GENS DE DUBLIN

The Dead – Etats-Unis – 1987
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : John Huston
Acteurs : Angelica Huston, Donal McCann, Helena Carroll
Musique : Alex North
Durée : 79 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français Linear PCM 2,0
Sous-titres : Français
Editeur : BQHL
Date de sortie : 21 septembre 2013
LE PITCH
Dublin, hiver 1904. Les vieilles demoiselles Morhan organisent comme chaque année une soirée de réveillon, où les esprits les plus brillants et fortunés de la ville se pressent pour profiter de l’ambiance joyeuse. Parmi les convives, Gabriel Conroy le neveu favori des hôtes fait une entrée remarquée en compagnie de sa magnifique femme Gretta. Mais l’insouciance du moment est bientôt troublée par la mélancolie profonde de Gretta, dont le fantôme d’une douloureuse passion est réveillé par les récits et les chants de la fête.
La vie, l’amour, la mort
On croit connaître les personnes et pourtant… Dans le cas de certains artistes, leurs œuvres remplacent les mots. Ils ont des thématiques, des styles reconnaissables donnant l’impression de se conforter dans une certaine zone de confort ; jusqu’au jour où une rupture de ton vient remettre nos acquis en jeu.
C’est le cas de John Huston. Le célèbre réalisateur a brillamment traversé cinq décennies durant le paysage cinématographique mondial et fait tourner les plus grandes stars. Pourtant, le cinéaste avait réputation de ne pas avoir un caractère facile et ses états d’esprit se reflétaient régulièrement dans ses films. Ses personnages lui ressemblaient beaucoup. Désabusé, cynique et farouchement indépendant son alter ego, Humphrey Bogart semble lui correspondre fort bien dans les protagonistes qu’il interpréta pour lui.
Alors, le voir s’intéresser au recueil de nouvelles de James Jones Dubliners étonne. Apprendre la réalisation de la dernière histoire du livre intitulé The Dead surprend ; tant celle-ci semble éloignée du cinéma dont nous nous étions habitués. Pourtant, jamais Huston n’a été aussi sincère. Encore plus que sur Au-dessous du volcan qu’il réalisa trois ans auparavant, il se met à nu.
L’heure du bilan
En adaptant Gens de Dublin, John Huston sait pertinemment qu’il réalise son chant du cygne. Il a 80 ans et sent la faucheuse proche de lui ravir son dernier souffle. Celle-ci l’emportera effectivement quelques temps après le tournage suite à une pneumonie consécutive à son emphysème. C’est un metteur en scène diminué, fatigué, en fauteuil roulant et sous oxygène qui aborde le tournage. Il s’entoure de ses proches ; son fils, Danny auteur du scénario, fait office également d’assistant-réalisateur tandis que sa fille Angelica interprète l’un des rôles clés du film. L’histoire prend pied dans le Dublin de 1904, filmé comme un film des années cinquante. L’image est feutrée, élégante voire même nostalgique, on y retrouve ces ambiances de repas de famille avec ses souvenirs, ses bilans et ses non-dits. Danny Huston reste proche du livre qu’il a adapté dans ses dialogues qui ont tant touchés son père. Le film ne parle de rien d’autre que de la vie passée avant la mort future. On y cause des personnes disparues, des regrets et des échecs, mais aussi des bonheurs et des rencontres. Les langues se délient et c’est toute une vie qui se remet en question. La mise en scène se montre délicate, observatrice ; Huston se livre. Derrière l’image c’est l’écrit d’un journal intime qui se présente devant le spectateur abasourdi par tant de remise en question. On ne lui connaissait pas une telle sensibilité.
Si Gens de Dublin peut sembler hermétique à la première vision, il faut le revoir pour l’appréhender comme une confession de l’auteur. Posthume, il dédie le film à son ultime amour décédé. Son œuvre est à présent accomplie, les regrets passés, la forte tête d’Hollywood peut maintenant rejoindre sa bien-aimée, serein et assagi.
Image
Pour sa première sortie en blu ray, le film déçoit. La copie paraît bien trop lisse et manque de caractère. La définition reste en retrait dans les détails et les contrastes. La haute définition ne lui sied pas très bien.
Son
Contrairement à son ancienne édition sortie chez Eléphant Films, Gens de Dublin s’enrichit de la piste française manquante précédemment. Si elle est claire, celle-ci met en retrait les ambiances pour se concentrer davantage sur les voix.
Interactivité
Un seul bonus est proposé ici, mais il vaut bien ce détour puisque nous retrouvons le cinéaste Arnaud Desplechin. Il nous livre une brillante analyse du film très personnelle. Il avoue qu’il n’était pas fan du cinéma de John Huston qu’il trouvait bien trop cynique à son goût. Sa découverte des Gens de Dublin n’en fut que plus forte puisqu’il changea complètement de point de vue sur le personnage. Exemple à l’appui, il montre toute l’influence du film sur son propre cinéma et la force qui s’en dégage.
Liste des bonus
Interview d’Arnaud Desplechin (46’).