LA FIANCÉE DE CHUCKY

Bride of Chucky – Etats-Unis – 1998
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur, Comédie
Réalisateur : Ronny Yu
Acteurs : Jennifer Tilly, Katherine Heigl, Alexis Arquette, Gordon Michael Woolwett, Nick Stabile, John Ritter…
Musique : Graeme Revell
Durée : 89 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 et 5.1
Sous-titres : Français
Editeur : ESC Éditions
Date de sortie : 17 mars 2021
LE PITCH
Tiffany, l’ex-fiancée de Charles « Chucky » Lee Ray, soudoie un policier pour récupérer les restes déchiquetés de la poupée Brave Gars dans laquelle le tueur en série était parvenu à transférer son âme. Amoureuse et psychopathe, la jeune femme répare et ressuscite le pantin meurtrier …
Toy Story
Opus de transition, coincé entre deux trilogies très différentes l’une de l’autre, La Fiancée de Chucky remplit plusieurs fonctions. Faire oublier un piteux chapitre 3 (qui faillit bien couler la franchise), ramener Chucky au centre de toutes les attentions, opérer la bascule vers un humour méta épicé de gore outrancier et consacrer la prise de pouvoir du scénariste Don Mancini sur un univers dont il avait presque été dépossédé. Mercenaire bienveillant et appliqué derrière la caméra, Ronny Yu coche toutes les cases sans faire de vagues.
Une nuit d’orage. Dans les archives d’un commissariat quelconque s’entassent preuves, dossiers et diverses armes de crimes. Parmi ces reliques sanglantes, impossible de ne pas reconnaître les masques de Michael Myers et Jason Voorhees, les griffes de Freddy Krueger ou la tronçonneuse d’un certain Leatherface. Enfermé à double tour dans un placard en acier renforcé, un sac poubelle contenant la dépouille en lambeaux de Chucky attire la convoitise d’un policier qui s’en empare pronto. Forcément corrompu et un peu trop curieux, le flic en question revend son précieux butin à Tiffany, pin-up blonde et gothique (et aussi un peu fêlée de la cafetière) qui préfère régler la transaction d’un bon coup de couteau plutôt que contre espèces sonnantes et trébuchantes. Lancement du générique au son du fabuleux « Living Dead Girl » de Rob Zombie au cours duquel Tiffany répare Chucky comme ce bon vieux Victor Von F. le fit avec sa créature un siècle plus tôt. Cérémonie vaudou, résurrection, meurtre. La machine est relancée.
Le premier quart d’heure de La Fiancée de Chucky concentre à peu de choses près les meilleures idées d’un script très sommaire mais prometteur. Au premier abord, Don Mancini cède sans retenue à toutes les modes en vigueur à la fin des années 90 : collection de clins d’œil et de citations, second degré, rock bruyant et néo-femme fatale. En seconde lecture, le propos est bien plus riche et nuancé. En réalité, Mancini dresse un état des lieux des icônes du fantastique moderne. Boogeymen et croquemitaines ont été mis au rebut et attendent désormais leur résurrection de la main de leurs plus grands fans, ceux qui sont prêts à tout pour les honorer, à tuer et à vendre leur âme au besoin. Sans équivoque, le scénariste clame son indépendance et son amour du genre, bien loin du cynisme de Scream (au hasard).
Bonnie & Clyde
Tout en posant sa note d’intention, Don Mancini redéfinit la dynamique de sa franchise. Fini le jeu du chat et de la souris entre Chucky et le jeune Andy, victime et objet de toutes les convoitises d’un serial killer en plastique haut comme trois pommes. Anti-héros et sale gosse assassin, Chucky est enfin la star ! Ou presque. Bientôt réduite à l’état de poupée caractérielle, Tiffany rejoint son fiancé pour un numéro de duettiste parfaitement délectable. Le plaisir de Jennifer Tilly et de Brad Dourif à donner de la voix pour ce couple pas tout à fait comme les autres est indéniable. S’ensuit donc une balade sanglante en direction d’un cimetière et d’une amulette magique au cours de laquelle Chucky et Tiffany sème les cadavres en s’insultant, en se jurant un amour éternel, en copulant comme des lapins ou en offrant un majeur bien tendu à quiconque les regarde de traviole. Face à ces deux-là, le reste du casting est inexistant, pas franchement aidé par une caractérisation à la ramasse. Et c’est bien là le problème. La Fiancée de Chucky introduit des personnages et des concepts passionnants mais ne raconte pas grand-chose. Mancini fait table rase du passé et prépare le terrain pour les suites qui lui trottent déjà dans un coin de la tête.
Pour son deuxième film américain après l’étrange mais divertissant Magic Warriors (croisement atypique de son propre Jiang Hu et de L’Histoire sans fin avec … des kangourous !), Ronny Yu s’emploie à insuffler suffisamment d’énergie dans La Fiancée de Chucky pour donner une illusion de contenu. Avec l’aide de son chef opérateur Peter Pau, Yu découpe chaque meurtre comme un morceau de bravoure made in HK et filme sous toutes les coutures les incroyables créations animatroniques d’un Kevin Yagher au sommet de son art. Très à l’aise dans les ruptures de ton, le cinéaste maintient sans flancher l’équilibre délicat entre horreur et humour grand guignolesque. Le savoir-faire de Ronny Yu est indiscutable mais sa personnalité s’efface derrière les ambitions de Don Mancini. Sympathique et sincère mais aussi terriblement anecdotique.
Image
Le master est ici le même que celui employé un peu partout dans le monde par Universal mais le traitement diffère quelque peu. Corrigeant certaines erreurs du passé, ESC a tout misé sur une définition plus aiguisée (ces gros plans !) et la mise en avant d’un grain cinéma qui adoucit une photographie très électrique. Plus vivant et moins numérique, le résultat est nettement plus chaleureux que pour les galettes américaines.
Son
Les mixages stéréo et 5.1 se distinguent par une meilleure répartition des graves et des ambiances plus détaillées. Un écart qualitatif qui n’a rien de surprenant mais qui a le mérite de ne léser personne. Dans l’idéal, la version française est à bannir (sans tenir compte d’un défaut d’encodage auquel l’éditeur a déjà prévu de remédier par un échange de disques). Soigné, le doublage ne fait néanmoins pas le poids face aux voix originales.
Interactivité
C’est devenu l’une des spécialités de l’éditeur : le collector en forme de boîtier VHS. L’effet nostalgie est comme toujours imparable et l’objet mérite de trôner avec fierté sur nos étagères. Les goodies sont variés. Le poster et les photos font plaisir sans surprendre tandis que le magnet en forme de cœur de Damballa et le livret du « Vaudou pour les nuls » constituent de bien belles idées. Les bonus vidéo soufflent eux aussi le chaud et le froid. La reprise des commentaires audio de Ronny Yu d’un côté et de Don Mancini appuyé par Brad Dourif et Jennifer Tilly, est une très bonne nouvelle. Peu bavard mais très technique et précis, le réalisateur fait le portrait d’un tournage « comme un autre », un job de plus. Nettement plus riche en anecdotes et en vannes hilarantes, les pépites du trio composé par le scénariste et son couple vedette se dévorent comme une poignée de bonne grosses sucreries arrosées de fan service. Trop courtes, les featurettes d’époque n’offrent pas grand-chose à se mettre sous la dent si ce n’est quelques images de la mise en place des incroyables effets de plateau. Seul bonus inédit et exclusif, l’entretien avec le journaliste Julien Dupuis replace cette suite dans son contexte et croise l’analyse un peu trop poussée et les infos sur les coulisses de cette suite tardive et inespérée. Dommage que le ton soit si monotone. Il n’en reste pas moins que le disque français peut désormais s’enorgueillir d’offrir aux amateurs l’édition la plus complète et soignée de la série B de Ronny Yu. Cocorico !
Liste des bonus
Commentaire audio du réalisateur Ronny Yu, Commentaire audio avec le scénariste Don Mancini et les comédien(ne)s Brad Dourif et Jennifer Tilly, Entretien autour du film avec le journaliste Julien Dupuis, Interviews de Chucky et de Jennifer Tilly, Making-of des effets spéciaux, Bandes-annonces.