JFK

États-Unis – 1991
Support : Blu-ray
Genre : Thriller
Réalisateur : Oliver Stone
Acteurs : Kevin Costner, Tommy Lee Jones, Gary Oldman, Laurie Metcalf, Jack Lemmon, Walter Matthau, Sissy Spacek, Kevin Bacon, Joe Pesci, Michael Rooker, Vincent D’Onofrio
Musique : John Williams
Durée : 205 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Distributeur : L’atelier d’images
Date de sortie : 04 avril 2023
LE PITCH
Le 22 novembre 1963, John F Kennedy est assassiné à Dallas. Trois ans plus tard, Jim Garrisson, procureur de la Nouvelle-Orléans, se penche sur l’enquête. Il décide d’éclaircir les nombreuses questions suscitées par ce meurtre, au péril de sa vie familiale et de sa carrière.
Sale temps pour l’Amérique
Il y a des mensonges qui ne passent pas, des vérités qui ne sont pas bonnes à dire. Certains évènements ont fait couler plus d’encre que d’autres, rempli plus de livres qu’une bibliothèque ne peut en contenir. L’assassinat de John Fitzgerald Kennedy est de ceux-là. Quand l’histoire dépasse la réalité, le mythe rentre dans la légende.
Oliver Stone dit avoir eu deux chocs dans sa vie. Deux évènements majeurs qui lui semblaient acquis, à la confiance infaillible. Malheureusement, la vie n’est pas aussi simple et le jeune Oliver s’y est confronté dès l’adolescence avec le divorce de ses parents. Son monde vole en éclats et il court se réfugier dans des causes nobles. Il s’enrôle sans contrainte pour le Vietnam, pour défendre son pays en qui il a une confiance aveugle. La suite, on la connaît. Le traumatisme de ses jeunes années le marquera à vie et la foi en la mère-patrie en sera éternellement ébranlée. Pour les plus curieux sur cette période de sa vie, nous ne saurions trop vous conseiller la lecture de son livre A la recherche de la lumière, récit autobiographique aussi sincère qu’essentiel pour appréhender le personnage Stone. Tous ses films parlent des désillusions de l’Amérique, du Vietnam, du pouvoir des médias, de l’argent. Les États-Unis, dans les années 60 traversent une des périodes les plus troubles de son existence où les contestataires ont tendance à “disparaitre” ; JFK, Martin Luther King, Malcolm X, sans parler du scandale du Watergate… Le metteur en scène grandit, s’affirme et sa conscience politique finit par prendre le dessus. Il ne peut pas taire le plus gros mensonge de ce pays soi-disant libre. Le monde a besoin de savoir, Oliver a besoin de parler.
En apnée
Il en aura fallu du courage pour lancer le projet JFK. Courage de l’équipe de production et de son metteur en scène. Mais depuis les succès de Platoon et de Wall Street, son aura médiatique fait de lui le réalisateur le plus hot du moment. De l’assassinat du président Kennedy est sorti nombre d’enquêtes et d’hypothèses. La seule qui s’affirme au fil des ans comme étant la moins crédible est la version officielle du rapport Warren. Oliver Stone enquête, fouille, interroge, ses conclusions se rapprochent du livre On the Trail of the Assassins du procureur de district Jim Garrison ainsi que sur le travail du journaliste indépendant Jim Marrs. Le scénario est une pépite de concision, travaillé dans les moindres détails et au nombre de rôles impressionnant. Ça tombe bien, le casting lui aussi vaut le détour. Hormis Kevin Costner en tête d’affiche dans le rôle de Jim Garrison (Rôle refusé par Mel Gibson et Harrison Ford), nous retrouvons en haut de l’affiche les noms de Tommy Lee Jones en rôle d’homme d’affaires homosexuel, baignant dans le complot et Gary Oldman en Lee Harvey Oswald qui ne sont pas loin de voler la vedette. Se joignent à eux ne serait-ce que pour le prestige de faire partie de l’aventure et l’espace d’une scène, Kevin Bacon, Joe Pesci, Jack Lemon, Mickael Rooker ou encore Donald Sutherland dans une scène mémorable au monologue étourdissant. Trop même. Le film est d’une complexité rare et cligner les yeux équivaut de passer à côté d’un détail. Ce surplus d’informations constantes peut désorienter le spectateur lambda ou peu attentif. Le film a cette qualité de s’enrichir avec les visions tant il foisonne d’informations. Le travail de mise en scène, de montage et de photo transpire le film réfléchit, malaxé et étudié. A mi-chemin entre épopée humaine et approche documentaire. La musique aussi discrète que présente de John Williams accentue le coté anxiogène du film. Tout va vite, le spectateur, trois heures durant est pris en otage (le film est ici présenté dans sa version director’s cut incluant 17 minutes supplémentaires). Oliver Stone, par son approche offre au spectateur l’illusion de faire partie intégrante de l’enquête, d’être au cœur même du complot et de détenir la vérité que les autres ne voient pas. Le film débute sur les deux secondes montrant la mort du président dans le film super 8 enregistré par Abraham Zapruder, spectateur de l’événement à Dallas. En fin de métrage Oliver Stone dévoile dans son entièreté le film avec les 26 secondes du métrage révélant tous les détails et théories du procureur Garisson. On en ressort lessivé avec autant de réponses que de questions.
Jurisprudence
Le metteur en scène va loin et n’hésite pas à incriminer des hommes de l’ombre à la tête du gouvernement. CIA, militaires, marchands d’armes, tout le monde est lié mais personne n’a appuyé personnellement sur la gâchette. Le grain de sable Kennedy n’est qu’un événement dans une crise géopolitique mondiale qui fait froid dans le dos. La grande histoire rejoint la petite. Le film devient viral, fait débat. Le pavé dans la mare fait des vagues. Oliver Stone a réussi son coup, l’opinion publique s’est réveillée, le sénat vote une loi permettant aux citoyens de consulter les dossiers avec néanmoins des restrictions dit de « sécurité nationale ». Rarement un film aura eu politiquement autant d’impact. Pour beaucoup JFK est devenu LA vérité. Stone devient le porte-parole d’une génération sacrifiée, il ne mâche pas ses mots et c’est pourquoi selon ses dires il ne se lance pas dans la politique. Pour lui, « Les USA agissent indépendamment de toute entité juridique » et aime citer le président Charles De Gaulle qui déclarait : »vous croyez que les USA sont vos alliés. Non vous êtes ses vassaux « . Le sujet hante encore le metteur en scène maintes années après son pamphlet dénonçant le crime du trente cinquième président des États-Unis. La suite de sa carrière continue à chercher les vérités avec des films sur Nixon et George Bush tout comme ses documentaires et interviews de Fidel Castro, Hugo Chavez ou sa série sur la face cachée de l’Amérique. Comme disait l’agent Mulder « La vérité est ailleurs » et Oliver Stone veut être le garant de celle-ci.
Qui d’autre que lui pouvait réaliser un tel film ? L’héritier du Costa-Gavras de Z et de I comme Icare d’Henri Verneuil vient de réaliser LE film politique. Un monument cinématographique à disséquer encore et encore jusqu’à la réouverture officielle des dossiers en 2029… Normalement.
Image
Avec une bonne quinzaine d’année de retard, le master HD de JFK arrive enfin en France. Une restauration numérique qui forcément n’est pas aussi creusée et pointue qu’elle le serait aujourd’hui, mais qui s’avère particulièrement propre et respectueuse de la photographie de Robert Richardson le chef op régulier d’Oliver Stone, Tarantino et Scorsese. Alternant approche documentaire et cinématographique, son image souvent frontale et parfois ouatée fait ici merveille. Le soin apporté au détail et aux couleurs n’est pas en reste avec un piquet très juste et des contrastes tout aussi harmonieux. Chose d’autant plus difficile que le film contient diverses sources de pellicule avec les documents d’archives du 8 mm et du 35.
Son
Un plaisir de revisionner ce film en DTS. On redécouvre des détails sonores qui nous avaient échappé alors. Le film étant extrêmement bavard, la balance sonore est aux petits oignons. Spatiale sans forcer les effets, des coups de feu des reconstituons au brouhaha des foules, la piste son se complète parfaitement avec l’ambiance musicale envoûtante et oppressante du grand John Williams.
Interactivité
Par où commencer ? L’atelier d’images met les petits plats dans les grands avec une édition collector « Culte » tirée à mille exemplaires, accompagnée par un livret de Samuel Blumenfeld (mais une édition plus “simple” est également disponible comprenant les deux premiers disques de cette édition triple). Outre le film et le commentaire en VO de son metteur en scène, Jean-Baptiste Thoret aborde le film dans son contexte politique et l’enquête qui en a suivi. Une mise en bouche sympathique qui se poursuit par près d’une heure de scènes coupées tout aussi intéressantes que le film.
Mais le gros morceau intervient sur le second disque avec en exclusivité JFK Revisited, un documentaire réalisé par Oliver Stone lui-même qui fut présenté à Cannes en 2021. Il revient 30 ans après JFK sur les preuves révélées depuis et les coulisses du complot. Riche en information, on est stupéfait de découvrir que l’assassinat n’est qu’un rouage dans la géopolitique mondiale des années 60. Les révélations fusent et ce n’est pas Stone qui s’en cachera dans l’entretien qui l’accompagne, ni dans la formidable masterclass qu’il a tenue à Deauville lors du festival du cinéma américain en 2021. Sans langue de bois, il aborde de nombreux sujets sur la politique et les médias et n’hésite pas à comparer l’Afghanistan avec le Vietnam. Vous en voulez encore ? Pas de problème puisqu’un troisième disque vient conclure le coffret avec à son bord JFK : Destiny Betrayed. Avec les voix de Whoopi Goldberg et Donal Sutherland en narrateurs, il prolonge le documentaire précèdent en l’étoffant au format mini-série de quatre heures accentuant encore plus l’analyse des problématiques de politiques mondiales et leurs conséquences sur la destinée du président des USA. Ça en fait froid dans le dos. Avec cela vous serez incollable en géopolitique. Chapeau bas à l’Atelier d’images !
Liste des bonus
Commentaire audio d’Oliver Stone (VO), « De l’idéalisme absolu à la farce » par Jean-Baptiste Thoret (24’), Scènes coupées (54’), Bande-annonce originale (2’), JFK : L’Enquête (113’), Masterclass d’Oliver Stone au Festival du film américain de Deauville (38’), Interview exclusive d’Oliver Stone (16’), « JFK, un destin trahi » (4 x 55’), un livret avec photos et textes de Samuel Blumenfeld (28 pages), Bandes-annonces L’Atelier d’Images.