GET CARTER

Etats-Unis – 2000
Support : Bluray
Genre : Polar, Action
Réalisateur : Stephen T. Kay
Acteurs : Sylvester Stallone, Miranda Richardson, Rachael Leigh Cook, Rhona Mitra, Johnny Strong, Michael Caine…
Musique : Tyler Bates
Image : 2.35 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 Anglais & Français, DTS HD Master Audio 2.0 Anglais & Français
Sous-titres : Français
Durée : 102 minutes
Éditeur : BQHL Éditions
Date de sortie : 29 mai 2025
LE PITCH
Jack Carter, homme de main froid et méthodique, collecte les dettes pour les prêteurs sur gages à Las Vegas. Lorsqu’il apprend la mort de son frère dans un accident de voiture, il revient à Seattle, sa ville natale qu’il avait quittée depuis longtemps, pour les funérailles. Rapidement, il remet en question la version officielle d’un accident lié à l’alcool et décide de mener sa propre enquête. Mais ses investigations dérangent autant la police que Cyrus Paice, ancien ami devenu caïd local et bras droit de Kinnear, un homme d’affaires puissant.
La loi du muscle sensible
Pour bien amorcer une nouvelle décennie, Sylvester Stallone tente de diversifier son image avec Get Carter, remake revendiqué du classique britannique hargneux de 1971 (La Loi du milieu en VF), lui-même adapté du roman Jack’s Return Home de Ted Lewis. Produit à une époque où l’acteur peine à rameuter son public en salle, ce polar clinquant cherche à conjuguer modernité visuelle et retour aux sources, offrant à son interprète l’occasion de renouer avec des rôles plus nuancés et une véritable intensité dramatique.
Dès ses premières scènes, le film annonce la couleur : le nouveau Sly n’est pas un chic type. Gros bras à la solde de la pègre, il casse les gueules des mauvais payeurs — comme le jeune Rocky avant que la boxe ne le sauve. Avec son bouc soigneusement taillé et son costume gris qu’il ne quittera jamais vraiment, Stallone semble vouloir enrichir sa galerie de personnages d’un nouveau visage sombre, ambigu, mature. Et la promesse est forte, surtout pour qui a encore en tête le Carter de 1971 : un homme froid, méthodique, taiseux, dont la brutalité n’était jamais justifiée par une quelconque morale. Mais assez vite, le pot aux roses est éventé. Ce Jack Carter-là n’a plus rien d’impitoyable. Là où l’original s’appuyait sur une écriture elliptique et un protagoniste glacial, cette relecture impose un héros plus accessible, plus lisible, plus humain. On reconnaît par moments la patte de Stallone dans certains dialogues, malgré l’absence de son nom au scénario. Ce glissement se traduit par une narration linéaire, sur-explicitée — là où l’original ménageait ses effets, laissait planer l’ambiguïté. La direction d’acteurs, timorée, peine à instaurer une tension durable. Quant aux rebondissements, ils semblent plaqués, prévisibles, vidés de leur venin. L’enquête, en fin de compte, ne sert qu’à jalonner des scènes d’action sans souffle ni nerf.
Polar humide… mais tiède
Mais tout cela est sabordé par la nécessité de ménager un héros tragique et attendrissant. Stallone incarne un Carter au grand cœur, variation à peine déguisée de l’archétype qu’il rejoue depuis ses débuts – et qui n’est autre qu’un double de lui-même : une virilité cabossée, pleine de remords. Là où Caine, en 1971, incarnait un homme du milieu, un vrai – un criminel froid, manipulateur, sans illusions – Stallone incarne un repenti en quête d’absolution. Le Carter de Caine se nourrissait des autres, les exploitait pour mieux servir ses propres intérêts. Il n’était pas meilleur que ceux qu’il affrontait, juste plus méthodique, plus intelligent. Sa rage vengeresse ne faisait irruption que lorsque la douleur devenait personnelle – prise de conscience tardive, voire hypocrite. Ce cynisme-là, ce froid-là, le remake n’en veut pas.
En se revendiquant remake – jusqu’à recycler le thème de Roy Budd, qui jure avec l’esthétique du film – Get Carter version 2000 appelle la comparaison… et s’effondre face à l’original. Là où Mike Hodges versait un shot de whisky sec, celui-ci se contente d’un soda tiède. Le polar brutal devient drame de rédemption ; le costume noir, intimidant, cède la place à un costume gris, reflet d’un héros domestiqué, vidé de sa violence. Et le film, englué dans une timidité hollywoodienne, ne laisse qu’un reflet tremblotant. Rien ne tranche. Tout s’excuse.
Image
En poursuivant son exploration de la filmographie de Sylvester Stallone hors des sentiers battus – après La Taverne de l’enfer et F.I.S.T. –, BQHL a le mérite de ressortir de l’ombre Get Carter. Malheureusement, la qualité d’image de ce Blu-ray souffre des limites du master mis à disposition, qui ne provient pas d’une restauration récente. Si la colorimétrie reste globalement bien tenue, avec des teintes froides et métalliques fidèles à l’esthétique sombre et urbaine du film, la définition, elle, accuse le coup. Un léger aliasing vient régulièrement parasiter l’image : cet effet d’escalier disgracieux, particulièrement visible sur les diagonales et les mouvements rapides, trahit un scan daté (ou un bidouillage d’optimisation HD approximatif ?). Ce rendu visuel, sans être catastrophique, reste en deçà des attentes pour un bluray contemporain.
Son
Côté son, le constat est bien plus positif ! Le mixage, disponible en DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0 en versions anglaise et française, se révèle parfaitement équilibré. L’utilisation judicieuse de l’ensemble des canaux crée un espace sonore enveloppant, oscillant harmonieusement entre l’avant et l’arrière, pour une immersion totale. La piste anglaise, en DTS-HD Master Audio 5.1, impose sa puissance et sa finesse avec autorité, offrant une expérience sonore royale. Le doublage français, dans lequel Stallone est doublé par Richard Darbois et non Alain Dorval, est clair et bien intégré, mais reste néanmoins un ton en retrait par rapport à l’original. Une réalisation sonore de qualité indéniable.
Interactivité
BQHL a la bonne idée de faire à nouveau appel à David Da Silva, auteur de Sylvester Stallone, héros de la classe ouvrière, déjà présent sur l’édition HD de F.I.S.T.. Cinéphile averti et fin connaisseur de la carrière de l’acteur, il replace Get Carter dans le contexte d’une période de doute et de mutation pour Stallone, au tournant des années 2000, entre les semi-échecs de Daylight et du très réussi Copland. Il sait aussi en faire émerger la dimension humaine : son attachement indéfectible à Mickey Rourke, qu’il impose dans le film pour lui rouvrir les portes d’Hollywood, ou son respect sincère envers Michael Caine, rencontré deux décennies plus tôt sur À nous la victoire de John Huston. L’auteur invite à détacher le remake de son modèle de 1971 pour l’apprécier à sa juste mesure, indépendamment des comparaisons inévitables. Une posture audacieuse, mais peut-être salutaire pour redécouvrir ce film mésestimé.
Le reste des bonus complète agréablement l’édition. Les scènes coupées valent surtout pour la fin alternative, initialement tournée avant que le studio n’impose un reshoot. Quant au commentaire audio du réalisateur Stephen Kay, il apporte son lot d’éléments de fabrication intéressants, sans bouleverser la vision du film mais en enrichissant sa lecture.
Liste des bonus
Entretien avec David Da Silva, auteur et historien du cinéma (23’), Commentaire audio de Stephen Key (VOST), Scènes coupées (8’).






