HO !

France – 1968
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Policier
Réalisateur : Robert Enrico
Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Joanna Shimkus, Raymond Bussières, Paul Crauchet, Stéphane Fey, Alain Mottet…
Musique : François de Roubaix
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Durée : 107 minutes
Editeur : Coin de mire Cinéma
Date de sortie : 1er juillet 2025
LE PITCH
Holin, coureur automobile, provoque un accident avec son bolide et son coéquipier meurt carbonisé. Holin perd sa licence de coureur et entre comme chauffeur au service d’une équipe de gangsters qui commettent des hold-up. Il déteste ses patrons, qui l’appellent Ho ! et le traitent comme un domestique. Rapidement, Holin décide de se venger et organise lui-même son propre hold-up…
Sortie de route
Pas franchement un carton à sa sortie et production quelque-peu oubliée dans les filmographies des grands noms associés, Ho ! fut effectivement boudé par Belmondo et le scénariste José Giovanni qui ne retrouvait pas vraiment là le film populaire attendu. La faute, ou grâce, au réalisateur Robert Enrico (Le Vieux Fusil, Boulevard du rhum…) qui effectivement n’était pas forcément du genre à célébrer la trajectoire du truand pas si extraordinaire.
Entre Enrico et Giovanni les choses semblaient pourtant se passer comme sur des roulettes après les succès de Les Grandes gueules et Les Aventuriers, déjà adaptés de textes du romancier, mais effectivement sur Ho ! il semblerait que leurs optiques se soient quelque peu distanciées. C’est d’ailleurs bel et bien Giovanni qui a apporté Jean-Paul Belmondo sur le projet, la nouvelle star du cinéma français revenant après une bonne année sabbatique à une envie de retrouver l’engouement du grand public en se frottant au petit monde des gangsters et au grand spectacle promis ici par la présence de Remi Julienne pour les cascades motorisées. Tous deux imaginent dès lors cette chronique d’un jeune truand un peu mégalo, ancien roi de la course automobile grimpant progressivement les échelons du banditisme médiatisé, comme une nouvelle évocation flamboyante du personnage roublard et bondissant de l’acteur. Ce dernier fait d’ailleurs à ce titre quelques démonstrations de force comme il a le secret, jouant du révolver face à miroir, multipliant les séductions de la belle Joanna Shimkus ou se lançant dans quelques poursuites véhiculées, sur piste ou au cœur de Paris. Surtout, il fait montre de tout son talent dans une spectaculaire évasion centrale où il se transforme au grès des semaines en son compagnon de cellule SDF afin de prendre sa place le jour de sa sortie.
Gueule de truand
Étonnant aussi d’observer comment il passe ici d’un portrait relativement réaliste et effacé dans les premières séquences, pour se diriger de plus en plus vers les pitreries, les grands mouvements et les déclamations à la Bebel dans les dernières bobines. Presque un portrait de l’acteur parfois, et cela tombe bien car Robert Enrico tourne lui un film qui semble beaucoup plus questionner ce personnage, définitivement hanté par un accident qui lui a couté sa licence de pilote et la vie de son meilleur ami, toujours happé par l’adrénaline et le danger, mais surtout extrêmement fasciné par la gloire médiatique. Sa compagne est ainsi une top model en pleine ascension, il collectionne les articles de presse qui en font un Arsène Lupin moderne (mais à la demande de la police qui s’efforce de lui tendre un piège), se lie d’amitié avec un journaliste et finira forcément par devenir le sujet de cette satané télévision. Une course à la célébrité qui a foncièrement quelque chose de pathétique, d’irrémédiablement fatale et qui contraste par sa vacuité avec l’image de lui-même que met en scène le personnage de Belmondo. Le film semble ainsi constamment tiraillé par ces oppositions, ces deux angles et ces deux dynamiques, alternant entre une certaine forme de réalisme (tout le passage dans la prison insalubre, étouffant), des images et effets de montages presque hérités de la Nouvelle vague (les balades romantiques, les instants solitaires de Holin dans sa cache…) et des sorties beaucoup plus spectaculaires et tendus dont une scène de poursuite et de fusillade en plein cœur de Paris tournée sans autorisation et sans prévenir la foule avec un téléobjectif. Intense.
Un mélange qui manque naturellement de cohésion et qui n’arrive jamais totalement à affirmer pleinement son identité, mais qui est justement par ces failles et ces hésitations s’avère particulièrement intéressant. On y retrouve l’attrait de Robert Enrico pour les figures ambiguës et les personnages prisonniers de leur propre violence, laissant entendre que c’est tout de même le cinéaste qui a fini par gagner la petite bataille du film.
Image
Uniquement disponible jusque-là via un DVD TF1 bien daté, Ho ! passe largement à la gamme au-dessus avec cette impressionnante restauration signée par le labo Hiventy. Un travail effectué à partir d’un scan 4K des négatifs 35mm, reposant sur un important nettoyage de l’image, une stabilisation des bords, mais aussi un respect constant des accents celluloïd du métrage avec une présence constante d’un grain bien marqué, organique et vibrant, et d’argentiques ravissants. Un film qui fait parfaitement son âge et cela lui va très bien surtout que la définition est exemplaire et l’étalonnage automnal très respectueux des intentions d’origines. Une redécouverte forcément beaucoup plus frappante sur le disque UHD, avec l’apport supplémentaire de l’HDR10+ et Dolby Vision, mais le Bluray simple s’en sort parfaitement bien.
Son
Le coup de frais est plus discret sur la piste sonore mono mais n’en est pas moins de qualité, assurant une restitution claire et équilibrée, une belle portée aux musiques du doué François de Roubaix et quelques ambiances joliment déployées sur le DTS HD Master Audio 2.0.
Interactivité
La « Séance » continue avec cette sortie Digipack + Fourreau UHD / Bluray qui reprend joliment le noir et les écritures dorées des anciens Mediabook de la collection. Bien entendu la section Bonus débute comme il se doit par cette reconstitution toujours aussi plaisante de la grande séance complète (en option avant le film ou en visionnage séparé) avec des actualités Pathé de 1968 où l’on ne parle pas encore des « évènements » mais plutôt de la nouvelle ligne d’avions touristiques à destination du continent américain, des jeux olympique de Mexico et d’un peu de courses automobiles (ça tombe bien !), suivis de la bande-annonce de L’Astragale et de réclames de l’époque célébrant les eskimos Gervais même sous la pluie, une boutique spécialisée dans les vêtements à la mode (hippie donc) et les stylos-feutres économes de la marque Tempo vendus par la voix reconnaissable de Claude Piéplu. Des documents restaurés eux aussi cela va de soi.
Coin de mire ajoute à cela quelques suppléments plus « classiques » avec des interviews d’archives capturées brièvement dans les coulisses du tournage, ainsi qu’une rencontre avec Enrico enregistrée pour l’émission Chronique Cinéma. Bonne occasion d’obtenir quelques petites informations de première main mais aussi de réaliser le fossé qui existait entre la vision du personnage par Belmondo et celle du réalisateur.
On retrouve aussi l’habituel Julien Comelli pour une nouvelle présentation enregistrée sur les marches de son chalet suisse. Il ne s’attarde pas vraiment sur la nature du film ou son sujet mais gravite plutôt autant des questions de l’adaptation ou de la carrière de l’actrice Joanna Shimkus, et délivre une petite anecdote bien sympa autour de l’apparition fugace d’un certain Alain Delon.
Liste des bonus
La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d’époque (20’), « Ho ! au conditionnel » : Présentation du film par Julien Comelli (23’), Interview sur le tournage de Jean-Paul Belmondo, Joanna Shimkus et Robert Enrico (7’), Interview de Robert Enrico à la sortie du film (16’), Bandes-annonces de la collection.






