L’ENFANT MIROIR

The Reflecting Skin – Royaume-Uni, Canada – 1990
Support : Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateur : Philip Ridley
Acteurs : Viggo Mortensen, Lindsay Duncan, Jeremy Cooper, Sheila Moore, Duncan Fraser, David Longworth…
Musique : Nick Bicât
Durée : 92 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Extralucid Films
Date de sortie : 27 août 2025
LE PITCH
Dans l’Amérique rurale des années 50, un enfant rêveur et farceur, élevé par un père violent et une mère abusive, échafaude des hypothèses farfelues à propos des villageois qui l’entourent. Il est ainsi convaincu que la vieille dame qui vit seule sur le bord de la route est un vampire.
Le blé en herbe
Énorme sensation au festival de Cannes de 1990, considérée immédiatement d’œuvre « déjà culte », L’Enfant miroir a pourtant longtemps disparu des radars, laissant surtout une trace hypnotique dans la mémoire des cinéphiles. Extralucid Films lui redonne l’écrin qu’il mérite largement.
Homme de théâtre multi-primé, romancier fantastique respecté (mais peu traduit en France), Philip Ridley est un artiste total qui n’a malheureusement signé que trois longs métrages en trente ans. Avant le cauchemar urbain Heartless (2009), et le thriller à domicile Darkly Noon (1995), le cinéaste imprimait durablement sur celluloïd ses obsessions visuelles étonnantes dès son premier essai L’Enfant Miroir. Un projet qu’il avait cependant laissé murir quelques années, se nourrissant de ses études d’arts, mais aussi d’une série de collages intitulée « American Gothic », dans laquelle il fouillait déjà l’image d’Épinal de l’Amérique des 50’s. Étonnant d’ailleurs en les redécouvrant de contempler immédiatement les plans entiers du futur long métrage, des icônes, des figures, des teintes qui y reviendront presque telles quelles. Doit-on alors vraiment s’attarder sur la beauté incroyable de l’image ? Oui, certainement, parce que la nourriture principale du cinéma de Ridley est dans ces constructions qui frôlent toujours le tableau vivant. La photographie sur contrastée, baignant les plans extérieurs dans une lumière chaude, habillant la campagne d’un blé jaune et immortel, écrasant l’horizon sous un bleu azuré digne d’un rêve, jamais très loin des toiles d’Andrew Wyeth (Christina’s World) qui déjà combinaient une imagerie classique de la campagne américaine et une sensation de distorsion.
Le regard des anges
Dans cette féerie qu’est la prime enfance, peuplée de bêtises (ici un crapaud qu’on gonfle pour le faire exploser avec un lance-pierre), d’éternité et d’imagination, le jeune Seth s’apprête à passer l’été le plus traumatisant de sa vie et le point de vue choisi embrasse totalement son regard biaisé. L’idée même de L’Enfant miroir étant justement de conter le passage à l’âge adulte forcé de son héros, confronté à une horreur omniprésente, mais constamment réinventée, digérée par celui-ci. D’où une galerie de personnages opaques, entre les figures figées (le père absent, la mère tortionnaire, le frère héroïque joué par Viggo Mortensen…) et d’autres insaisissables (les voisins qui portent leur oiseau mort…), la construction contemplative à la Terrence Malick de ses errances et l’onirisme inquiétant qui se dégage de chaque image. Une touche de Paperhouse (le film de Bernard Rose), mais aussi avant tout d’un sentiment implacable de finalité, de pourrissement qui tendrait plus vers le David Lynch de Blue Velvet. Un fœtus découvert dans une grande qui devient le confident du soir, un shérif borgne, manchot et à l’oreille mâchouillé présenté comme un croquemitaine, la voisine dépressive dépeinte comme une vampire, une éblouissante voiture noire conduite par des loubards, et surtout des enfants qui disparaissent…
L’Enfant miroir séduit par l’excellence de ses compositions visuelles, berce par la mélancolie des compositions de Nick Bicât (Darkly Noon) mais happe définitivement par cette plongée totale dans l’âme enfantine, transformant les cauchemars en rêves et vice-versa. Un cinéma hors-norme, un voyage chimérique et païen qui reste une extraordinaire réussite.
Image
Disponible une dizaine d’année en Bluray en Angleterre, L’enfant miroir en a enfin profité pour connaître un vrai travail de restauration, ré-étalonnée sous les conseils de Philip Ridley en personne. C’est qu’avec les années le pauvre avait perdu une bonne part de ses couleurs initiales. Tout d’abord présenté uniquement en DVD par Blaq Out, le film nous parvient enfin en HD grâce à Extralucid. On y profite enfin pleinement d’une palette de couleurs rayonnantes, vive et qui pousse souvent les contrastes dans leurs derniers retranchements, tandis que les noirs retrouvent du même coup de leur naturel et de leur tenue. Cependant, si les cadres sont parfaitement propres et que les plans sont solidement définis, le nettoyage initial (qui commence un peu à dater forcément) s’accompagne d’un gommage parfois trop poussé du grain et un lissage numérique assez visible.
Son
On retrouve ici dans la stéréo d’origine, mais développée en DTS HD Master Audio 2.0, avec une petite épure effectuée sur la version originale qui permet de retrouver un bon équilibre dans les dialogues, une légère dynamique frontale et surtout une balance harmonieuse pour la bande originale de Nick Bicât. Contrairement au DVD de Blaq Out, pas de version française ici, mais il faut rappeler que les voix y était assez horripilante et le mixage totalement aplati.
Interactivité
Changement d’éditeur et du coup changement total de contenu pour L’Enfant Miroir qui nous revient avec un nouveau digipack slim avec fourreau cartonné. On y perd les deux courts métrages assez rares du réalisateur, Visiting Mr. Beak et L’univers de Dermot Finn, mais aux sources très fatiguées. On y gagne en revanche une très longue et passionnante interview du réalisateur Philip Ridley dans laquelle après avoir conté son enfance atypique et sa passion pour les comics, il explore largement toutes les strates de son film, explicite les choix photographiques, le titre, certains accessoires curieux, les références évidentes mais aussi le sens fondamental. Le réalisateur y est très loquace et passionné comme toujours. Joli coup aussi pour l’éditeur qui a réussi aussi à contacter l’acteur Viggo Mortensen qui ne tarit pas d’éloge sur le film et le réalisateur, se remémore le tournage et une symbolique qu’il n’avait alors pas totalement compris. Il évoque aussi son autre collaboration avec le cinéaste, Darkly Noon à la sortie américaine empêchée par Brendan Fraser.
Le disque comprend aussi une présentation chaleureuse enregistrée par le journaliste Laurent Duroche (ex Mad Movies, désormais rédacteur en chef chez Chillz) qui reprend de nombreuses informations déjà entendues dans l’interview du réalisateur, évoquant la genèse du métrage et ses références picturales. Dans la même mouvance, l’intervention de Mylène Da Silva, créatrice de la chaîne YouTube Welcome To Primetime BITCH !, se concentre sur l’utilisation des couleurs et leurs sens cachés.
Liste des bonus
« Un hurlement au crépuscule » : Entretien inédit avec Philip Ridley (52’), « Je ne suis pas un héros » : Entretien inédit avec Viggo Mortensen (20’), Entretien exclusif avec le réalisateur Philip Ridley (22’), « L’Enfant miroir » par Laurent Duroche (12’), « Post-Chromatique » : La symbolique des couleurs dans « L’Enfant miroir » par Mylène Da Silva (11’), Bande-annonce (2’).






