L’ARME A L’ŒIL

Eye of the Needle – Royaume-Uni – 1981
Support : Bluray & DVD
Genre : Espionnage, Thriller
Réalisateur : Richard Marquand
Acteurs : Donald Sutherland, Kate Nelligan, Ian Bannen, Christopher Cazenove, Alex McCrindle
Musique : Miklós Rózsa
Image : 1.85
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 112’
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 22 mars 2023
LE PITCH
Angleterre, 1944. Henry Faber est un espion allemand, surnommé « L’aiguille », car il a l’habitude d’assassiner ses cibles à l’aide d’un stylet. Depuis plusieurs années, les services secrets britanniques tentent en vain de l’intercepter. Ayant récupéré des documents concernant le futur Débarquement allié, il doit absolument regagner l’Allemagne pour les remettre en main propre au Führer.
Les nuits avec notre ennemi
Tentative un peu anachronique de renouer avec les grands récits d’espionnages des années 40-50, L’Arme à l’œil offre à nouveau à Donald Sutherland un rôle imposant, mais aussi à son metteur en scène un ticket inattendu vers la gloire (éphémère) et les étoiles.
Adapté de l’un des bestsellers d’espionnage de Ken Follet (Les Piliers de la terre), L’Arme à l’œil place l’excellent et tortueux Donald Sutherland dans la défroque d’un glaçant espion nazi près à renverser l’issue de la guerre. Armé de photos compromettantes sur l’éventualité du débarquement, attendu par un sous-marin au large des côtes écossaises, il est quasiment de tous les plans, point magnétique d’une caméra fascinée qui observe ses passages tétanisant d’un charmant gentleman anglais, toujours le sourire avenant sous la moustache, au visage froid et pénétrant d’un assassin à la lame facile. Son jeu tout en nuance, en minutie et en finesse s’incarne parfaitement dans une mise en scène qui se veut justement économie, minimisant ses effets et sa violence. Les hommes et femmes sont éliminé presque d’un revers de la main, simple obstacle sur le chemin d’un homme incarné par son patriotisme et son devoir. Certainement le point fort du film, qui s’efforce effectivement de renouer avec les grands thrillers d’espionnages à l’ancienne se déroulant durant la Seconde Guerre Mondiale, et en particulier ceux des modèles Hitchcock, dont il reprend l’ambiguïté, l’analyse d’une certaine monstruosité mais aussi une propension à l’emphase musicale. Immense compositeur, Miklós Rózsa (Ben-Hur, La Maison du Docteur Edwardes, Assurance sur la mort…) nous sert une superbe partition orchestrale, puissante et tendue, mais aux échos terriblement datés comme échappés justement d’un film des années 50 et surtout plaqués sans grand discernement par le réalisateur Richard Marquand.
Amant et tueur
Un cinéaste britannique qui après avoir fait ses premières armes à la BBC, avec entre autres un téléfilm assez célèbre sur la naissance des Beatles, entamait dans la foulée de son précédent Psychose Phase 3 un début de carrière honorable sur grand écran. Honorable parce que sous ses efforts évidents, le soin qu’il peut apporter à la mise en place du suspens et cette recherche de sobriété toute britannique, on sent constamment qu’il atteint rapidement ses limites. Pas une image ou un mouvement de caméra pour donner du caractère à l’ensemble, et surtout cette tendance à se raccrocher aux petits défauts d’un scénario qui aurait du faire l’impasse sur l’enquête parallèle des services secrets britanniques (les personnages sont inexistants et assez inutiles) et accélérer sa première partie pour plus rapidement atteindre cette seconde partie en forme de huis-clos insulaire entre ce fameux Harry Farber et Lucy Rose (Kate Nelligan très convaincante), épouse délaissée par son mari handicapé. Là, les enjeux historiques se mêlent astucieusement à une rencontre amoureuse dont on n’arrive jamais à connaitre le véritable niveau de sincérité, et le film par son analyse des désirs féminins et son portrait de deux solitudes, opère un tournant réussi vers le thriller passionnel.
Loin d’être parfait mais souvent assez prenant et divertissant, L’Arme à l’œil restera sans doute aussi dans les mémoires pour avoir convaincu un certain George Lucas de confier les rênes de sa prochaine production au même Richard Marquand. Un petit film du nom du Retour du Jedi.
Image
Fourni par la MGM au éditeurs tiers (le film est déjà dispo en Angleterre et aux USA) le seul master HD existant à l’heure actuel n’est ni plus ni moins qu’une upgrade d’un master vidéo très daté et sans doute déjà utilisé pour le très vieillissant DVD. Quelques retouches par filtres, quelques rehausses des teintes et des contrastes, un petit nettoyage numérique font tout de même la différence et peuvent parfois offrir quelques jolis plans lumineux où viennent s’incarner une légère profondeur et quelques matières insoupçonnées. Mais les limites se font aussi constamment sentir avec une définition en retrait, un grain qui oscille souvent vers le bruit disgracieux et une compression qui fait au mieux.
Son
Le mono d’origine a bien entendu été respecté mais retranscris sur un DTS HD Master Audio permettant plus de précision et de fluidité. Les sources sonores n’ont pas trop vieillies et l’écoute est toujours confortable et plaisante avec tout de même une logique préférence pour une vo où les musiques de Miklós Rózsa semblent mieux s’incarner.
Interactivité
Comme à son habitude, Rimini choie son édition en lui offrant un élégant fourreau cartonné et en invitant deux plumes à venir présenter le film à leur façon. Collaborateur de Court-circuit pour Arte, Pierre Charpilloz se fend d’une présentation sobre et classique qui passe de l’auteur du roman à la construction du film tout en évoquant en cours de route la stature du réalisateur et des acteurs principaux. Efficace et joliment complété par l’intervention de Jacques Demange, Docteur en études cinématographiques à l’Université de Strasbourg, qui lui pencherait plutôt pour une légère analyse de la dramaturgie du film, sa recherche constante d’efficience et de simplicité froide. En conclusion on peut aussi revoir la première fin exploitée en Europe avec quelques images finales supplémentaires qui appuient un peu lourdement en effet sur le Happy End déjà existant.
Liste des bonus
Dérapages contrôlés avec la participation de Jacques Demange (17’), L’œil d’Hitchcock avec la participation de Pierre Charpilloz (12’), Fin alternative, Bande-annonce.