J.F. PARTAGERAIT APPARTEMENT

Single White Female – Etats-Unis – 1992
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Barbet Schroeder
Acteurs : Bridget Fonda, Jennifer Jason Leigh, Steven Weber, Peter Friedman, Stephen Tobolowsky…
Musique : Howard Shore
Durée : 107 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : BQHL
Date de sortie : 24 mars 2021
LE PITCH
Séparée de son fiancé, Allie Jones tient cependant à ne pas quitter le grand appartement qu’elle loue dans l’Upper West Side, l’un des quartiers les plus chics de New York. Et quoi de mieux pour le conserver qu’une colocataire ? Allison croit avoir trouvé la perle rare en la personne d’Hedy Carlson, une jeune femme de son âge. En apparence douce, discrète et bienveillante, Hedra Carlson se révèle bientôt de plus en plus envahissante. Dangereusement envahissante…
Les nuits avec mon double
Alors en plein cœur de sa carrière américaine, Barbet Schroeder se prête au jeu du thriller domestique avec JF partagerait appartement. Une commande, mais où pointe constamment les élans de perversité de son auteur et sa fascination pour les figures troubles.
Réalisateur des documentaires Général Idi Amin Dada : Autoportrait, L’Avocat de la terreur ou Le Vénérable W., Barbet Schroeder cultive une même fascination pour les personnages jouant de multiples facettes, de masques pour cacher des personnalités troubles, dangereuses derrière les sourires, les postures ou l’élégance froide. C’était bien évidemment ce qui faisait tout le sel de son Le Mystère Von Bülow, affaire judiciaire toujours irrésolue dans laquelle Jeremy Irons campait un aristocrate aussi détestable que mielleux. Profitant de la reconnaissance public et critique du film, sans compter sur le prix d’interprétation aux Oscar, Schroeder devient « bankable » et reçoit désormais les derniers scripts commandités par les grands studios. Parmi ceux-ci, il va choisir celui de JF partagerait appartement, librement adapté d’un bouquin peu mémorable du même nom, qui joue sur la corde très en vogue alors du thriller domestique. Une mode lancée par le célèbre Liaison Fatale, et reposant toujours sur cette idée d’une menace venant s’incruster dans la vie, jusque-là baignée dans un sentiment de sécurité trompeur, du personnage principal.
Persona
Une maîtresse délaissée dans le film d’Adrian Lyne, une nounou sadique dans La Main sur le berceau, un fiston sadique dans Le Bon Fils et une colocataire en quête d’identité dans le film en question ici. Schroeder ne cache pas (même dans les interviews) sa position de mercenaire et répond volontiers au cadre attendu par la Columbia, mais le fait tout de même plier à sa personnalité, refusant le catalogue de stars, creusant plus que de coutume la psychologique de ses deux protagonistes, distillant des indices d’une sexualité presque crue, ambivalente et surtout ambiguë. Aidé par la photographie léchée de Luciano Tovoli (Profession : Reporter), accaparant une veille battisse typiquement new-yorkaise rappelant directement celle de Rosemary’s Baby, il teinte aussi très clairement ce genre d’habitude assez froid d’une inquiétante étrangeté proche du cinéma de Roman Polanski. Pas de quoi forcément transformer l’objet, au demeurant très classique dans sa construction, en chef d’œuvre, mais plutôt d’ouvrir la voie à des contours légèrement plus sombres et complexes. Un angle largement porté il est vrai par le duo d’actrice, Bridget Fonda et surtout Jennifer Jason Leigh, qui malgré leur différence d’intensité de jeu, leur physique semble-t-il à l’opposée l’une de l’autre, finissent par afficher des similitudes troublantes, crédibilisant constamment cette extrapolation spectaculaire d’un cas de mimétisme pathologique. Un peu dommage au demeurant que suite à de multiples screentest, le réalisateur finisse par accepter (en plus de quelques coupes) le tournage d’une nouvelle fin. Plus longue et satisfaisante pour le grand public, celle-ci délaisse un thriller tout en retenu, privilégiant les signes inquiétants aux explosions de violence, pour un affrontement grand guignol aux relents de slasher. Une commande reste une commande.
Image
20 ans après un DVD forcément difficilement trouvable aujourd’hui, BQHL propose enfin le film en Bluray via un master HD à priori hérité du travail de restauration signé Shout Factory. On note d’emblée la disparition des différentes petites scories de pellicules, une stabilisation notable de l’image et surtout de la colorimétrie, mais ce travail a manifestement été effectué à partir d’une source vidéo identique, sans passage par un nouveau scan du négatif. Des procédés numériques exclusivement donc qui laissent apparaître dans une poignée de séquences quelques matières un peu neigeuses et des débuts d’artefacts pas très gracieux.
Son
Aucun reproche à faire aux pistes DTS HD Master Audio qui redonnent un peu de peps aux stéréos d’origine. Pas forcément de grands élans dynamiques, même si la spatialisation latérale est bien présente, mais plutôt un équilibre bien mené entre les dialogues et la partition d’Howard Shore.
Interactivité
Deux bonus vidéo viennent agrémenter la galette : une rencontre pas désagréable mais anecdotique avec l’acteur Steven Weber et une autre beaucoup plus creusée avec le scénariste, passant du travail d’adaptation à sa collaboration avec Schroeder sans perdre de sa franchise. Dommage cependant de ne pas retrouver la rencontre avec le réalisateur produite à la même occasion (pour Shout donc) ou le commentaire audio. Question de coût sans doute…
BQHL tente de combler le vide avec un livret making of confectionné par le très carré Marc Toullec.
Liste des bonus
Livret de 20 pages, Interview du scénariste Dan Roos (25’), Interview de l’acteur Steven Weber (19’).