HONG KONG 1941 & THE ISLAND

等待黎明 / 生死綫 – Hong Kong – 1984, 1985
Support : Bluray
Genre : Action, Horreur
Réalisateur : Leong Po-Chih
Acteurs : Chow Yun-Fat, Cecilia Yip, Alex Man, John Sham, Au Hoi-Lun, Timothy Zao …
Musique : Divers
Image : 1.85 16/9
Son : Cantonais DTS HD Master Audio 1.0 et Français DTS Master Audio 2.0 (Hong Kong 1941)
Sous-titres : Français
Durée : 101 et 93 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 21 octobre 2025
LE PITCH
Hong Kong 1941 : En pleine Seconde Guerre mondiale, Nam, 19 ans, rêve d’échapper au sinistre mariage arrangé par son père pour enfin vivre au grand jour son histoire d’amour avec Kang, son turbulent ami d’enfance. Le destin semble leur sourire lorsque Fai, un acteur sans emploi, leur propose de quitter Hong Kong avec lui. Mais la brutale invasion de la colonie par l’armée japonaise vient bouleverser leurs plans…
The Island : Professeur de géographie, M. Cheung emmène six de ses élèves en excursion sur une île déserte. À leur arrivée, ils font la rencontre de trois frères, derniers habitants de l’île, qui tiennent une épicerie locale. Les adolescents et leur professeur se sentent mal à l’aise en leur compagnie. Et pour cause : au chevet de leur mère mourante, les frères ont juré de marier le benjamin afin de prolonger la lignée. Après avoir jeté leur dévolu sur une réfugiée chinoise jugée « impure », la jeune Phyllis semble être la proie idéale.
L’ile de tous les dangers
En ce moi d’octobre 2025, Carlotta Films éditent deux longs métrages signés Leong Po-Chih. Un cinéaste issu de la fameuse Nouvelle Vague HK, mais régulièrement mis de coté dans les chroniques sans doute à cause de son côté touche-à-tout et ses voyages réguliers entre Hong-Kong et l’occident, le rendant effectivement plus difficilement définissable. Avec Hong Kong 1941 et The Island, un certain regard se fait pourtant évident.
Anglais d’origine ayant fait ses premières armes à la BBC avant de passer du coté de la télévision hongkongaise, Leong Po-Chih aura comme ses nombreux camarades cinéastes de l’époque, participé à dépoussiérer l’imagerie locale et surtout la manière de conter et aborder les genres. Cependant des premiers films d’actions / polar comme Jumping Ash et Opération Foxbat en passant par le thriller sulfureux avec He Lives by Night, ses comédies très locales Super Fool avec Richard Ng et Banana Cop avec Teddy Robin Kwan et un long passage durant les années 90 / 2000 en contrée anglo-saxonne avec tour à tour le fantastique psychologique La Sagesse des crocodiles avec Jude Law, le film de serial killer Cabin by the Lake et les DTV Le Protecteur avec Steven Seagal et The Detonateur avec Wesley Snipes, la carrière du monsieur a parfois tout de l’œuvre d’un simple faiseur, acceptant tout ou presque. Il y a effectivement quelque chose de l’artisan stakhanoviste chez Leong Po-Chih, mais qui comme les plus appliqués et les plus inspirés, réussit toujours, ou presque, à apporter un véritable savoir-faire à ses projets… et ce malgré des scénarios pas toujours des plus décoiffants.
Survivre
D’ailleurs comme souvent, il n’est pas à l’origine des projets, comme c’est le cas des deux films proposés ici, commandes acceptées pour le compte de la D&B Films alors toute jeune firme en quête de grand succès. Dans ce cadre, et malgré une économie sans doute plus réduite que le film ne l’aurait mérité, Hong Kong 1941 affirme une grande ambition en reconstituant l’archipel durant la Seconde Guerre Mondiale, juste au moment de l’invasion japonaise sur le territoire. Pas de grands mouvements militaires, ni de scène de batailles épiques, mais une description très inspirée du chaos provoqué par la situation entre crise économiques, réseaux de marchés noirs, polices et milices véreuses et menaces des occupants. La violence y est très présente, angoissante forcément, et si la réalisation s’en détourne le plus souvent, les images des enfants jouant à mimer les exécutions par décapitations valent bien des mots. Un film qui touche d’autant plus qu’il emprunte volontairement aux grands élans mélodramatiques hollywoodiens (ou classiques) en prenant le point de vue de trois jeunes adultes, frappés dans leurs espoirs de libertés, s’efforçant de garder la tête haute et se dépêtrer en même temps d’un triangle amoureux tout en non-dits. Des quelques scènes d’actions, versant bagarres de rue plutôt qu’arts martiaux chorégraphiés, à la délicatesse des sentiments explorés, Hong Kong 1941 se dote des attraits des grands films d’aventure, et confirme dans la foulée les talents de ses jeunes acteurs : Alex Man (As Tears Go By, Rouge…), Cecilia Yip (Nomad, Esprit d’amour) et surtout Chow Yun-Fat qui trouve là son premier rôle vraiment populaire avec une figure de héros au grand sens du sacrifice qui annonce déjà ses rôles à venir chez John Woo. Mais si le film parla autant aux spectateurs de l’époque c’est certainement par son écho direct aux accords alors en cours entre le Royaume-Unis et la Chine pour la future rétrocession et l’avenir incertain qu’ils représentaient pour toute une génération.
Survivre bis
Impossible d’ailleurs de ne pas percevoir aussi une certaine allégorie de la place de Hong Kong face au grand frère chinois dans The Island tourné l’année suivante et toujours pour le même studio. Il s’agit désormais d’un authentique film d’horreur, manifestement très inspiré par les nombreux slasher et surtout survival américains (Massacre à la tronçonneuse, La Colline a des yeux…) dans lequel un groupe de jeunes étudiants menées par leur professeur un peu à la masse débarquent sur une île dite abandonnée pour explorer les lieux. Sur place trois frères, reclus et abêtis par l’isolement sont bien décidés à offrir une fiancé au petit dernier en l’honneur de leur vieille mère récemment défunte. Le monde arriéré des traditions à tout prix face à une jeunesse qui vit pleinement les années 80 et l’influence américaine, les choses ne peuvent forcément que mal tourner dans ce huis-clos insulaire à l’ambiance bien moite et dérangeante. Le film commence comme il se doit assez doucement, pas si loin de la comédie teen, avant de glisser doucement vers le cauchemar attendu jusqu’à une dernière bobine qui tourne à l’affrontement frontal et enquille les victimes (tortures aux oursins, morsures de serpents, coups de machette…) avec la menace constante que l’une de ses pauvres jeunes filles finissent à son tour en esclave sexuelle. Bien brossé et très efficacement rythmé, The Island reste cependant un film HK qui ne rentre pas dans la catégorie III et ne va pas toujours au bout de sa logique dérangée ou de sa cruauté pour vraiment prendre aux tripes, mais reste un film bien emballé et assez fun dans ses recoins Bis.
Un film d’aventure historique et un film d’horreur ado, voilà deux des nombreux versants de la large filmographie de Leong Po-Chih. Deux réussites dans leurs genres respectifs, avec tout de même une nette préférence pour le très classe et touchant Hong Kong 1941, reflets aussi à chaque fois à leurs manières des grandes inquiétudes liées à la proximité grandissante avec la rétrocession de 1997. Le cinéaste livra d’ailleurs une très belle série documentaire sur le sujet pour l’anglaise Channel 4 : Riding The Tiger.
Image
Certainement en partenariat avec Eureka, Carlotta nous propose deux très belles copies des films de Leong Po-Chih, profitant de restaurations soignées et de transfert impeccables. The Island a été confectionné à partir d’un nouveau scan 2K à la source, affirmant un piqué bien marqué et un grain présent et organique, là où Hong Kong 1941, un cran au-dessus, est tiré d’un nouveau scan 4K des négatifs, profitant d’une plus grande finesse encore dans la définition et les argentiques. Dans les deux cas les couleurs sont chaudes et admirablement contrastées.
Son
Les deux versions cantonaises sont disposées dans des DTS HD Master Audio 1.0 tout à fait clairs et fermes. Forcément quelques habituelles saturations propres aux ciné HK se laissent entendre, mais l’ensemble est plus que confortable. On apprécie le retour pour Hong Kong 1941 du doublage français, plutôt de bonne qualité même si l’exercice reste toujours compliqué pour un film asiatique, avec un DTS HD Master Audio 2.0 un peu plus plat mais efficace.
Interactivité
Les deux éditions séparées fonctionnent vraiment en parallèle avec des suppléments qui se suivent ou se répondent. On retrouve ainsi découpé en deux parties une masterclass enregistrée au Far East Film Festival en 2023 où le réalisateur revient naturellement sur les deux films, mais étend surtout considérablement le propos aux méthodes de l’époque, à son statut particulier au sein de l’industrie, aux évolutions de sa filmographie, les thèmes sociétales récurrents de ses films… Un monsieur particulièrement loquace et avide de partage que l’on retrouve face caméra dans une longue interview en deux parties produite par Frédéric Ambroisine. Certains sujets se répètent forcément un peu, mais les connaissances du journaliste permettent de creuser souvent bien plus loin et d’évoquer des films encore méconnus par chez nous. A coté de ces segments, les interventions du britannique Tony Rayns paraissent légèrement superflues surtout lorsqu’il entame son sujet sur The Island en affichant son dédain face au genre horrifique.
Du coté de Hong Kong 1941 on peut aussi visionner des interviews promotionnelles tournées sans doute pour des sorties vidéos plus tardives. Cecilia Yip loue le cinéaste qui l’a aidé pour construire son rôle et admire ses partenaires, Paul Chun Pui apprécie de jouer un personnage ambigu et Chow Yun-Fat se retrouve surtout à répondre sur sa collaboration avec John Woo et son statut de « star ».
Liste des bonus
Hong Kong 1941 : « Croiser les cultures » : entretien avec Leong Po-Chih (22’), « Po-Chih Leong sur Hong Kong 1941 et la question identitaire » : Masterclass (21’), Entretien avec Tony Rayns (30’), Entretiens d’époque Chow Yun-Fat (13’), Cecilia Yip (11’), Paul Chun Pui (8’), Bande-annonce (4’).
The Island : « Croiser les genres » : Entretien avec Leong Po-Chih (20’), « Un cinéma de survie » : Masterclass avec Leong Po-Chih (22’), Entretien avec Tony Rayns (17’), Bande-annonce originale (4’).









