HISTOIRES DE FANTÔMES CHINOIS : LA TRILOGIE

倩女幽魂 + 倩女幽魂2:人间道 + 倩女幽魂Ⅲ:道道道 – Hong-Kong – 1987, 1990 et 1991
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateur : Ching Siu-Tung, Tsui Hark
Acteurs : Leslie Chung, Joey Wang, Tony Leung Chiu Wai, Wu Man Zhilun Xue, Michelle Reis, Jacky Cheung, Shun Lau, Nina Li Chi, Waise Lee…Musique : James Wong, Romeo Diaz
Image : 1.85 16/9
Son : Cantonnais et Français DTS Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 96, 103 et 104 minutes
Éditeur : HK Video
Date de sortie : 14 février 2026
LE PITCH
Egaré dans la forêt, Ning, un jeune collecteur des impôts se réfugie dans un Temple désaffecté. Il y rencontre un maitre d’arme taoïste qui le met en garde contre la présence de créatures surnaturelles. Au milieu de la nuit, une musique enchanteresse attire Ning vers le fleuve où l’attend Hsiao-tsing, une femme d’une beauté irréelle. Bientôt, Ning découvre que la belle est un fantôme qu’un démon surpuissant force à séduire les hommes de passage pour les lui livrer en pâture…
Les premiers émois sont toujours les plus beaux
Après deux décennies d’attente, les trois premiers Histoires de fantômes chinois (le quatrième, film d’animation, doit arriver sous peu chez Spectrum Films) débarquent enfin en Bluray (et UHD pour le premier) dans un nouveau superbe coffret signé HK Vidéo. Un retour aux sources pour une saga qui pour beaucoup aura été la première confrontation à la flamboyance et la folie du cinéma HK, la méthode Tsui Hark, la poésie chorégraphique de Ching Tsiu-Tung et le charisme de l’inoubliable Leslie Cheung. Ça fait beaucoup !
Si les Histoires de fantômes chinois sont encore aussi célèbres en France aujourd’hui, c’est tout d’abord parce que pour beaucoup de spectateurs ils furent leur première rencontre avec l’imagination débordante du cinéma hongkongais. Mais c’est aussi et surtout parce que ce sont tout simplement trois petites merveilles de cinéma. Cinquième film produit par la Film Workshop, toute jeune société de production de Tsui Hark (Time and Tide, Il était une fois en chine, The Blade…), juste après Le Syndicat du crime, le premier A Chinese Ghost Story est une nouvelle réappropriation du producteur du wu xia pian fantastique directement dans la lignée de son précédant, et merveilleusement hystérique Zu, Les guerriers de la montagne magique. On y retrouve donc de formidables combats dans les airs, des duels magiques et des effets spéciaux aussi kitchs qu’impressionnants. Mais comme le bonhomme ne peut se résigner à faire comme les autres, il va ajouter à ce genre bourré de combats en apesanteur et de morales chevaleresques une véritable histoire d’amour, un aspect fantastique exacerbé et un second degré savoureux. Inspiré d’un conte ancien, Petite Grâce de Pu Song Ling, mais aussi d’un classique de la Shaw Brothers, The Enchanting Shadow, Histoires de fantômes chinois pioche allégrement aussi du coté des films de fantômes japonais, de l’horreur façon Evil Dead (les caméras glissantes au raz du sol, les arbres vivants…) et bien entendu d’une ghost kung-fu comedy popularisé par L’Exorciste Chinois et la saga des Mister Vampire. Un grand divertissement, généreux, qui aurait pu devenir un tableau d’autant plus schizophrénique que Tsui Hark, producteur, multiplia les incursions sur le plateau (il aurait dirigé toutes les scènes avec ses stars) reléguant le cinéaste crédité, Ching Siu-Tung (Terracota Warrior, Swordsman, Duel To The Death), au rang de réalisateur de seconde équipe de luxe. Pourtant, comme un miracle, le film y trouve un équilibre fragile, poétique, gracieux qui passe d’un genre à l’autre avec une facilité déconcertante. Les talents des presque débutants Leslie Cheung (déjà star de la cantopop mais jeune acteur) et la sublime Joey Wang y sont pour beaucoup, tout autant que les musiques et chansons inoubliables composées par James Wong, mais plus généralement c’est toute la magie de l’esprit du cinéma HK qui semble s’emparer de chaque instant du film. Tout y fonctionne à merveille, entrainant, touchant, émerveillant, jusqu’à cette fameuse scène du bain où un baiser volé devient par la bénédiction du hasard (une fleur remonte doucement au meilleur moment) l’une des images les plus romantiques du cinéma.
Poyé polomi !
Succès honorable mais pas extraordinaire à Hong-Kong, le film est cependant largement plébiscité à l’étranger (Japon, USA, France…) et appelle dès lors à la mise en production de suites. Tsui Hark imagina un temps Histoires de fantômes chinois II comme un concept de série TV dont la structure se retrouve directement dans la construction très épisodique du film. Se déroulant dans la continuité du premier film, il suit un Ning (toujours Leslie Cheung) qui croit reconnaitre la réincarnation de Hsiao-tsing (toujours Joey Wang) sous les traits d’une jeune guerrière tentant de combattre la corruption du royaume. Le point de départ d’une succession interrompue de quiproquos et de situations rocambolesques qui mettent largement les aspects les plus farfelus et décalés du premier film en avant. Avec l’arrivée de l’excellent Jackie Cheung (Une Balle dans la tête) en guerrier taoïste surpuissant, l’opus met même en avant une démesure fantastique poussée à son paroxysme lors d’affrontement magique absolument délirant. Toujours à la barre et écrasant sans doute plus que jamais le pauvre Ching Siu-Tung, Tsui Hark plonge comme il l’aime tant dans le chaos filmique pour délivrer un divertissement décoiffant, parfois hésitant, mais où les idées (mille-pattes géants, inscriptions dans la paume qui figent les adversaires, exorcisme aérien, général affrontant des ennemis invisibles un bras en moins…) pleuvent à chaque instant. Histoire de fantômes chinois 2 est légèrement moins bien équilibré, mais l’hystérie globale du métrage, les nombreuses scènes dignes du slapstick et les nombreux gags à répétition en font l’épisode le plus drolatique. C’est pourtant aussi par contraste le plus sombre, dépeignant une nation plongée dans la violence aveugle, écrasée par la décadence d’un gouvernement corrompus faisant directement échos au choc que fut la répression du gouvernement chinois lors des manifestations sur la place Tien An Men.
Sutra kama
Tourné avec quelques mois seulement d’écart, Histoire de fantômes chinois 3 prend ce dernier à contrepied, se rapprochant volontairement des racines du projet quitte à ressembler bien souvent à un authentique remake. Le film se déroule cent ans après les évènements de celui de 87 et ramène à la non-vie la terrible matrone Lao Lo, dirigeant de nouveau sa demeure hantée comme une mère maquerelle sadique et envoyant ses « filles » séduire les voyageurs pour mieux ensuite se repaitre de leur énergie vitale. Joey Wang est toujours l’argument féminin numéro 1, mais elle est ici Lotus, âme prisonnière à son tour et qui fait directement échos aux notions de réincarnations que l’on retrouve alors jusque dans l’ADN de la franchise. Leslie Cheung laisse place à un autre jeune acteur, extraordinaire et hilarant Tony Leung, jeune prêtre gaffeur qui bien entendu tombera sous le charme de l’exquise revenante. Occupé par ses propres réalisations, dont un certain Il était une fois en Chine, Tsui Hark laisse enfin les coudées franches à Ching Siu Tung qui semble vouloir ici livrer SA version des Histoires de fantômes chinois, quitte à laisser le doux romantisme de coté au profit d’un érotisme plus explicite qui ravit systématiquement les amateurs de beauté asiatique. Toujours très soft, le film joue justement sur la volonté du jeune bonze de ne pas succomber aux nombreux atouts des belles succubes : chevilles gracieusement découvertes, échanges saphiques, drapés de soies, situations induisant le rapprochement des corps… Une sensualité qui s’accompagne d’une esthétique somptueuse, parfois marquée par l’influence de la culture anime (les ongles qui s’étirent et se transforment en arme…) mais tirant surtout plus que jamais vers les anciens toiles chinoises ou les estampes, et où le sens chorégraphique du cinéaste peut enfin prendre toutes ses aises lors des nombreuses séquences de vols câblés et de vêtements flottants au vent d’une élégance rarement atteinte. Peut-être visuellement le plus beau des trois.
Malgré leurs grandes ressemblances, les trois épisodes de cette trilogie possèdent chacun une personnalité qui leur est propre tout en affichant la même volonté d’éblouir, d’amuser et de séduire. Toujours aussi réjouissants, visions après visions, et jamais égalés, ils méritent largement de figurer parmi les plus grandes réussites du cinéma populaires.
Image
Invisible depuis leur sortie en Bluray il y a presque 20 ans (et c’est long), la trilogie Histoires de fantômes chinois revient en HD et même en 4K pour le premier opus. C’est naturellement celui qui impressionne le plus, le disque UHD est particulièrement scotchant avec sa colorimétrie chatoyante et percutante développée en HDR10 et Dolby Vision et donne bien souvent l’impression de redécouvrir le film. Les séquences dans le village par leurs teintes fortes et bariolées rappellent même les grands moments de Zu. La copie a été aussi admirablement nettoyée, débarrassée des anciennes taches, stries ou griffures pour aboutir une propreté impeccable mais qui ne gomme jamais le grain, assez marqué, d’origine, toujours organique et vibrant. Même si les plans à effets spéciaux et autres collages entrainent une baisse de finesse et un grain plus fluctuant, la définition est surprenante d’intensité et vient souligner plus que jamais la beauté des décors, des costumes et l’aspect délicieusement artisanal de certains effets spéciaux.
Les deux suites sont légèrement moins bien dotées avec de nouvelles copies restaurées mais uniquement en 2K. Le fossé avec les anciens masters n’en est pas moins flagrant en particulier pour Histoire de fantômes chinois 3 qui affiche des cadres particulièrement solides, détaillés et harmonieux jusque dans les scènes les plus exigeantes. Les couleurs sont superbes et le piqué bien costaud. Histoires de fantômes chinois 2 est un cas un peu plus compliqué. Son aspect bricolé, puzzle, se perçoit jusque dans l’homogénéité de sa source 35mm qui passe de segments très nets à des plans légèrement flous, limite neigeux parfois, en fonction de l’importance des différents inserts, des SFX et trucages optiques autant sans doute aussi que des jours de tournage. Fluctuant soit, mais le film n’a cependant jamais affiché une telle forme, là encore avec des noirs bien plus solides qu’autrefois et des couleurs ravivées.
Son
Les trois films sont proposés avec de nouvelles pistes DTS HD Master Audio 5.1 qui s’avèrent plutôt agréables, ajoutant quelques sonorités arrières (vent, bruit de foule…) sans trop abuser. Elles ont surtout le mérite de souligner l’important travail de restauration effectué sur des bandes sonores qui sont tout de même beaucoup plus vives et impactantes dans leurs stéréos d’origines, déployées ici en DTS HD Master Audio 2.0.
Les doublages français, toujours un peu plat pour le premier film, totalement survolté pour le second et curieux pour le troisième (avec Pascal Legitimus, oh yeah !) se dotent eux aussi de propositions équivalentes. A noter que la version complète d’Histoire de fantômes chinois 3 n’est disponible qu’en vost.
Interactivité
En 2008 le coffret DVD de la trilogie avait fait sensation par la beauté de son packaging. Difficile de faire mieux même si le coffret avec fourreau, ses digipacks slim, ses trois posters réversibles, sa collection de reproductions de photos d’exploitation et son livret exclusif, cette nouvelle édition a de sacrés arguments. D’ailleurs sur ce dernier on retrouve à nouveau la nouvelle d’origine, Petite Grâce de Pu Song Ling, accompagnée d’une interview du compositeur James Wong, de la critique rédigée par Christophe Gans pour l’ancienne revue Starfix, ainsi que de nouveaux textes analytiques revenant sur l’importance du premier film dans la perception du cinéma HK à travers le monde ou les contextes et réflexions politiques sous-jacentes tout au long de la trilogie.
Sur les disques Bluray, on retrouve les très sympathiques rencontres avec le compositeur James Wong, en SD, qui revient sur sa collaboration parfois houleuse avec Tsui Hark et évoque les différentes approches pour sa musique, suivi pour le troisième opus d’une interview du chorégraphe Yuen Bun, surtout loquace quand il évoque ses méthodes de travail. HK Vidéo reprend aussi les suppléments inédits des camarades de Shout Factory avec les présentations un peu molles, mais pas inintéressantes, du critique David West, à chaque fois suivi des items Hong Kong Confidential enregistrés par un Grady Hendrix qui met pour le coup un peu plus l’accent sur les coulisses de production et les anecdotes connues. Des propos qui sont, dans les grandes largeurs, déjà évoqués dans le très attendu HK Revisited Episode 2 réunissant pendant près d’une heure autour d’une table messieurs Christophe Gans, David Martinez et Léonard Haddad. Récits de leurs premières découvertes des films, réflexion sur leur visionnage deux dizaines d’années après, pistes d’analyses, échos sur le mélange des genres, la méthode Tsui Hark, l’art de Ching Siu-Tung ou les coiffures de Joey Wang… Les échanges sont francs et passionnants et même si on sera toujours moins tranchant qu’eux sur la qualité du second film, les vétérans d’HK Magazine ont toujours un regard pertinent et acéré. L’autre gros morceaux de l’édition est « A Leslie Cheung Story », documentaire US composé à partir d’interviews récentes de collaborateurs (dont John Woo) et de journalistes / critiques, qui s’efforcent de retracer la grande carrière de la star chinoise, aussi bien dans le domaine musical que sur grand écran, de souligner son importance dans la représentation des questions de genre, tout en revenant sur une personnalité d’artiste fragile et sensible.
Les complétistes et les adeptes de la VF coûte que coûte, seront aussi ravis de retrouver le montage international d’Histoire de fantômes chinois 3, légèrement raccourci pour sa première distribution en France au cinéma et en VHS.
Liste des bonus
Un livret contenant la nouvelle d’origine (44 pages), 3 jeux de 3 cartes, 3 affiches réversibles : posters originaux/posters 2025, « A Leslie Cheung Story : L’histoire de l’icône pop de Hong Kong » (82’), « Hong Kong Confidential » avec Grady Hendrix (15’), Bande-annonce originale restaurée (2’), Galerie d’images (3’), Rencontre avec James Wong (9’), « HK revisited, épisode 02 » avec Christophe Gans, David Martinez et Léonard Haddad (56’), « Story of a Sequel : La genèse de la suite » avec David West (15’), « Hong Kong Confidential » avec Grady Hendrix (10’), Rencontre avec le compositeur James Wong (8’), Histoires de fantômes chinois 3 montage international (96’), « Third Time Lucky : La troisième fois sera la bonne » avec David West (15’), « Hong Kong Confidential » avec Grady Hendrix (10’), Rencontre avec le compositeur James Wong (12’), Rencontre avec le chorégraphe Yuen Bun (13’), Galeries d’images, Bande-annonce originale restaurée (2’).









