LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP

La Ragazza che spaeva troppo – Italie – 1963
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller
Réalisateur : Mario Bava
Acteurs : Laeticia Roman, John Saxon, Valentina Cortese, Dane DiPaolo…
Musique : Roberto Nicolosi
Durée : 85 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Italien, anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 24 mars 2022
LE PITCH
Nora, une jeune américaine en séjour à Rome, est victime d’une agression nocturne et voit avant de s’évanouir une femme se faire assassiner. A son réveil, toute trace du meurtre a disparu, et personne ne croit à son histoire. Nora découvre alors qu’un serial killer a déjà sévi au même endroit, et qu’elle pourrait être la prochaine victime…
Le crime est son affaire
Deux ans après avoir lancé la mode du film gothique italien avec Le Masque du démon, Mario Bava revient, pour la dernière fois, au noir et blanc avec La Fille qui en savait trop. Une aventure policière ludique mais photographiée comme thriller hitchcockien qui inaugure sans le vouloir les formes du célèbre giallo.
Une nouvelle fois produit au sein de la Galatea, mais aussi pour le compte de la AIP de Samuel Z. Arkoff, La Fille qui en savait trop devait être au départ qu’une simple et charmante comédie romantique. Sous l’impulsion de Mario Bava, mais aussi de son coscénariste Sergio Corbucci, le projet va cependant rapidement traîner ses guêtres du côté du psycho-thriller initié par le Psychose d’Alfred Hitchcock et largement exploité par tout un pan de la Hammer (encore et toujours). D’où certainement le choix d’un noir et blanc suave et élégant, mais aussi d’un film aux deux visages, le réalisateur préservant les séquences humoristiques et décalées voulues par les Américains (ce sera The Evil Eye), mais confectionnant dans le même temps un bien plus sérieux et réaliste montage italien. C’est ce dernier d’ailleurs en l’occurrence qui approche véritablement sa trame avec le plus de pertinence et d’unicité, transformant son enquête gentiment délurée d’une touriste américaine dans la Rome de la Dolce Vita, en voyage déroutant et limite cauchemardesque dans les ombres qui habitent la cité de lumière. Des séquences ensoleillées affichant des hauts lieux touristiques charmant et une foule bigarrée et chaleureuse, le film laisse place la nuit à des rues désertes, sombres et admirablement sculptées par des noirs tranchés.
Rome ville découverte
C’est sur l’une de ces places d’ailleurs que la charmante Nora se fait agresser par un pickpocket avant d’assister impuissante au meurtre d’une jeune femme. Sa crédibilité sera mise en doute mais, aidée par le gentil docteur Marcello Bassi, l’héroïne un brin naïve va peu à peu remonter le fil et découvrir une série de meurtres dont elle pourrait détenir la clef. Un film d’enquête qui se suit avec plaisir, relativement décontracté et efficacement rythmé en indices et révélations, mené par un couple plutôt sympathique, mais qui reste surtout passionnant pour sa mise en place de codes, de schémas et de figures qui deviendront l’apanage du Giallo : le contexte contemporain, l’inscription dans une citée typiquement italienne, l’héroïne témoin devenant détective en herbe, les effluves psychanalytiques qui explicitent les motivations du tueur autant que mettent en doute la raison de l’héroïne, les relents morbides et dérangés et ce crime fondateur, habilement chorégraphié, qu’il faudra inlassablement revisiter, décortiquer, pour en découvrir la réalité. Si Dario Argento s’est toujours défendu d’avoir vu La Fille qui en savait trop, ce dernier contient pourtant en germe tous les ingrédients des futurs L’Oiseau au plumage de cristal et Les Frissons de l’angoisse.
De son côté Mario Bava a poursuivi son affirmation des contours du genre avec le sketch central de Trois visages de la peur et bien entendu le chef d’œuvre maniériste Six Femmes pour l’assassin avant de le mettre à mort brutalement en 1971 avec le proto-slasher La Baie Sanglante. Cette faculté de continuellement bouleverser et transformer le visage du cinéma de genre transalpin reste certainement l’une des grandes forces de l’œuvre de Mario Bava.
Image
Produit à partir du scan 2K d’un interpositif 35mm et de quelques éléments d’un internégatif 35 mm, le montage italien de La Fille qui en savait trop est superbe. Les grain délicat et marqué est bel et bien présent, les noirs sont impeccables, les contrastes joliment creusés et les reflets argentiques radieux. Une belle prouesse même si quelques griffures (dont une ou deux bien visibles) restent encore présentes aux cotés de légers spots et autres douces fluctuations sur les bords. Le montage américain, manifestement effectué à partir d’une source moins performante reste honorable mais affiche une définition bien moins pointue et des contrastes trop doux.
Son
Si la version anglaise est bien entendu réservée au montage américain, les postsynchronisations d’origine italienne et française sont disposées en DTS HD Master Audio mono sur le montage européen. Les trois sources sont de très bonne qualité avec un son toujours clair, équilibrés sans soucis de saturation ou autres perditions. A chacun sa petite préférence.
Interactivité
Deuxième titre de la déjà incontournable collection Bava de Sidonis, La Fille qui en savait trop est disposé dans un Mediabook au design réussi et accompagné de son livret making of signé Marc Toullec, piqué dans la reliure. L’objet contient bien entendu aussi le Bluray et le DVD du film avec une très intéressante sélection de suppléments.
A commencer par le montage américain du film qui, comme l’explique le patron de Metaluna, Bruno Terrier, n’est pas qu’une histoire de censure, mais bien une vraie variation du film montée par Bava en personne. De nombreuses séquences ont été écartées mais aussi ajoutées, la musique décontractée remplacé par celle, plus crue, de Les Baxter, la fin légèrement modifiée, pour aboutir à un film légèrement plus long et, entre autres, à l’humour plus présent.
On retrouve aussi une nouvelle présentation complète du film par Olivier Père qui replace le film dans la carrière de son auteur et dans l’amorce d’un genre à venir, tout en démontrant sa vision très particulière de l’espace et de la ville moderne. Tout aussi intéressant, le segment All About the Girl provient de l’édition anglaise signé Arrow Video et explore les transformations du film, la naissance du giallo et le génie de Bava en compagnie de Luigi Cozzi, Richard Stanley et deux critique britannique. Enfin le programme s’achève par une rencontre avec John Saxon enregistrée pour le DVD de Blue Underground, dans laquelle l’acteur explique les raisons, amusante, de sa virée italienne et sa relation pas forcément des plus détendues avec le maestro.
Liste des bonus
Le livret « La Fille qui en savait trop : Giallo année zéro » rédigé par Marc Toullec (24 pages), « The Evil Eye » : montage américain de « La Fille qui en savait trop » (92’, VO anglaise sous-titrée français), Présentation du film par Olivier Père (26’), Les différentes versions du film par Bruno Terrier (14’), « All About the Girl : Memories of A Giallo Gem » (21’), Interview de John Saxon (9’), Bande-annonce.