HERETIC

Etats-Unis, Canada – 2024
Support : Bluray
Genre : Thriller, Horreur
Réalisateur : Scott Beck, Bryan Woods
Acteurs : Hugh Grant, Sophie Thatcher, Chloe East, Topher Grace, Elle Young…
Musique : Chris Bacon
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais et français Dolby Atmos
Sous-titres : Français
Durée : 111 minutes
Editeur : Le Pacte
Date de sortie : 9 avril 2025
LE PITCH
Deux jeunes missionnaires de l’église mormone d’une petite ville du Colorado font du porte à porte dans l’espoir de convertir les habitants. Le soir venu, après une journée infructueuse, elles décident de frapper à la porte d’une maison isolée. C’est le charmant Mr Reed qui les y accueille. Mais très vite, les jeunes femmes réalisent qu’elles sont tombées dans un piège. La maison est un véritable labyrinthe où elles ne pourront compter que sur leur ingéniosité et leur intelligence pour rester en vie…
Psaume contre psaume
Scénaristes du premier Sans un bruit, Scott Beck et Bryan Woods avait été brutalement ralentis dans leur élan suite aux échecs successifs de leurs réalisations 65 La terre d’avant et Le Croque-mitaine. Mais avec Heretic ils tiennent clairement leur ticket retour : un thriller horrifique malin et un poil sadique qui ne pouvait mieux tomber que chez A24 spécialiste de l’« elevated horror ».
Au-delà de ce que le terme peut avoir de trompeur, en particulier lorsqu’on le confronte directement à l’histoire du cinéma d’horreur, il implique cependant dans son itération moderne un versant réflectif du genre. Et Heretic est indéniablement un film où l’angoisse ne va pas jaillir comme un diable d’un placard mal fermé, mais bien d’une sensation montante de malaise, une inquiétude avançant crescendo autour d’un long et simple dialogue. Toute la première partie de Heretic repose donc bel et bien presque uniquement sur un même décor, le salon un peu rance d’un monsieur trop curieux, et l’échange verbale opéré entre le propriétaire des lieux, de prime abord très inoffensif, et deux jeunes femmes, Sœur Barnes et Sœurs Paxton, envoyées en terres païenne pour prêcher la bonne parole de l’église mormone. Naturellement ces deux là font office d’agneaux sacrificiels, prisonnières entre leur nature d’adolescentes (l’introduction les montrent discutant de la taille du préservatif et d’une vidéo porno) et le prêche bien incrusté dans leurs cerveaux et qu’elles se contentent de régurgiter bêtement, face à un Mr Reed sinueux, machiavélique, manipulateur et particulièrement sûr de sa démonstration anticléricale.
L’église est en chacun de nous
Quelle idée de génie d’ailleurs d’avoir proposé le rôle à Hugh Grant, décidément très à l’aise dans les rôles de méchants (la série The Undoing, l’excellent Donjons & Dragons), jouant ici habilement de son œil pétillant et de ses sourires en coin autrefois si charmants, pour distiller une sensation constante de menace. Et celle-ci n’est pas que dans le texte, mais tout autant dans la construction de ce vase-clos, prison à multiples étages, labyrinthe restreint aux airs de jeux mental, quelques parts entre le casse-tête en bois et une scène théâtrale alambiquée où l’on va observer les convictions des deux victimes vaciller, résister, revivre ou sombrer au grès des épreuves et des démonstrations aussi claires que volontairement caricaturales et simplistes (la mise en perspective avec l’histoire du Monopoly ou de la chanson The Creep est aussi brillant que consciemment crétin). Tout était ainsi à porté de main pour accoucher d’un nouveau petit bijou d’épouvante moderne, mais malheureusement le binôme de réalisateur / auteur, finit par se prend un peu les pieds dans le tapis, s’attardant pour quelques scènes extérieures sans aucun intérêt (le supérieur mormon qui cherche les filles dans la ville), et surtout versant dans ses dernières bobines dans un mode survival beaucoup plus basique et prévisible. Même le final, qui aurait dû renvoyer dos à dos le sectarisme des uns et des autres, préfère malgré ses effets sanglants, ménager les croyances personnelles et laisser persister quelques doutes pratiquants.
La proposition manque en effet d’un peu de mordant et d’une acidité plus éprouvée, mais il faut reconnaitre à Heretic que le film se montre en majeur partie plutôt subtile et franchement soigné dans sa mise en scène, tirant joliment vers une esthétique légèrement gothique. Une très sympathique profession de foi, impeccablement portée par la bonne parole d’un Hugh Grant mémorable.
Image
Si A24 s’est fendu d’une très belle édition 4K aux USA, en France il faudra se satisfaire d’un plus simple Bluray. Cependant, hérité d’une source numérique 4.6K capturée sur caméra Arri Alex, le master reste extrêmement pointu et performant, délivrant des cadres parfaitement définis et creusés, une belle masse de détails dans le cadre et un léger relief des plus naturels. Le traitement très nuancé et délicat de la photographie, effectivement presque monochrome entre le marron bois et le noir, s’avère très appréciable et appuie l’aspect écrasant du film. Solide.
Son
Les pistes sonores Dolby Atmos ne sont pas forcément là pour en mettre plein la tronche, mais plutôt pour accompagner au mieux l’ambiance étouffante du film, ses échanges dialogués froids et distants, et cette sensation d’enfermement des lieux qui se fait de plus en plus prégnante. Là encore tout est plutôt minimaliste, mais surtout très fin dans la dynamique et la fluidité des effets.
Interactivité
Pas de suppléments au programme là où l’édition américaine proposait un petit making et un commentaire audio. Dommage.
Liste des bonus
Aucun.