JARDINS DE PIERRE

Garden of Stone – Etats-Unis – 1987
Genre : Drame
Réalisateur : Francis Ford Coppola
Acteurs : James Caan, Anjelica Huston, James Earl Jones, Dean Stockwell, D.B. Sweeney, Mary Stuart Masterson…
Musique : Carmine Coppola
Durée : 112 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0, Français DTS HD Master Audio mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Carlotta Films
Date de sortie : 17 février 2021
LE PITCH
1969 en Virginie. Dans le cimetière d’Arlington, immense « jardin de pierre », Jackie Willow est inhumé avec quinze de ses camarades. Le sergent Hazard, présente à la cérémonie, retrace l’histoire personnelle de ce soldat qu’il a jadis chaperonné. Parti pour le Viêt Nam la tête pleine d’idéaux, le naïf Willow s’aperçoit avec désespoir que cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu.
Mémoires de nos frères
Francis Ford Coppola et la guerre du Vietnam c’est Apocalypse Now, le voyage au bout de l’enfer sensoriel. C’est aussi dix ans plus tard, le voyage émotionnel d’un pays au deuil presque impossible.
Années difficiles pour Francis Ford Coppola marqué par les échecs successifs, dont vient tout juste de le sauver le charmant Peggy Sue s’est mariée, les 80’s sont celles d’un cinéma rétrospectif dans lequel il traverse son passé et d’une certaine façon sa propre filmographie. Mais jamais pour effectuer une simple redite. A l’instar de Jardins de pierre, proposition non pas antinomique de l’œuvre traumatique mais plutôt complémentaire, laissant au loin un conflit moins spectaculaire que personnel, fantasmatique, pour s’attarder sur le quotidien du régiment d’infanterie stationné au cimetière militaire d’Arlington (Washington D.C.), en charge des cérémonies funéraires des frères d’armes tombés au loin. Un cérémonial fastueux, rigide et codifié qui enchaîne les mises en terre à un rythme qui frôle parfois l’absurde et le macabre. Alors que l’Amérique reaganienne pense qu’il faut panser les plaies des années 70, et en grande partie de la déchirure du Vietnam justement, par une nouvelle célébration de l’idéologie conquérante (merci Rambo II), le cinéaste opte pour une voie plus complexe, plus douloureuse, plus apaisée, celle d’une réconciliation au chevet d’un proche.
Nos funérailles
Face à ces morts presque inexplicables, difficilement entendables, les points de vue continuent de s’opposer, les discussions et des débats sont toujours houleux, mais cette fatalité qui plane constamment au-dessus de leur tête, impose aussi une forme de compréhension, d’acceptation, loin du déni justement. Le couple, sublime, formé par James Caan et Anjelica Huston, lui soldat dans l’âme mais grondant contre les méthodes de cette guerre, elle journaliste pacifiste convaincue, en est le plus symptomatique. Un point d’ancrage autour duquel gravite autant la vieille garde depuis longtemps désabusée (James Earl Jones et Dean Stockwell sont fabuleux) et un jeune homme (D.B. Sweeney), présenté comme un fils de substitution, dernier idéaliste rêvant de partir au front pour l’honneur de son pays, mais dont le destin a déjà été scellé par le générique d’ouverture. Amours renaissants, bagarres viriles au bar des militaires, grands débats d’idées et quotidien au son des trompettes, la vie continue dans Jardins de pierre, envers et contre-tout, mais toujours avec cette épée de Damoclès constamment rappelée par les sujets de conversations, les images télévisées et des échos lointains d’un mixage sonore habilement réfléchi. La caméra de Coppola a beau être plus en retrait qu’à son habitude, le film n’en serait que presque plus déchirant, porté par une interprétation générale d’une rare intensité et une sincérité d’autant plus aiguë que la préproduction fut douloureusement marquée par la mort accidentelle du fils du cinéaste.
Un grand drame, constamment traversé par des fantômes, historiques et personnels, qui loin du front (« qui n’existe pas » disent-ils tous) réussit à définir pour la première fois ce qu’a vraiment été la Guerre du Vietnam dans l’âme américaine.
Image
A l’instar de Peggy Sue s’est mariée, la copie HD de Jardins de pierre n’est pas issue d’un nouveau scan mais a été manifestement confectionnée à partir d’une source vidéo sans doute en circulation depuis quelques années. Si les cadres sont impérativement propres (en dehors du générique d’ouverture), ne laissant plus passer aucune tache ou griffure, on sent parfois que le travail numérique diminue les capacités de la définition dans certains plans larges. Cependant malgré cet usage de filtre, le film préserve une vraie tenue cinéma avec des couleurs bien contrastées (quelques visages un peu rougeauds mais bon…) et une netteté plus qu’appréciable.
Son
Le petit mono du doublage français est honorable, mais la version originale et son DTS HD Master Audio 2.0 le supplante aisément. Déjà par la qualité d’interprétation, mais aussi par une dynamique assez surprenante pour de la simple stéréo nettoyée. L’utilisation des bruitages d’atmosphère est parfaitement gérée, mais ce sont surtout ces bruitages lointains, fusils de parade ou échos de la guerre du Vietnam, qui s’avèrent d’une efficacité redoutable.
Interactivité
Sorti dans le commerce en même temps que Peggy Sue s’est mariée, Jardins de pierre contient comme unique bonus une analyse du film signée Jean-Baptiste Thoret. Un exercice particulièrement intéressant ici puisque le journaliste mais en valeur très efficacement le film par rapport au reste de la filmographie du cinéaste, avec un jeu des rapprochements particulièrement éclairant, et à contre-courant, avec le central Apocalypse Now.
On aurait cependant bien aimé pouvoir nous aussi visionner l’interview de Francis Ford Coppola, présente sur le disque anglais d’Indicator, témoignage poignant d’un réalisateur qui s’efface devant le drame du père.
Liste des bonus
« Fantômes de guerre » : analyse de Jean-Baptiste Thoret (20’),
Bande-annonce original.