L’EMMERDEUR

France, Italie – 1973
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Comédie
Réalisateur : Edouard Molinaro
Acteurs : Lino Ventura, Jacques Brel, Caroline Cellier, Nino Castelnuovo, Jean-Pierre Darras, Pierre Collet…
Musique : François Gauber, Jacques Brel
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS Master Audio 5.1 et 1.0
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Durée : 85 minutes
Éditeur : L’Atelier d’images
Date de sortie : 14 février 2026
LE PITCH
Dans un hôtel, les préparatifs de Ralf, tueur à gages, sont contrariés par la présence de Pignon, brave paumé qui tente de se suicider dans la chambre voisine car il vient d’être abandonné par sa femme. Bien que tout les oppose, Ralf, pour ne pas compromettre son plan, se voit obliger d’aider Pignon…
Le Contrat de con
Dire que L’Emmerdeur est un classique de la comédie française c’est dire tout et rien. C’est surtout l’une des comédies les plus ciselés et précises que le cinéma hexagonal nous ait offert.
Cette réussite on la doit en premier lieu au spécialiste Francis Veber futur auteur de La Cage aux folles, Le Jouet, La Chèvre, Le Diner de con et pléthore d’autres grands succès populaires, et qui réussissait là à donner une seconde chance à une pièce théâtrale, Le Contrat, dont il fut particulièrement insatisfait à cause de choix de mise en scène bien trop vaudevillesques. Il s’agit pourtant bien ici d’une structure de vaudeville où, essentiellement, se joue dans une chambre d’un grand hôtel de Montpellier, un tango houleux et chaotique entre deux voisins de chambrés. Pas de tromperies à l’horizon, mais d’un côté un Milan, tueur professionnel qui attend sagement sa cible et de l’autre un certain François Pignon (premier du nom !), petit homme malheureux en amour qui tente de mettre fin à ses jours. Deux trajectoires bien tragiques à leurs manières comme l’expose avec beaucoup d’efficacité dans son introduction Edouard Molinaro (Oscar, Hibernatus, Mon Oncle Benjamin…) suivant les voyages en voitures de chacun jusqu’à destination mais avec un habillage de thriller ou de drame. Dans L’Emmerdeur que ce soit le texte, la mise en scène ou l’interprétation première des acteurs, personne ne semble être là pour faire rire les spectateurs. C’est pourtant dans ce grand écart acrobatique mais tout simplement brillant entre l’apparente sobriété du film, les genres auxquels sont attachés les personnages, et leurs confrontations que repose la drôlerie irrésistible de l’objet. Tout est donc question d’une petite musique, celle d’un meurtre politique typique des polars des 70’s, qui ne va faire que se gripper par l’envahissante maladresse et l’insupportable quête d’existence de ce pathétique vendeur de chemises.
Sur la corde raide
Jacques Brel a quelque chose de foncièrement magique dans ses airs hagards, ses emportement ahuris et une certaine forme de bêtise, de naïveté à baffer, qui surtout ne se rend jamais vraiment compte de ce qu’il provoque autour de lui, trop occupé à reconquérir son épouse avec ses photos de leur nouveau pavillon à Cluny, ou à s’efforcer de s’attirer la sympathie de ce Mr Milan qu’il trouve « bien sympathique ». Pour celui-ci cependant, c’est le chemin de croix, le temps s’écoulant inlassablement entre invasions intempestives, tentatives de suicides foirées, mises en émois de l’employé de l’hôtel ou de la police et une visite rocambolesque à la clinique locale où travaille l’amant de Mme Pignon. Peu à l’aise dans l’exercice pur de la comédie, Lino Ventura joue le Ventura des polars, dur, froid, autoritaire, mutique, et c’est ce qui rend sans doute définitivement hilarantes ses interactions avec l’autre olibrius. C’est aussi vers lui que se portera inévitablement la sympathie du spectateur en particulier après un épilogue où le brave assassin jettera un dernier regard désespéré à l’audience. Véritables amis proches dans la vie, Ventura et Brel font naitre une curieuse connivence à l’écran, imposant leurs énergies d’acteurs si diamétralement opposées, mais affirmant la même exigence rythmique. C’est la notion principale d’une bonne comédie, et L’Emmerdeur s’en empare avec maestria réduisant les dialogues à l’essentiel, ne cherchant jamais le gag pour le gag, préférant l’ironie mordante au bon mot ou à la citation mémorable, et surtout évacuant admirablement la moindre trace de gras. Le film va vite, ne se permet que si peu de parenthèse, et jongle inlassablement avec sa situation de départ sans jamais laisser retomber les balles.
A l’heure où la comédie française a tout de même tendance à se vautrer allègrement dans la lourde artillerie, les grimaces et les situations grossières, revoir L’Emmerdeur rappelle qu’il est possible de signer une authentique comédie populaire tout en s’appuyant sur une mécanique pointue et délicatement huilée. Un petit bijou qui se bonifie avec le temps.
Image
L’Atelier d’image propose une toute nouvelle restauration 4K du film. Nettement plus probante que le travail effectué en 2013 pour le Bluray, celle-ci est manifestement retourné à la source pellicule pour un scan de haute tenue et un nettoyage creusé de la moindre image. Les cadres sont d’une propreté immuable, toujours stables, et préservent avec générosité le délicat grain d’origine, organique, et des argentiques très ancrés dans leur époque. La colorimétrie d’ailleurs retrouve les gris omniprésents d’origine, mais nettement mieux délimités par les noirs et quelques très belles touches de couleurs plus chaudes. On remarque peut-être quelques petits excès du côté du spectre jaune mais c’est vraiment pour pinailler.
Son
Les pistes sonores sont identiques à celles du Bluray avec un DTS HD Master Audio mono très concentré et central mais qui délivre des dialogues toujours clairs et vifs, ainsi qu’un DTS HD Master Audio 5.1 qui reste appréciable pour sa grande discrétion.
Interactivité
Proposé dans un digipack avec fourreau, cette édition 4K / Bluray de L’emmerdeur confirme la volonté de l’éditeur L’Atelier d’images de proposer toujours les éditions les plus complète en reprenant l’intégralité des bonus des sorties précédentes. Ici donc, c’était du coté de TF1 Vidéo qui lui même rappelait les items produits pour un ancien DVD collector. Au programme des réflexions autour du film par Jean-Marie Poiré et Vincent Perrot, des rencontres nostalgiques avec l’acteur italien Nino Castelnuovo et le réalisateur Edouard Molinaro, un retour sur la carrière cinéma de Jacques Brel et une analyse du rythme et de la construction du métrage en présence. Des segments toujours aussi agréables auxquels s’ajoute désormais un épisode complet du podcast filmé Kinopod de Jeff Domenech et Jean Veber (oui le fils de) qui reviennent en compagnie de Francis Veber sur l’expérience du film : la pièce de théâtre initiale, le remake raté de Billy Wilder, celui par Veber en personne, le choix des acteurs et le rapport pas toujours évident à Ventura, les collaborations avec Molinaro et le succès du film… Plein d’anecdotes et de touches d’humour à la clef. Très sympa.
Liste des bonus
Podcast Kinopod : Interview de Francis Veber par Jean Veber et Jeff Domenech sur la genèse du film (39’), « L’Emmerdeur » vu par Jean-Marie Poiré (13’), « L’Emmerdeur » vu par Vincent Perrot (12’), « Les Rêves accomplis » (13’), « Molinaro, un esprit libre » (19’), « Le Groom de l’Hôtel du Palais » (13’), « Une cellule pour deux » (12’), « Lettre d’Édouard à Jacques » (2’), Bande-annonce originale restaurée.







