JALLIKATTU

ஜல்லிக்கட்டு – Inde – 2019
Support : Bluray
Genre : Action
Réalisateur : Lijo Jose Pellissery
Acteurs : Antony Varghese, Chemban Vinod Jose, Sabumon Abdusamad, Jaffer, Idukki, Santhy Balachandran…
Musique : Prashant Pillai
Image : 2.35 16/9
Son : Malayâlam DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 95 minutes
Éditeur : Spectrum Films
Date de sortie : 25 septembre 2025
LE PITCH
Kalan Varkey est boucher dans un village reculé. Il fait face à de nombreux problèmes lorsqu’un buffle qu’il était censé abattre s’enfuit…
L’Appel de la bête
Grand nom de la nouvelle génération du cinéma malayalam, Lijo Jose Pellissery a fait sensation en 2019 avec Jallikattu que les spécialistes perçoivent comme un aboutissement de sa démarche artistique. Une fresque chorale et sauvage où un petit village se transforme, pour un buffle sacrificiel, en territoire sous très haute tension.
Il faut couper court avec l’imagerie toujours largement véhiculée d’un cinéma indien éternellement emprunt de grandes tragédies romantiques et de chorégraphies exotiques. Si ce cinéma là persiste naturellement, il n’est pas unique et un regard bien plus moderne secoue l’industrie locale depuis quelques bonnes décennies déjà . En particulier du coté de la branche Malayâlam, correspondant au territoire situé au Sud-Ouest du continent, que par convenance on appelle bien souvent Mollywood. Drames réalistes, cinéma de genres, réflexions sociales, traitement de la violence et explorations culturelles, au milieu de ces nombreuses propositions dont on ne perçoit en France que la pointe émergée de l’iceberg, Lijo Jose Pellissery s’est presque construit un statut de meneur enchainant les genres et les propositions inédites et surtout cultivant une forme de plus en plus stylisée et démonstrative. Point d’orgue de cette démarche, Jallikattu combine effectivement toutes ces ambitions, s’inscrivant dans la description d’une communauté encore méconnue de chrétiens indiens, reposant sur ses propres codes et traditions. Ici le Jallikattu, cérémonie durant laquelle des jeunes hommes affrontent dans une arène des taureaux ou buffles imposants pour éprouver leur force et leur courage. Un rapport particulier à l’animal, plus charnel et direct que lors de nos corridas du Sud-Ouest, et le révélateur aussi de l’importance considérable de cette viande dans l’alimentation de cette population. Mais ici le fameux buffle, promis à un découpage en règle sur les étals du boucher, s’échappe une nuit et la fameuse cérémonie devient réalité dans les rues du village, dans les champs ravagés et dans la forêt environnante.
Safari !
Récit d’une traque de quelques jours, particulièrement intense et rarement interrompue, où l’animal se transformerait presque en démon insaisissable, devenant l’écho d’un menu plus ancien et ancestral, Jallikattu est donc bien un film d’action, constamment emporté par le mouvement et l’idée de la chasse, mais dont les évènements font ressortir chez les multiples personnages croisés de vieilles rancunes, nombres de préjugés et de multiples secrets pas toujours avouables, avec souvent la mise en perspective de rapports de dominations quotidiens. Les querelles se transforment en colère puis en haine, les anciens regards froids embrassent la violence et la tension monte considérablement de scène en scène où les hommes semblent se muer à leur tour en animaux sauvages, aveugles à la raison, entièrement dévoués à la battue et à la dévoration de l’autre. Si on excepte un court épilogue aussi inutile que trop schématique, le film met assez habilement en place une logique exterminatrice qui reflète une nature humaine toujours prompte à se laisser aller à ses plus bas instincts. Le lien entre la mission sacrée, répondant à une tradition quasi-religieuse, et la débauche la plus profane (les motivations essentielles des personnages sont de manger, boire, forniquer et se taper de dessus…), culmine dans un assaut final surréaliste renvoyant directement à l’image d’un golem de chair, et bientôt de cadavres, amoncelé telle une offrande absurde alors que la musique tribale et caverneuse bat son plein.
On ne peut reprocher à Lijo Jose Pellissery d’aller jusqu’au bout de ce concept. On ne va surtout pas lui reprocher de le traiter avec une fureur esthétique démesurée, alliant des travelings délirants, une caméra constamment en mouvements et toujours au plus près des personnages et une photographie intense et charnelle. Les séquences de nuits dans les plantations ou au cœur de la forêt sauvage, éclairées à la lumière des torches, donnent ainsi véritablement corps à un retour à des ambiances follement primitives.
Image
Capturé avec des caméra Red Epic, Jallikattu impose une image numérique de très haute intensité. Les cadres sont forcément parfaitement propres et stables, et la finesse du piqué accompagne à merveille les nombreux détails de matières (costumes, décors, visages…) avec surtout une très agréable sensation de profondeur. Le master se montre surtout particulièrement chaleureux sur le traitement des couleurs, chaudes, suaves, intenses, contrastées et le maintien de noirs particulièrement profonds. Aucun souci de compression ou autre à l’horizon.
Son
Proposé en salles en Dolby Atmos, le film nous parvient ici dans un DTS HD Master Audio 5.1 presque aussi performant. De la fameuse introduction aux minutes s’égrenant en passant d’un bout à l’autre de l’espace jusqu’aux effets de foules fourmillants et écrasants, la dynamique est riche et solide, donnant une belle présence aux musiques atmosphériques sans jamais oublier les dialogues, vite énervés, en cours de route.
Interactivité
Spectrum Films se tourne vers un autre continent asiatique, l’Inde, avec Jallikattu disposé comme d’habitude dans un boitier scanavo classique avec fourreau cartonné. Le disque Bluray propose deux présentations du film, l’une enregistrée par Logan Boudaby, la seconde par François Cau, avec à chaque fois le souci d’ouvrir la voie aux nouveaux venus. On y évoque la nouvelle vague du cinéma malayalam, l’évolution de la carrière et du style de Lijo Jose Pellissery, l’affirmation de Jallikattu, le regard sur la communauté chrétienne de la région autant que le monde rural décrit. Les deux intervenants ne cachent pas leur admiration pour le travail du cinéaste et le film en question.
Le disque contient aussi un très beau court métrage bangladais, Ali récompensé au Festival de Cannes cette année. Signé Adnan Al Rajeev, il conte comme un jeune garçon vivant dans une ville où les femmes n’ont pas le droit de chanter s’inscrit à un concours dans l’espoir de partir vivre en ville. Mais sa véritable voix, angélique, ne se révèlera que dans un ultime plan, troublant et poétique.
Liste des bonus
Présentation du film par Logan Boubady (23’), Entretien avec François Cau (26’), Court métrage : Ali (15’), Bande-annonce.






