JARHEAD

Etats-Unis – 2005
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Drame, Guerre
Réalisateur : Sam Mendes
Acteurs : Jack Gyllenhall, Scott MacDonald, Peter Sarsgard, Jamie Foxx, Ming Lo, Lucas Black…
Musique : Thomas Newman
Durée : 122 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Dolby Atmos Anglais, DTS 5.1 Français, Espagnol, Italien, Allemand…
Sous-titres : Français, Anglais, Espagnol, Allemand…
Editeur : Universal Pictures Home Entertainment
Date de sortie : 17 décembre 2025
LE PITCH
Été 1990, 1ère guerre du Golfe. Anthony Swofford, tout juste 20 ans, est envoyé dans le désert saoudien. Son bataillon de Marines est parmi les premiers à se déployer dans l’immense étendue de sable. Pour ces jeunes déracinés, gavés d’images et de répliques guerrières, ivres de rock et de bière, commence alors la longue et dérisoire attente d’un ennemi fantôme. La soif, la peur, l’épuisement, les frustrations et les tensions extrêmes s’additionnent dans un climat de plus en plus explosif…
Ennemi intérieur
On a tendance à schématiser les films de guerre, à regarder leurs ressemblances plutôt que leurs différences. Les conflits s’enchaînent, surtout au Moyen-Orient. La guerre du Golfe a fait oublier celle d’Afghanistan avant de revenir sur le devant de la scène avec la montée du terrorisme. Les décors sont les mêmes, les soldats changent. Jarhead se focalise sur l’un d’eux.
Anthony Swofford a fait la guerre du Golfe. Ce Marine a vécu cette période loin des récits héroïques que les médias ont alors rapportés. Pour lui, les nombreux mois passés loin de sa patrie ont rimé avec attente et ennui. Ce manque d’action, pour lequel il était pourtant préparé, a donné lieu à un livre : Jarhead. Argot de Marine signifiant littéralement « tête de jarre », en hommage à leur coupe de cheveux uniforme. Sam Mendes, metteur en scène de théâtre avant une carrière auréolée de succès et d’Oscars au cinéma, ne pouvait rêver mieux pour explorer le conflit intérieur de l’âme humaine. Un sujet en or, mais ô combien périlleux. Comment filmer l’ennui au cinéma sans perdre le spectateur ? Tourner un film de guerre sans bataille ? En filmant ce qu’il fait de mieux : une introspection dans la psychologie de ses personnages tout en laissant à ses acteurs une latitude non négligeable pour s’exprimer. Un parti pris qu’il ne sacrifie jamais au détriment de l’image. Il s’est qui qui s’appuyer. La facture visuelle est entre les mains expertes du génie Roger Deakins. Sa photographie joue en parfaite symbiose avec son environnement, véritable projection mentale de ces soldats ; l’un de pas aller sans l’autre.
La fin de l’innocence
Le réalisateur prend le spectateur à contre-pied. La guerre du Golfe glorifie la bannière étoilée et son engagement auprès des peuples opprimés. Mission inavouée : protéger les champs de pétrole. À sa façon, il s’empare des codes du genre : l’entraînement des Marines, le sergent instructeur à la Full Metal Jacket, le bizutage qui mène à la fraternité… Ces soldats forment une véritable union, un seul et même corps, une personnalité unique aux uniformes similaires. Mendes respecte ses Marines — il s’en explique dans les bonus — mais n’en oublie pas l’homme derrière l’uniforme. C’est ce qui l’a interpellé dans l’ouvrage d’origine.
Une fois envoyés en mission, l’action se fait absente. Les soldats fantasment les exploits de leurs aînés qu’ils glorifient à travers leurs films et leurs musiques. Ils deviennent euphoriques à la vision d’Apocalypse Now (Walter Murch, monteur du film, est également celui de Jarhead). S’ils communient sur la bande-son de l’époque, ils s’interrogent sur ce que sera la musique de leur propre guerre. Ils ont besoin d’une identité communautaire pour être reconnus par les générations futures. Le réalisateur ne laisse rien au hasard : Apocalypse Now évoque lui aussi les méandres intérieurs de l’homme face à l’absurdité des conflits. Et lorsqu’il utilise le traumatisant Voyage au bout de l’enfer lors d’une autre projection sur la base militaire, celui-ci devient presque un film pornographique lorsqu’une femme de soldat s’envoie en l’air avec le voisin. Comme si les soldats refusaient de penser à l’après, ou pire aux effets pervers de leur absence.
Ainsi, les jours deviennent des semaines et les semaines des mois. Le soleil attaque le corps pendant que l’attente agresse l’esprit. L’homme sombre dans la folie ; le danger devient pervers parce qu’intime. La seule action qu’ils verront sera lointaine mais visuelle : des puits de pétrole flambant et déversant une pluie noire. Une image apocalyptique, d’une puissance picturale saisissante.
Ce faux film de guerre est à l’antithèse d’un American Sniper qui exalte le héros à l’américaine. Jarhead a comme sous-titre : La fin de l’innocence. Celle de ses combattants, celle de l’Amérique, celle de l’illusion. À l’image de ces soldats rentrant au pays, acclamés comme des héros alors qu’ils n’ont fait qu’acte de présence. Dur retour à la réalité. Pour quoi ? Non, pourquoi !
Image
L’association entre Sam Mendes et Roger Deakins à la photographie justifie à elle seule l’acquisition. Une belle démonstration du pouvoir de l’image. Les contrastes de l’entraînement vont peu à peu se saturer dans la partie essentielle du film, le désert. Dès lors, Jarhead devient plus pictural. Les scènes nocturnes avec les champs de pétrole deviennent autant de tableaux graphiques sans perdre une once de visibilité à l’écran. Merci le Dolby Vision. Les gros plans sur les visages atteignent un magnifique degré de définition, révélant la sueur et le grain de peau des soldats.
Son
Nous sommes dans un film de « guerre » : la piste est remixée en Dolby Atmos, mais ne vous attendez pas pour autant à une expérience sonore démesurée. Tout est pensé pour respecter les intentions de Sam Mendes. Le point central du film est l’attente. La voix centrale est donc privilégiée pour mieux accéder aux pensées du protagoniste. Les autres canaux se calibrent sur les sons d’ambiance : le désert, le vent dans les tentes, et la musique, souvent partie prenante du film. Malheureusement, la version française n’est pas proposée en HD.
Interactivité
Une interactivité bien fournie, avec notamment de nombreuses scènes coupées et finalisées. Chacune est accompagnée de commentaires audios optionnels du réalisateur et du monteur (que l’on retrouve également sur le film). Extrêmement intéressantes pour pénétrer en profondeur dans la psychologie des personnages, elles auraient cependant donné au film une durée déraisonnable pour une œuvre basée sur l’attente.
En guise de making-of, des caméras sont laissées aux acteurs, qui se transforment vite en journal de bord, ou les comédiens s’immergent dans l’entraînement des soldats. Un second module, tout aussi pertinent, se concentre sur les équipes secondaires et les figurants, souvent d’anciens Marines. Enfin, un dernier bonus s’attarde sur le retour au pays et la reconstruction des Marines après le conflit.
Liste des bonus
Les rêves de Swoff (6’), Interviews inédites intégrales (16’), Scènes coupées (20’), Le journal de Jarhead (30’), Contexte (31’), Semper F1 (36’).







