GAMERA : TRILOGIE SHOWA 1

大怪獣ガメラ + 大怪獣決闘 ガメラ対バルゴン + 大怪獣空中戦 ガメラ対ギャオス – Japon – 1965, 1966, 1967
Support : UHD 4K
Genre : Fantastique, Kaiju-Eiga
Réalisateurs : Noriaki Yuasa, Shigeo Tanaka
Acteurs : Eiji Funakoshi, Harumi Kiritachi, Junichiro Yamashita, Kôjirô Hongô, Kyôko Enami, Yûzô Hayakawa, Kichijirô Ueda, Reiko Kasahara…
Musique : Tadashi Yamauchi, Chûji Kinoshita
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 78, 106 et 86 minutes
Editeur : Roboto Films
Date de sortie : 16 décembre 2025
LE PITCH
Daikaiju Gamera : Suite à une explosion nucléaire, une tortue préhistorique émerge de l’océan et détruit des villes au large du Japon. Son nom est Gamera.
Gamera contre Barugon : Barugon, créature reptilienne mythologique, ravage le Japon. Gamera, protecteur de la Terre, se mettra au travers de sa route…
Gamera contre Gyaos : Une créature volante nommée Gyaos terrorise le Japon en se nourrissant d’énergie humaine. Alors que des scientifiques essayent de comprendre l’origine de Gyaos, Gamera intervient pour sauver l’humanité.
La Tortue géniale !
Après avoir édité la trilogie spectaculaire, dites heisei, réalisée par Shûsuke Kaneko, Roboto Films revient enfin aux sources avec le premier coffret consacré aux premières aventures de la tortue géante (et volante !). Trois opus fièrement produits durant les années 60, soit l’âge d’or du keiju eiga et où la concurrence étaient rude, en particulier avec un certain Godzilla.
Si le chef d’œuvre d’Inoshiro Honda est sorti sur les écrans nippons en 1954, ce n’est véritablement qu’un peu moins de dix ans plus tard que la véritable mode des films de monstre est sérieusement lancée. Après une absence de quelques années, le dinosaure radioactif revenait en effet triomphalement avec deux aventures particulièrement mémorables : King Kong contre Godzilla et Mothra contre Godzilla. La Toho triomphe et la Daei espère bien s’emparer d’une part du gâteau en livrant son propre colosse. Il sera un temps question d’un rat géant, mais le tournage frôlant la catastrophe des suites d’une véritable prolifération des rongeurs, le studio change de voie et opte pour une tortue, figure bien plus docile au passage. Tourné dans une superbe noir et blanc (alors que la couleur est déjà tout à fait popularisée), Daikaijû Gamera ne fait même pas l’effort de dissimuler ses nombreux emprunts au classique du studio rival, glissant quelques allusions politiques et vaguement écolos en passant, mais surtout faisant revivre plus ou moins les mêmes scènes de destructions et les mêmes effets de mise en scène. Quasi débutant envoyé là car personne d’autre ne voulait y aller, Noriaki Yuasa s’applique et délivre un spectacle souvent tout à fait convaincant, en particulier il faut bien le dire grâce à de superbes miniatures, des trucages optiques efficaces et un design tout à fait réussi pour cette étrange tortues géante atlante capables de se transformer en soucoupe volante (avec petits dessins animés pour les plans aériens). Si les différents personnages qui s’agitent en bas, un jeune couple aventureux, un scientifique concerné et quelques militaires internationaux, ne passionnent jamais vraiment, il apparait cependant déjà la figure d’un petit garçon, Toshio, fasciné par les tortues et qui se prend de passion pour le grand monstre. Une connexion encore à peine esquissée mais qui déjà va séduire une bonne part du public et annoncer le tournant du genre vers une orientation de plus en plus familiale. Joli succès au box-office qui permettra même au film de sortir aux USA sous le titre Gamera The Invincible caviardé de scènes tournées par les Américains comme le modèle Godzilla, devenant ainsi le premier concurrent de ce dernier.
Round 2 !
Tourné quelques mois plus tard, Gamera contre Barugon affirme cette réussite en passant désormais à une pellicule couleur chamarrée, en doublant son budget, en rallongeant sa durée d’une vingtaine de minutes et en se voyant confié au réalisateur Shigeo Tanaka, vétéran solide du studio (à l’arrivée plus de 130 films au compteur). Clairement plus ambitieux, le métrage impose effectivement une mise en scène nettement plus minutieuse, accentue encore la réussite des propositions des équipes de trucages et délivre un nouveau costume de Gamera plus sauvage et détaillé que jamais. Mais en voulant se tourner vers un public plus adulte, le récit qui croise allègrement film d’aventure et grand mélodrame mélancolique, en oublierait presque parfois sa tête d’affiche, transformant Gamera en grand guest de luxe. La scène introductive où le monstre revient de son exil sur Mars pour ravager un barrage géant reste l’une des scènes les plus impressionnantes de l’époque, mais il faudra ensuite attendre près de quarante minutes pour revoir un combat avec la tortue, puis le grand final où Gamera apparait comme un véritable deus ex machina. A côté, le nouveau venu Barugon, lézard rampant au souffle glacé peine à s’imposer et leurs confrontations semblent même s’étirer un peu artificiellement. Le film ne manque certainement pas de qualité et reste un film fantastique tout à fait agréable et admirablement produit, mais il lui manque cette personnalité qui va définitivement éclore dans le suivant Gamera contre Gyaos.
L’envolée finale
Retour en fanfare de Noriaki Yuasa derrière la caméra, remise au premier plan d’un jeune héros que viendra sauver Gamera et surtout un divertissement nettement plus resserré avant tout conçu pour séduire les plus jeunes. On se serait bien passé de la chanson finale entièrement à la gloire de Gamera et qui deviendra un carton dans les cours de récrées, mais il faut avouer que la saga de la Daiei fait justement sa différence en mariant une naïveté assumée avec des concepts kaiju nettement plus déviants. Ici Gyaos créature volante vampiriques (elle se nourrie de sang… et même de sang synthétique) qui picore ses nombreuses victimes et lâche un impressionnant laser rouge coupant la matière en deux. Les scènes où les avions et les hélicoptères tombent en pièce, où les bâtiments s’effondrent avec une moitié coupée bien nette sont une fois encore à mettre au crédit des spécialistes du studio, mais le monstre atteint aussi Gamera jusque dans sa chair amenant à voir pour la première fois la tortue saigner telle une suppliciée (idée qui sera repris bien des années plus tard dans la trilogie Heisei). Traversé par une esthétique presque gothique, impeccablement rythmé et particulièrement généreux en grande scènes de destructions massives, Gamera contre Gyaos pourrait même être vu comme le véritable point de départ de cette grande licence kaiju constituée de onze longs métrages à l’arrivée.
Trois films et trois approches légèrement différentes pour un seul et même kaiju. Gamera respire et évolue devant nos yeux, passant d’une copie avouée au grand Godzilla au chouchou des bambins qui collectionneront les figurines à la pelle. C’est aussi et toujours l’affirmation d’une industrie du tokusatsu poussée à son meilleur, et toujours aussi imposante dans sa maitrise des multiples miniatures, du mélange d’effets spéciaux et de l’animation de monstres en costumes. Ces trois premiers films de la saga Gamera restent dans tous les cas des incontournables du genre.
Image
Dans la foulée directe de la sortie japonaise en novembre, Roboto Films propose sur support UHD les toutes nouvelles restaurations 4K des trois films. Un travail élaboré à partir de nouveaux scans 4K des négatifs, suivi d’un admirable nettoyage et d’une recherche importante (voir les bonus) sur les questions des contrastes, des teintes et plus généralement de l’étalonnage. Le premier film en noir et blanc est une absolue redécouverte, désormais auréolée d’effets argentiques superbes et de scènes nocturnes enfin parfaitement lisibles. Les deux suivants, en couleurs, ne déméritent pas avec une colorimétrie harmonieuse et chaleureuse. Dans les trois cas, la définition offre un rendu inédit, plus pointu et riche que jamais, permettant entre autres de profiter pleinement des superbes effets spéciaux et créatures de latex.
Son
Pas de grosses surprises pour les pistes sonores qui restent fidèles à leur mono d’origine. Disposées sur des pistes DTS HD Master Audio 2.0 elles se révèlent parfaitement rafraichies avec une absence totale de soucis de l’âge (pas de petites saturations ou autres perditions) et une clarté constante.
Interactivité
Ce premier coffret consacré aux Gamera de l’ère Showa est proposé en deux éditions distinctes, Bluray ou UHD, mais avec pour chacune les mêmes suppléments. Soit un livret collector, le poster et les reproductions de photos, ainsi que pour chaque film une présentation de Fabien Mauro et une exploration par les techniciens japonais du travail de restauration. Le journaliste français replace chaque film dans le contexte de production de la Daei, revient sur les origines de la tortues géante, accompagne les changements de réalisateurs et de tonalités et éclaire, comme toujours, les réussites de chaque opus. Les deux techniciens eux reviennent justement sur les difficultés de telles restaurations, les divers choix à faire sur les étalonnages (scènes nocturnes, égalisations…) ainsi que sur la tentation de rectifier les petits défauts de production de l’époque. C’est à chaque fois complet et éclairant.
Liste des bonus
Le livret « Gamera : création du concurrent idéal » par Jordan Guichaux avec photos des tournages (60 pages), 10 cartes postales, 1 poster, Présentation des films par Fabien Mauro, Interview de Shinji Higuchi et Shunichi Ogura, superviseurs de la restauration.








