LA CITÉ MAGIQUE

Magic Town – Etats-Unis – 1947
Support : Bluray & DVD
Genre : Comédie
Réalisateur : William A. Wellman
Acteurs : James Stewart, Jane Wyman, Kent Smith, Ned Sparks, Wallace Ford…
Musique : Roy Webb
Durée : 103 minutes
Image : 1.33 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 05 mars 2024
LE PITCH
Ancien joueur de basketball, Rip Smith dirige un institut de sondage d’opinions. Au bord de la faillite, il doit en renflouer les caisses. Pour y parvenir, il sélectionne la petite ville de Grandview dont l’opinion publique reflète celle du reste des États-Unis. Dans le plus strict anonymat, il s’y installe avec son équipe. Très vite, il se dispute avec la rédactrice en chef de la gazette locale, Mary Peterman, partisane d’un Grandview autrement plus progressiste et moderne que l’image figée dans le temps dont Rip Smith voudrait en donner.
La vie est belle
Je ne sais pas pour vous, mais vue l’ambiance actuelle, il est parfois sympathique de se retrouver face à une bonne comédie réalisée à l’ancienne. De celle qui nous montre au-delà des travers de ce monde, que l’homme peut toujours faire marche arrière, pour redécouvrir son être intérieur derrière le mur qu’il s’est bâti. Un sujet simple, classique, mais qui fait du bien.
Lorsque l’on évoque le cinéma de William Wellman, on citera volontiers ses westerns (L’étrange incident) ou ses films de guerre (Lafayette escadrille) pour lesquels il s’est fait une spécialité au fil des ans. Même s’il a déjà participé au genre de la comédie une dizaine d’années plus tôt en coréalisant A star is born avec Jack Conway et Victor Fleming, il viendrait à peu de monde l’idée de nommer Magic Town (aka La cité magique chez nous) comme œuvre de sa riche filmographie. On pourrait même faire le test à des spectateurs cinéphiles et avertis. Montrez-leur le film, cachez le nom du réalisateur et demandez-leur qui en est le metteur en scène. Il y a fort à parier que la plupart évoquent le nom de Franck Capra à la place de celui de l’auteur de Bastogne où de l’oscarisé Wings (premier film oscarisé). Tout d’abord, il s’agit d’une comédie de mœurs, nous sommes dans les années quarante, époque de réussite constante chez Capra ; l’acteur vedette en est James Stewart et son sujet principal tourne autour d’un homme citadin qui au contact des habitants d’une petite ville rurale va redécouvrir son humanité perdue. Il est étonnant de voir Wellman sur un tel sujet. A croire qu’au lendemain de la guerre, il avait besoin de cette récréation. D’ailleurs, à l’instar de son confrère Frank Capra, il s’en sort merveilleusement bien.
Trouver sa place
Le thème classique du citadin à la campagne n’est pas un sujet nouveau, certes. Pourtant, le postulat de départ va plus loin. Cette petite ville où James Stewart débarque incognito est emblématique du pays statistiquement parlant. Elle correspond idéalement à la moyenne de tous les sondages et de toutes les données démographiquement parlantes (ce genre de bourgades types que l’on nous ressort à chaque élection ou referendum). Pour sauver son cabinet en faillite, Rip Smith part à l’assaut de cette ville pour mieux apprivoiser et connaître le public lambda. Ce monsieur Tout le monde de James Stewart prête ses traits juvéniles et sa grande taille, perdu dans cette petite ville vieillissante où chaque habitant n’est qu’une statistique anonyme. Bien entendu, il apprendra que son grand cœur froid a besoin d’être rempli par ces habitants si insignifiants soient-ils. Il cherche sa place dans la société sans comprendre que l’anonyme, c’est lui (ne serait-ce que par son nom des plus banal : Smith). Wellman, habilement, va inverser les rôles. Au gré du scénario, la ville de Grandview va devenir la risée du pays sous la plume des journalistes provoquant exode et fermeture des commerces. Cette ville de l’Amérique profonde perd de son identité et migre à l’instar des mégapoles vers l’individualisme profond. Les gens ne se parlent plus par peur du ridicule, le poêlon à bois où les habitants aimaient se réunir de tout temps pour prendre des nouvelles des uns et des autres reste dorénavant indubitablement froid. Le metteur en scène renvoie au pays son propre miroir en se moquant d’eux-mêmes, de nous-mêmes.
Aujourd’hui encore, le monde se moque de celui d’hier, celui arriéré, loin de la technologie qui facilite si grandement nos quotidiens, permettant enfin de vivre en toute autonomie sans avoir besoin de communiquer avec les autres, qui…qui… nous fait sentir si seuls, parfois, dans ce grand monde vide. Et si finalement nos aïeux avaient raison ; et si, vindiou, c’était bien mieux avant ?
Image
Le film bénéficie d’une solide définition. Pas exempt de défauts dus à l’âge, ceux-ci restent mineurs. Le principal se trouve sur une copie qui offre de beaux contrastes sur ce noir et blanc aux contours nets et bien travaillés.
Son
En version originale uniquement, la piste son est heureuse. La dynamique du film a de bons équilibres tout au long de ce long-métrage, le rendant bien plus jeune qu’il n’y paraît.
Interactivité
Patrick Brion y va de son amour des films de cette période pour prouver au monde que William Wellman sait tout faire en matière de réalisation, tout comme James Stewart peut lui aussi tout jouer. L’acteur est particulièrement mis à l’honneur avec un très bon documentaire monté pour l’occasion. Narré par Laurent Gerra durant plus d’une heure, celui-ci passe non seulement sur les grandes heures de la carrière du comédien, mais surtout s’attarde sur l’homme qu’il était. De sa carrière militaire durant la seconde guerre à ses amitiés avec Henry Fonda tout en passant en revue ses nombreuses collaborations avec Alfred Hitchcock et Anthony Mann. Un complément bienvenu.
Liste des bonus
Présentation de Patrick Brion (12’), James Stewart l’ami américain (69’).