L’ÎLE DE LA TERREUR

Island of Terror – Royaume-Uni – 1966
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Terence Fisher
Acteurs : Peter Cushing, Edward Judd, Carole Gray, Eddie Byrne, Sam Kydd, Niall MacGinnis…
Musique : Malcolm Lockyer
Durée : 89 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Français et Anglais DTS-HD HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Editeur : ESC Éditions
Date de sortie : 21 avril 2021
LE PITCH
Sur une île au nord-est de l’Irlande, la découverte d’un cadavre dont le squelette semble avoir été totalement dissous oblige le médecin local à appeler des confrères londoniens à l’aide …
La petite boutiques des horreurs
Autour de la Hammer Films et de la Amicus gravitaient parfois une étrange concurrence, n’hésitant pas à débaucher les artisans les plus célèbres des deux studios pour donner à de petites séries B fauchées un semblant de prestige. Signé Planet Film Productions, L’île de la terreur est l’un de ces rejetons monstrueux.
Résumer la carrière (et non l’œuvre, la nuance a son importance) de Terence Fisher à son parcours au sein de la Hammer serait une grave erreur. Plus proche de l’artisan passe-partout et du mercenaire que de l’auteur au sens propre, le cinéaste anglais fait ses premières armes après la Seconde Guerre Mondiale en tant que monteur. Ces débuts lui enseignent le sens de l’essentiel, l’importance du cadre et du découpage et l’adaptabilité. Passé à la mise en scène, Fisher aborde tous les genres en privilégiant l’efficacité et le respect de l’image des marques des firmes qui l’emploient. Gainsborough Pictures, Highbury Productions, Hammer Films : tous comprennent bien vite que le savoir-faire de Terence Fisher est une garantie. C’est pour la confiance qu’il inspire – et non, ses velléités d’artiste – qu’Anthony Hinds lui confie les rênes de Frankenstein s’est échappé ! En 1957. Un classique et un immense succès qui doit autant à la mise en scène de Terence Fisher qu’aux prestations de Peter Cushing et Christopher Lee, à la musique de James Bernards, aux maquillages de Phil Leakey et au scénario de Jimmy Sangster. Fisher n’invente pas le « style » Hammer mais il le synthétise et le raffine en tirant le meilleur de ses collaborateurs. Anthony Hinds voulait ressusciter le cinéma gothique par le biais de la couleur et c’est exactement ce que Fisher réalise pour lui. Encore et encore, au fil des ans, revisitant les uns après les autres les mythes horrifiques popularisées par le noir et blanc de la Universal. Dracula, la Momie, le Dr Jekyll & Mr Hyde, le Fantôme de l’Opéra, le Loup-Garou. Tout aussi iconique, Sherlock Holmes passe aussi entres les pognes de Fisher qui livre avec Le Chien des Baskervilles l’une de ses plus belles réussites et la quintessence de l’identité esthétique de la Hammer. C’est d’ailleurs ce même détective du 221b Baker Street qui offre à Terence Fisher l’opportunité d’une première infidélité à la Hammer. Co-production internationale entre la France, l’Italie, l’Allemagne de l’Ouest et le Royaume-Uni, Sherlock Holmes et le Collier de la Mort tend à prouver que, pour le cinéaste originaire du Comté de Londres, le cinéma est un travail comme un autre et qu’il ne s’embarrasse ni des frontières, ni de la nécessité de construire une œuvre.
Avec les meilleurs intentions du monde
Jouissant d’un contrat de distribution avec Universal, l’éphémère société Planet Productions parvient à attirer le réalisateur du Cauchemar de Dracula et de La malédiction des pharaons le temps de deux films. Programmé pour être exploité en double-programme avec The Projected Man de Ian Curteis, L’île de la terreur ouvre le bal de cette collaboration peu fructueuse. Treize ans après le très oubliable Spaceways (déjà pour la Hammer), Fisher renoue avec la science-fiction mais sans le décorum spatio-kitsch.
Le scénario de Edward Mann et Al Ramsen s’inscrit dans la droite lignée des films de monstres américains des 50’s, jouant de la crainte d’une science hors de contrôle et de ses créations contre-nature. L’écriture est classique, prévisible, voire désuète. Mais certaines idées retiennent pourtant l’attention. L’île de la terreur fait intelligemment l’impasse sur le personnage du savant fou et sur les interventions militaires. L’expérience qui nous mène ici au bord du désastre ne dissimule aucun projet diabolique ou mégalomaniaque. Discret, le Dr Phillips profite de son isolement sur une petite île en mer d’Irlande pour tenter de guérir le cancer à l’aide de cellules souches. Rien de bien sensationnel. Le scientifique est même le premier à périr suite à l’échec dramatique de ses recherches. D’autres scientifiques, des médecins, sont alors chargés de mener l’enquête et d’user de leur intellect pour combattre la menace. Le tout dans un cadre rural et insulaire, on ne peut plus terre à terre.
Tant qu’il s’agit de jouer du mystère, de poser les questions, de mettre en scène les réunions d’hommes de science compétents, Terence Fisher s’en sort plutôt bien. La découverte du premier cadavre est fort bien amenée, jouant de l’alternance entre l’hors-champ et la révélation brutale, factuelle. L’horreur corporelle de The Quatermass Xperiment n’est pas loin. Quant à Peter Cushing, fausse tête d’affiche d’une intrigue menée par le très falot Edward Judd, il se fait plaisir en composant un personnage de médecin plus léger qu’à l’accoutumée, loin de l’intensité d’un Van Helsing ou d’un Frankenstein. Mais lorsque les monstres sont enfin révélés, plein cadre, le film s’effondre pour ne plus jamais se relever. Impossible d’accorder le moindre crédit aux silicates, sorte de cellules géantes munis d’un tentacule implacable et qui se nourrissent du calcium des os pour se multiplier à toutes vitesse. Faute d’un budget décent, ces derniers ressemblent surtout à de gros raviolis moisis en plastique, d’authentiques craignos monsters qui provoquent l’hilarité à chaque apparition. Le réalisateur, lui, les prend au sérieux. Autant que faire se peut. Quitte à nous balancer un insert méchamment gore lors d’une amputation à la hache qui a au moins le mérite de nous prendre par surprise. Une poignée de secondes rouges sang qui permettent au 45ème long-métrage de Terence Fisher de ne pas tomber dans l’oubli absolu.
Image
ESC nous fait l’insigne honneur d’exploiter ici la très belle copie du blu-ray américain de Shout Factory. Le transfert n’affiche que de rares défauts de pellicule que l’on oublie bien vite au regard d’une définition acérée et de couleurs vibrantes. Le format offre en outre plus d’image sur les côtés que le bluray anglais. Bonne pioche.
Son
Ratée, la version française a tout juste le mérite d’exister. Le mixage original est plus immersif et met en avant le score de Malcolm Lockyer et les effets sonores électroniques qui accompagnent chaque apparition des silicates.
Interactivité
La collection British Terrors est une affaire désormais bien rodée. Le packaging élégant dissimule comme d’habitude un livret très instructif signé Marc Toullec et la présentation vidéo menée avec entrain par Laurent Aknin compile des informations et une ébauche critique à même de réjouir les connaisseurs comme les profanes. Dommage que le commentaire audio très précis de l’historien du cinéma Robert J. Kiss et du bloggeur Rick Pruitt demeure une exclusivité de la galette US mais on ne peut pas tout avoir.
Liste des bonus
Livret de Marc Toullec, Présentation de Laurent Aknin.