell, le cinéma de Rob Zombie a, si ce n’est perdu de sa superbe, clairement perdu son accroche avec les fans. Une petite romance entamée dans la première moitié des années 2000 avec les furieux La Maison des 1000 morts et The Devil’s Rejects, virées sanglantes d’une famille texane comme on les aime.
Régurgitant depuis longtemps déjà ses références de cinéphiles horrifico-gore, Robert Cummings plus connu sous le pseudo de Rob Zombie, fier leader du groupe métal White Zombie, n’hésitait pas en faire la nourriture principale des quelques clips qu’il avait tourné en personne. Des grands classiques gothiques jusqu’au slasher, en passant bien entendu par les 70’s, cette passion connue va justement amener la Universal à lui offrir un projet carte blanche… avant de se rétracter fébrilement devant le résultat jugé trop violent et dérangeant pour la firme. Deux ans plus tard, c’est Lionsgate qui extirpe l’objet de sa tombe, profitant de son aura de souffre, pour faire de sa sortie un authentique évènement. Et il fallait bien quelqu’un de la trempe de Rob Zombie pour achever à coup de mandale une décennie de slasher meta et faire la nique à un certain Massacre à la tronçonneuse remaké par le non moins massif Marcus Nispel. Malgré l’efficacité de ce dernier, il est évident que Zombie se hisse un cran laaargement au-dessus en livrant un hommage vibrant au film culte de Tobe Hooper, tout en l’incluant dans son propre décorum baroque, entre l’exploration forcenée d’une culture white trash poussée à vif et une ambiance de fête foraine malsaine et hystérique. Le film de Hooper était d’une brutale simplicité, cultivant la folie contaminante par des dissonances sonores, des teintes rouillées et une camera suffocante… Zombie y répond par une bande originale saturée de vieux tubes rock (de Johnny Cash aux Ramones) et de composition personnelles imparables qui viennent faire écho à une multitudes d’effets de caméra et de montages, alternant les zoom et les inserts vidéos pour mieux plonger le spectateur dans l’esprit malade (c’est un euphémisme) de la famille Firefly. Au-delà de l’expérience limite que peut revêtir cette véritable plongée en enfer, livrant une pauvre Alice à un sidérant purgatoire dirigé par un Dr Satan cauchemardesque, c’est sa manière abrupte, et pourtant profonde, d’offrir une véritable personnalité, une mythologie rigoureuse, à sa propre famille texane, qui fascine définitivement.
Free Birds
Des névrotiques sataniques, de culs-terreurs meurtriers, des dégénérés d’une Amérique oubliée mais littéralement possédés par leurs interprètes dont un sacré trio de tête : la terriblement sexy Sheri Moon en femme enfants nécrophiles (et pas que), l’hypnotique Bill Moseley en male alpha aux relents messianique et l’inénarrable Sid Haig en Mr Loyal de ce véritable cirque des horreurs. Un trio d’enfer, que Zombie va iconiser avec plus de fièvre encore dans le suivant The Devil’s Reject qui effectivement se présente comme une suite directe dans ses grandes lignes (la vengeance du frère du shérif, quelques cadavres bien reconnaissables…) mais qui opère un glissement significatif dans son approche stylistique. Délaissant clairement le slasher trash, le film s’engouffre dans la grande tradition des films d’exploitations nihiliste des 70’s, embrassant la fuite meurtrière des trois compères à travers les routes poussiéreuses et les bouges mal famés. Une mise en scène légèrement plus apaisée, plus sure d’elle aussi, une pellicule granuleuse, des teintes terreuses et une violence plus brutale que grand guignol, dessinent avec force un road movie chaotique, reflet outrageux d’une civilisation décadente. Symptômes destructeurs, les Firefly sont sans doute plus effrayants que jamais lorsqu’ils prennent en otage un petit groupe de country dans un vieux motel (les humiliations sont limites soutenables), mais aussi beaucoup plus humains, presque attachants, dans leurs relations entre enfantillages et amours profonds. Rob Zombie renverse ainsi les vapeurs et les transforme en véritable héros du film, et à leur tour victimes d’un tortionnaire (le shérif) aussi monstrueux qu’eux. De quoi rapprocher encore The Devil’s Rejects avec un certain Massacre à la tronçonneuse 2, second chef d’œuvre de Tobe Hooper, qui lui aussi d’ailleurs donnait à son cauchemar cannibale des contours du western. Classique et fordien pour Hooper. Élégiaque comme un Sam Pekinpah pour Rob Zombie.
Diptyque énervé, déviant et à contre-courant d’un lissage politiquement trop correcte, La Maison des 1000 morts et The Devil’s Rejects sont encore aujourd’hui, avec l’hypnotique The Lords of Salem, la grande réussite d’un Rob Zombie encore animé par le feu sacré. 3 from Hell n’est là finalement que pour rappeler qu’il suffit de pas grand-chose pour éteindre les braises.
Image
Disponibles en Bluray aux USA depuis 2006 pour l’un et 2007 pour l’autre, les deux films étaient très attendus en HD chez les amateurs français. Si La Maison des 1000 morts est toujours marqué par sa multiplicité de source (pellicules diverses, vidéo plus ou moins triturées, superpositions diverses…) qui oblige à quelques nettoyages numériques visibles, la définition offre quelques belles performances, affûtant les détails et les teintes. Le plus beau des deux reste inévitablement The Devil’s Rejects qui retrouve toute la matière vibrante de son 16mm granuleux, organique et crasseux, tout en imposant un piqué ultra précis et percutant.
Son
Affirmés par des pistes DTS HD Master Audio 5.1 de dernière bourre, les deux films embrassent généreusement toute l’énergie et la folie de leur réalisateur, multipliant les montées en puissance, les effets spatiaux dérangeants, les crissements crispants et les atmosphères violentes. Des mix on ne peut plus efficaces et généreux.
Interactivité
Proposé y a quelques mois dans le joli coffret « trilogie » de Metropolitan, les blurays sont désormais disponibles à la vente en unitaire. Conséquence directe, le DVD bonus de The Devil’s Rejects contenant tous les suppléments déjà vu sur l’édition collector de longue date n’ont pas été reproposés dans le Bluray single. Et comme aucun vrai making of n’a jamais été produit pour le premier film de Rob Zombie on se retrouve avec des éditions tristement light. Les mini-featurettes montrant quelques petites images de maquillages et de coulisses de La Maison des 1000 morts sont loin de combler les attentes. Ne reste plus finalement que les deux commentaires audios du réalisateur, s’efforçant de délivrer quelques anecdotes et petites informations techniques, mais il ne semble jamais vraiment passionné par l’exercice.
Liste des bonus
La Maison des 1000 morts : Commentaire audio de Rob Zombie, Autour du film : images du tournage et interviews des acteurs (5’), Transformation : la séance de maquillage du Capt’ain Spaulding (3’)
Devil’s Rejects : Commentaire audio de Rob Zombie.