L’ÉTAT DES CHOSES & THE END OF VIOLENCE

Der stand der dinge, The End of Violence – Allemagne, Portugal, États-Unis, France – 1982, 1997
Support : Bluray
Genre : Drame, thriller
Réalisateur : Wim Wenders
Acteurs : Patrick Bauchau, Samuel Fuller, Isabelle Weingarten, Viva, Roger Corman, Bill Pullman, Gabriel Byrne, Andie McDowell, Loren Dean…
Musique : Jürgen Knieper, Ry Cooder
Durée : 123 et 123 minutes
Image : 1.66 et 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 1.0 (L’état des choses), Anglais DTS HD Master Audio 2.0 et 5.1 et Français DTS HD Master Audio 2.0 (The End of Violence)
Sous-titres : Français
Éditeur : Carlotta Films
Date de sortie : 7 octobre 2025
LE PITCH
L’état des choses : Au Portugal, dans un hôtel dévasté par une tempête, une équipe de cinéma tourne The Survivors, le remake d’un film de science-fiction des années cinquante. Mais le producteur disparaît soudain sans laisser d’argent, et le tournage doit être arrêté. La consternation fait place au désœuvrement jusqu’à l’attente…
The End of Violence : Deux hommes sont engagés pour éliminer un producteur de cinéma qui a fait fortune grâce a l’exploitation de la violence. Mais le lendemain, ce sont leurs corps que l’on retrouve décapités. L’inspecteur Doc Block est chargé de l’enquête. Il reconstitue le puzzle d’un scenario plausible. Ray Bering, ex-scientifique de la NASA travaillant pour un projet top secret, est par hasard témoin d’une partie des meurtres sur l’écran de contrôle de son laboratoire. Les images qu’il réussit à obtenir sont bizarrement floues. Il prend alors conscience qu’il est lui-même observé…
Wenders et l’Amérique
Réalisés à 15 ans d’intervalle, L’état des choses et The End of Violence sont deux films qui se répondent, communiquent ensemble avec comme toile de fond une réflexion sur le monde du cinéma et sur la société américaine. Deux œuvres « improvisées » mais réussies du grand Wim Wenders.
Chef de file du Nouveau cinéma allemand des années 60-70, Wim Wenders a toujours développé un rapport complexe avec les États-Unis, et évidemment son cinéma qui a durablement marqué et influencé l’ancien critique. Déjà présent en filigrane dans ses œuvres des années 70 comme Alice dans les villes ou L’ami américain, le cinéma hollywoodien vient finalement à Wenders par intermédiaire de Francis Ford Coppola, ici en tant que producteur, à la fin des années 1970.
Mais le projet, Hammett, mettra finalement quatre années à aboutir (sorti en 1982) avec maints aléas, problèmes financiers, tournage repris et étalé sur le temps… Le cinéaste allemand en gardera un souvenir amer, une certaine désillusion du « Rêve américain » mais s’en servira pour ses œuvres futures comme L’état des choses, tourné simultanément durant la longue gestation de Hammett. Entouré justement de cinéastes américains de renom présents au casting (Samuel Fuller, Roger Corman, Robert Kramer), Wenders exorcise ses doutes et règle ses comptes avec Hollywood en racontant le naufrage d’un film privé de financements à cause d’un producteur lié à la Mafia…
Quinze ans plus tard, Wenders, qui vit alors à Los Angeles, réalise The end of violence qui se déroule intégralement dans La cité des anges. Étrangement encore très actuel, voire prémonitoire (de par son rapport à l’image, à la vidéosurveillance, à l’importance du paraître), le film s’amuse avec les clichés américains en délivrant un thriller d’espionnage… qui n’en est pas un, un film axé sur la violence… sans la montrer…
Mises en abyme
A l’instar de L’état des choses, le cadre s’implante une nouvelle fois dans le monde du cinéma hollywoodien. Le personnage principal, incarné avec brio par Bill Pullman, est un producteur paranoïaque de films d’action violents…qui se retrouve plongé dans le chaos suite aux révélations d’un agent de la Nasa (Gabriel Byrne) qui met sa vie en danger. Se retirant du monde, il découvre alors la simplicité heureuse de la vie en devenant un jardinier qui se fond dans une communauté d’immigrés d’Amérique latine et dédaigne la vacuité de l’industrie du film. Portrait sans concessions d’une société où règne la peur et d’un cinéma où domine la monnaie, The end of violence méritait sans soute beaucoup mieux que l’accueil froid qu’il reçut au Festival de Cannes en 1997.
Tourné dans un sublime Noir et Blanc et dans les magnifiques paysages de Lisbonne et Los Angeles, auréolé d’une superbe Bande-Son signée Jürgen Knieper et d’un casting fou (Viva, Patrick Bauchau ou encore un magnifique Sam Fuller), L’état des choses est une nouvelle fois une mise en abyme, une plongée dans le monde du cinéma qui ausculte ici le tournage désastreux d’un film de science-fiction privé de financement suite à la « disparition » de son producteur. Peut-être l’un des meilleurs films de son auteur, qui en la personne de l’excellent Patrick Bauchau trouve son alter égo pour raconter finalement sa propre histoire et celle de bien d’autres cinéastes (l’idée du film vint à Wenders suite aux déboires rencontrés par Raoul Ruiz sur le tournage de Le territoire).
Devenu au fil du temps le distributeur attitré des films désenchantés du cinéaste allemand, Carlotta nous comble ici avec la (re)sortie ces deux films riches et beaux, peuplés de personnages terriblement humains et faillibles.
Image
Les deux films ont eu droit à une restauration 4K supervisée par la fondation Wim Wenders. Le somptueux Noir et Blanc de L’état des choses recouvre toute sa grâce ici avec une définition impeccable et des contrastes harmonieux. Le travail du directeur de la photo Henri Alekan est très bien rendu.
Changement de ton avec The End of Violence, premier film en Scope tourné par Wenders avec le concours du français Pascal Rabaud. Images léchées voire esthétisantes accompagnent des teintes plus floues. L’image est très lumineuse, les cadres parfaitement propres. Du beau boulot !
Son
Les nouveaux mixages, 5.1 ou 2.0, présents sur les deux films permet d’apprécier les excellentes compositions musicales de Ry Cooder et Jürgen Knieper. Films de dialogues, Wenders oblige (!), les voix sont par chance parfaitement claires et l’ambiance immersive.
Interactivité
Les éditions Carlotta ont réalisé un beau travail éditorial en proposant des bonus à la fois issus des anciennes éditions ainsi qu’en les agrémentant de nouveaux contenus. Pour L’état des choses, on retrouve ici près de 30 minutes de scènes coupées qui raviront les amateurs. L’interview de Wenders est très instructive sur la genèse extraordinaire de ce « film improvisé », où « trois films » s’entremêlent à l’intérieur d’un seul.
En ce qui concerne The end of violence, les bonus concoctés par le critique Luc Lagier s’avèrent toujours aussi pertinents près de 20 ans après leur réalisation. Enfin, l’interview, qui date de 2025, du cinéaste allemand jamais avare de paroles, s’avère passionnante et en dit plus sur son rapport amoureux et tourmenté avec les États-Unis et son cinéma.
Liste des bonus
L’état des choses : Entretien avec Wim Wenders par Roger Willemsen (18’),Scènes coupées (28’), Bande-annonce originale (3’).
The End of Violence : Préface de Luc Lagier (5’), Entretien avec Wim Wenders (42’), « Wenders et l’Amérique » par Luc Lagier (23’), Featurette (6’), Bande-annonce de la restauration (1’).






