L’EMMURÉE VIVANTE

Sette note in nero – Italie – 1977
Support : Bluray
Genre : Horreur, Thriller
Réalisateur : Lucio Fulci
Acteurs : Jennifer O’Neill, Marc Porel, Gianni Garko, Jenny Tamburi, Evelyn Stewart…
Musique : Franco Bixio, Fabio Frizzi, Vince Tempera
Durée : 97 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Italien, anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-Titres : Français
Éditeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 09 novembre 2020
LE PITCH
Virginia Ducci, architecte de profession, possédant depuis l’enfance un don de clairvoyance, se voit un jour assaillie, tandis qu’elle pénètre un tunnel au volant de sa voiture, par les visions d’une femme emmurée vivante. Persuadée d’avoir eu une prémonition, elle se confie à Luca Fattori, son ami parapsychologue. Récemment mariée à Francesco Virginia et son mari Francesco, retenu en Angleterre par ses affaires, emménagent ensuite dans une vieille demeure que la jeune femme commence à rénover. En pénétrant dans l’une des pièces de la maison, elle reconnaît le décor de sa vision et entreprend de percer un mur… duquel elle exhume un squelette !
La passe muraille
Plus lumineux, plus sobre, plus calme et clairement moins gore, L’Emmurée vivante, quatrième et dernier vrai giallo de Luci Fulci, reste pour beaucoup et pour lui, l’une de ses plus éclatantes réussites. Un thriller fantasmatique dans lequel quelques notes de musiques viennent remplacer les fulgurances morbides.
Apparu sur les écrans français un peu tardivement, ou du moins après la découverte de ses films d’horreurs scabreux, L’Emmurée vivante surprit les amateurs par sa curieuse retenue, son utilisation parcimonieuse mais objective du surnaturel, son absence totale d’effets gores, et son aspect finalement presque « mainstream » ou en tout cas plus normé. Tournée en 1977, le film est aujourd’hui considéré à raison comme le chapitre final d’une première époque, avant l’explosion populaire de L’Enfer des zombies, profitant d’un budget plus confortable et d’un casting 3 étoiles mené par Jennifer O’Neill (Un été 42, Scanners), Marc Porel (Le Clan des Siciliens) et Gianni Garko (la série des Sartana), pour conclure ses expérimentations autour du genre ultra codifié du giallo. Après Perversion Story, Le Venin de la peur et La Longue nuit de l’exorcisme, il capture à nouveau cette atmosphère lourde du jeu biaisé entre le prédateur et sa proie, mais refuse au spectateur la découverte directe des meurtres attendus, réduits, et dont l’essentiel des inserts nous parviennent par le biais des visions psychiques de l’héroïne. Une voyante qui à la manière du Blow Up d’Antonioni ou Les Frissons de l’angoisse, apporte finalement dès les premières minutes une vision complète, mais baroque et fragmenté, de l’ultime résolution.
Un instrument bien accordé
Dans un genre où souvent les enquêtes policières hésitent entre le prétexte ou les lourdeurs d’une série allemande, le scénario concocté par le collaborateur de longue date Roberto Gianviti, déjà présent sur les trois giallos précédents, le nouveau venu Dardano Saccheti qui restera dans le coin jusqu’à Manhattan Baby, et le cinéaste en personne, se montre plutôt solidement construit et doté d’un whodunnit rondement mené. Là où les films de Fulci ressemblent très souvent à des cauchemars éveillés, perturbant une narration logique, celle de L’Emmurée vivante cultive une structure solide, un puzzle logique, pour mieux y disposer un mystère multipliant les superpositions fantastiques, entre “déjà vu”, suintements de l’au-delà et projections entre passé et futur. Hantée comme toute héroïne de Fulci, Virginia Ducci, élégante bourgeoise qui n’aurait pas détonnée dans un roman photo sirupeux, poursuit une mort qui est depuis longtemps déjà à ses trousses. Un film comme une ritournelle obsessionnelle, que le compositeur Fabio Frizzi (comme souvent accompagné des complémentaires Franco Bixio et Vince Tempera) va doter de sept notes de piano absolument inoubliables, à la fois mélancoliques, terrifiantes et pourtant seules à même de résoudre l’affaire. Preuve que L’Emmurée vivante est un peu à part dans la filmographie du futur auteur de Frayeur, la conclusion du film, ouverte, peut laisser penser aux plus optimistes qu’il s’agit là d’un Happy End.
Image
Nouvelle copie HD inédite en France, L’Emmurée vivante est marqué par une restauration qui tranche bien évidemment avec les sorties DVD précédentes, souvent abimées par un grain très marqué et de nombreuses traces sur la pellicule. Ces dernières sont ici presque totalement absentes, affirmant des cadres aussi propres que stables, permettant d’affirmer à nouveau une palette de couleurs bien moins ternes qu’autrefois. Un travail admirable mais forcément un peu limité par le matériau d’origine. Si la définition est souvent poussée au maximum de ses capacités permettant de faire apparaitre une profondeur et un relief réjouissant, de glisser un grain argentique délicat, la photographie volontairement vaporeuse en adoucit légèrement les contours.
Son
Postsynchronisées pour tout le monde comme le veut la tradition des films d’exploitation italiens, les pistes originales italienne, anglaise et française délivrent des DTS HD Master Audio 2.0 certes plus clairs que jamais, mais toujours marqués par ces sensations de va et vient entre un rendu écrasé et une légère distance due au doublage. La mouture italienne est légèrement plus naturelle, mais là c’est vraiment une question de préférences.
Interactivité
Nouveau titre Lucio Fulci dans le catalogue ébouriffant de Le Chat qui fume, L’Emmurée vivante se présente sous la forme d’un nouveau digipack avec fourreau au visuel tout en sobriété et en élégance (il faut le dire). Sur le Bluray c’est monsieur Jean-François Rauger qui ouvre le programme avec une présentation libre du film, suivant son inspiration et ses réflexions, dessinant un giallo classique en apparence mais aux ramifications on ne peut plus Fulci. Habitué de l’éditeur (forcément) le scénariste Dardano Sacchetti se souvient parfaitement de cette première collaboration avec le cinéaste et du projet initial, adaptation d’un roman à succès, qui passa à la trappe au profit d’un pitch largement plus spectaculaire. Mais c’est certainement la musique et Fabio Frizzi en particulier qui sont mis à l’honneur ici, avec une interview du compositeur qui clarifie la répartition des taches avec les compères Bixio et Tempera, qui se remémore ses différentes collaborations avec Fulci et qui bien entendu dévoile (à nouveau) la naissance du thème inoubliable du film. Ce dernier se déguste d’ailleurs dans une petite vidéo supplémentaire où Frizzi rejoue, avec des camarades musiciens, quelques morceaux en live, mais aussi avec la possibilité de profiter de l’intégralité de la bande originale en piste séparée sur le film.
Cerise sur le gâteau, et pas des moindre, l’édition contient aussi un CD bien chargé compilant une superbe sélection d’extraits de BO de la filmographie de Lucio Fulci. Beaucoup de Fabio Frizzi bien entendu, mais aussi une pincée de Francesco de Masi… ça ne se refuse pas.
Liste des bonus
Piste musicale isolée, L’emmurée vivante par Jean-François Rauger (25’), • Brique sur brique avec le scénariste Dardano Sacchetti (28’), 7 notes, 3 musiciens, 1 réalisateur avec le compositeur Fabio Frizzi (24’), Frizzi Live (7’), Inclus un CD des meilleurs musiques de Lucio Fulci (78mn) dont L’Au delà, L’éventreur de New york, La maison près du cimetière, Manhattan Baby …






