HÉRÉSIE

Witte Wieven – Pays-Bas – 2024
Support : DVD
Genre : Folk Horror
Réalisateur : Didier Konings
Acteurs : Anneke Sluiters, Len Leo Vincent, Reinout Bussemaker, Nola Elvis Kemper…
Musique : Sebastien Romero
Durée : 61 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Néerlandais Dolby Digital 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : Charybde Distribution
Date de sortie : 26 janvier 2026
LE PITCH
Au Moyen Age, dans un petit village très pieux de Hollande. Frieda tente de concevoir un enfant avec son mari. Malheureusement, elle ne parvient pas a tomber enceinte et les villageois commencent à la soupçonner d’avoir conclu un pacte avec le diable qui résiderait dans la forêt.
L’Appel de la forêt
Remarquable plongée dans la folk-horror néerlandaise par un technicien ultra chevronné, Hérésie est un film de sorcières, autant qu’une démonstration de force contre le patriarcat et les violences faites aux femmes, transposée au Moyen-Âge mais au discours résolument moderne. Un court film qui manie l’ambiance et l’efficacité de main de maître.
Réalisateur de clips, mais aussi concept artist et superviseur d’effets visuels sur nombre de grosses productions hollywoodiennes, Didier Konings signe avec Hérésie son premier film, créé au sein d’une collection télévisuelle de récits de genre aux Pays-Bas. S’inscrivant dans le courant de la folk-horror, qui convoque le surnaturel au sein des croyances et des superstitions liées à la nature, le film se déroule au Moyen-Âge au sein d’une petite communauté installée en lisière de forêt, au fin fond de la campagne néerlandaise. On suit Frieda, une jeune femme attirée par les bois alentours et qui ne parvient pas à avoir d’enfant avec son compagnon Hikko. Une agression qui tourne mal plus tard, la voilà soupçonnée de sorcellerie et de pacte avec les démons de la forêt. A la vision du film, on ressent d’emblée le passif de Didier Konings, et ce, dès les premières minutes de ce moyen-métrage d’à peine une heure. Avec une économie de moyens contrainte, quelques acteurs et décors sommaires et un tournage rapide en décors naturels, le réalisateur parvient à installer une atmosphère inquiétante en une poignée de plans et surtout, à faire véritablement croire à la vie de ce petit village ramassé sur lui-même. Quand l’horreur née des petites choses et détails du quotidien et de l’environnement…
Un Amour de sorcière
Descendant de The Witch de Robert Eggers, avec lequel il partage son cadre champêtre et une certaine austérité des effets, Hérésie déroule un concept assez proche, mais en y ajoutant une certaine efficacité de par sa durée encore plus ramassée. Avec son scénariste Marc S. Nollkaemper, Konings aborde des thèmes ayant une résonance très contemporaine, liée à la condition féminine soumise au pouvoir du patriarcat, ou à une foi aveugle en des croyances religieuses confinant à l’intolérance, comme catalyseur de la haine. Par effet de miroir, c’est au sein de la forêt que Frieda trouvera refuge, soutien et in fine, une forme de libération par le paganisme. Le film est esthétiquement très abouti, usant d’effets visuels discrets en post-production accentuant l’ambiance nocturne et grisâtre permanentes, à l’œuvre également lors des nombreuses scènes éclairées à la torche, au sein de la forêt. Les effets pratiques sont remarquablement exécutés, combinés à des SFX numériques qui interviennent dans des scènes clés aux atours de sabbat, qui lorgnent même du côté du clip à certains moments. Les apparitions des créatures dans les bois sont en ce sens de véritables réussites, combinant avec adresse suggestion et démonstration, dans un équilibre soigneusement dosé. Le sound design très travaillé et la musique de Sebastien Romero ajoutent une strate supplémentaire à l’enveloppe technique de ce cauchemar forestier. Film sans une once de gras, reposant sur sa virtuosité technique, mais aussi sur l’implication et le jeu remarquable de ses comédiens, incroyable Anneke Sluiters dans le rôle principal, Hérésie s’est fait remarquer en France au Paris International Fantastic Film Festival en 2024, avant de débarquer sur la plateforme de streaming Shadowz.
Un superbe film de sorcellerie, à la fois fascinant et éprouvant, qui se hisse sans aucun problème à hauteur des ténors du genre, The Witch en premier lieu.
Image
Grâce soit rendue à Charybde Distribution de sortir ce film au format physique. Même s’il ne s’agit que d’un DVD, son existence est à saluer. De fait, l’image fluctue entre le bon et le passable. En raison des nombreuses scènes de nuit, la définition, au demeurant assez correcte, ne fait pas non plus des miracles. Les séquences de jour s’en sortent mieux, avec plus de détails et de couleurs vives à proposer. Le film alterne entre le chaud et le froid, tant au niveau de ses tons que de sa qualité visuelle globale.
Son
Une seule piste, la version néerlandaise en Dolby Digital 2.0 qui, elle aussi, ne fait pas de miracles. Mais on ne lui en demande pas tant, car l’essentiel est là : les dialogues sont clairs, la dynamique environnementale existe, bien qu’assez discrète. De quoi se satisfaire néanmoins des effets d’ambiance.
Interactivité
Concernant le film, un seul très court module offre une comparaison entre les prises de vues et le résultat après l’ajout des effets visuels. Où l’on prend conscience de tout leur apport pour l’ambiance du récit. En parallèle, l’éditeur ajoute dans les bonus un autre moyen-métrage néerlandais, Trauma Porn Club réalisé par Michael Middelkoop (2024). Si l’on reste dans le genre, on change pourtant drastiquement de registre, puisqu’il y est question d’une artiste qui fait appel à une organisation du Dark Web pour expérimenter la souffrance comme génératrice d’inspiration artistique. C’est cru, globalement assez malsain et pas loin de tomber dans le vulgaire et la gratuité pour un résultat assez vain. Aux antipodes de l’approche subtilement évocatrice d’Hérésie. Même si paradoxalement, ce second moyen métrage s’en sort globalement mieux sur le plan du rendu visuel dans cette édition DVD.
Liste des bonus
« Trauma Porn Club » téléfilm de Michael Middelkoop (2024, 53’, VOST) ; Les effets visuels du film (2’) ; Bande-annonce.







