JUSTICE SANS SOMMATION

皇家女將 – Hong Kong – 1990
Support : Bluray
Genre : Action, Policier
Réalisateur : Corey Yuen
Acteurs : Joyce Godenzi, Carina Lau, Sammo Hung, Tony Leung Ka Fai, Tang pik-Wan, Wah Yuen…
Musique : Lowell Lo
Image : 1.85 16/9
Son : Cantonais DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 92 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 15 mai 2025
LE PITCH
Mina Kao, policière d’élite ambitieuse, a épousé Tsung-Pao Huang, issu d’une famille de policiers hongkongais, ce qui est loin d’être du goût de ses belles-sœurs qui doutent de sa loyauté. Quand un gang de Vietnamiens mené par Hua Yuen fait son apparition, projetant de braquer un cabaret, Mina prend l’affaire en main, ses belles-sœurs jouant les entraîneuses. Mais l’une d’elles, Ling, fait capoter l’opération qui vire au carnage. Le gang se venge sur le clan Huang désormais uni dans une riposte exterminatrice.
Elles visent juste
En pleine période faste, Corey Yuen et Sammo Hung s’allient à nouveau pour donner le beau rôle à un casting féminin particulièrement énervé. Dans la foulée de Le Sens du devoir II et Une Flic de choc, Justice sans sommation démontre que les actrices HK n’ont rien à envier à leurs homologues masculins.
C’est d’ailleurs essentiellement Corey Yuen qui, grâce à l’impact de son Yes Mam (Le Sens du devoir II chez nous) starifiant d’un même mouvement Michelle Yeoh et Cynthia Rothrock, que toute la vague des Girls with Guns est née. Des polars plus ou moins percutants, mais mettant toujours en avant des personnages féminins prêts à le lancer dans des scènes d’action ou des cascades aussi délirantes que Jackie Chan et sa clique. C’est donc forcément vers lui que se tourne le camarade producteur Sammo Hung (ils ont collaboré à de multiples reprises) qui, récemment en couple avec à la superbe Joyce Godenzi, miss Hong-Kong 84, voit forcément dans cette mode l’occasion d’offrir un nouvel élan à la carrière de l’actrice. Il l’a déjà fait tourner dans son propre Eastern Condors, et on a pu la croiser sur La 7eme Malédiction, mais elle tient ici clairement le rôle principal. Celui d’une jeune policière, volontaire, intelligente et professionnelle, qui vient tout juste de se marier avec un collègue (Tony Leug Kai Fai), lui-même issu d’une longue lignée de représentant de l’ordre… essentiellement féminins. Plutôt que de simplement se contenter de jouer la carte d’une nouvelle enquête sur les traces d’un gang quelconque, Justice sans sommation opte pour en étoffer les contours avec des éléments du mélodrame familial. L’opposition entre la protagoniste et les autres femmes / collègues de la famille, et en particulier sa belle-sœur directe (Carina Lau), la pression autour de l’enfant attendu par tous (mais au prix de sa carrière), l’aura protectrice de la matriarche (joué par la vétéran Pik Wan-Tang), occupent ainsi un bon pourcentage de la première bobine, jusqu’à ce que le film s’engouffre même dans le mélodrame à grands sentiments et à effusions de larmes lorsque le brave Huang Tsung-Pao est assassiné, violemment, au cours d’une intervention qui tourne à la catastrophe.
Une affaire de femmes
Corey Yuen a toujours aimé les grands mélanges des genres, et il n’hésite pas à compenser ce sérieux exacerbé par quelques passages de comédie, jamais trop lourds même quand ils reposent justement sur le regard machiste de certains, et sait surtout qu’il se doit de livrer les sensations fortes attendues. Presque discrètes, ou en tout cas assez courtes durant la première partie (avec tout de mêmes quelques castagnes, gunfight et projections houleuses bien senties), c’est pour mieux littéralement exploser durant la longue vengeance finale, avec parfois une brutalité bien sèche et percutante. La team Corey Yuen / Yuen Tak / Meng Hoi (et on peut penser que Sammo Hung ne s’est pas juste contenté d’un caméo et de quelques coups de latte) accumule dès lors les cascades assez folles et risquées, les affrontements face-à-face, délivrent une poursuite en moto à haut risque et un duel ultime entre Joyce Godenzi et la bodybuildeuse Agnes Aurelio qui est resté dans les annales. Si on peut reconnaitre que la mise en scène de Corey Yuen est bien trop sage et discrète durant les scènes « classiques », son savoir-faire en termes de rythme, de cadrage et de mise en valeur des acteurs / performeurs est indéniable dès que le rythme s’accélère. Et effectivement Joyce Godenzi n’était pas une spécialiste des arts martiaux et elle a clairement été doublée pour quelques passes, Mais il faut lui reconnaitre une grande crédibilité dans son intensité de jeu, ses postures, sa souplesse mais aussi dans son implication manifeste puisqu’elle s’est lancée elle-même dans certaines des idées les plus casse-cous du projet. La modestie de sa carrière au cinéma reste finalement un petit mystère.
Sympathique tentative de dévier un peu du cadre trop classique du pur polar HK en ajoutant une bonne dose de mélo et de ressort familiaux dans son scénario, Justice sans sommation rejoint sans problème la plus belle poignée d’actionner féminins de l’époque. Ce sont bien entendu les scènes d’actions qui marquent le plus, solides, spectaculaires et nerveuses… Ne le cachons pas, on était tous venus pour ça.
Image
De prime abord ce nouveau Master 2K (à priori le même distribué partout) redonne effectivement un sacré coup de peps à un film que l’on a connu surtout jusque-là avec une source assez abimée et une colorimétrie bien terne. Les couleurs retrouvent une bonne part de leur intensité 80’s, les noirs s’imposent aisément, les cadres sont stables et franchement propres… Mais en scrutant d’un peu plus près, on se rend compte que ce nettoyage a sans doute été effectué exclusivement avec des outils numériques et que les restes de gommages, de surlignages des contours, de légers blur dans les mouvements de certaines scènes et d’arrière-plans bruités sont bien perceptibles. Un peu dommage mais pas si gênant, même si aux vues de certaines sorties récentes (au hasard Une Flic de choc) on espérait forcément beaucoup mieux.
Son
On retrouve la piste stéréo d’origine portée par un DTS HD Master Audio 2.0 ferme et dynamique. Pas de grandes effusions mais une clarté très appréciable et une efficacité frontale bienvenue.
Interactivité
Fourreau cartonné designé par Tony Stella, boitier scanavo avec jaquette à l’effigie d’une ancienne affiche, les amateurs du Chat qui fume sont en terrain connu.
Coté bonus vidéo, on découvre une interview assez sympa du scénariste Kai-Chi Yuen qui décrit autant les méthodes de travail de l’époque, que la personnalité artistique et humaine de Corey Yuen (la comparant d’ailleurs à celle plus imposante de Sammo Hung), avant de revenir sur quelques points précis de l’histoire ou les performances des acteurs.
On peut aussi visionner une présentation du film enregistrée par Justin Kwedi (EastAsia) qui retrace les origines du genre Girls with Guns, souligne les tropes et les clichés, évoque les incontournables et les actrices iconiques, avant de s’attarder sur Justice sans sommation, son mélange des genres et ses scènes de combats musclés.
Liste des bonus
« Un film sans sommation » par Justin Kwedi (42’), Interview de Kai-Chi Yuen (16’), Bande-annonce.







