FLESH GORDON

Etats-Unis – 1974
Support : Bluray
Genre : Science-fiction, comédie, érotique
Réalisateur : Michael Benveniste, Howard Ziehm
Acteurs : Jason Williams, Cindy Hopkins, Joseph Hudgins, William Dennis Hunt, Candy Samples…
Musique : Ralph Ferraro
Durée : 88 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et français Dolby Surround 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : BQHL
Date de sortie : 24 mars 2021
LE PITCH
Depuis son quartier général de la planète Porno, l’empereur Wang projette en direction de la Terre les rayons de son arme fatale. Ils ont pour effet de transformer l’humanité en une espèce beaucoup plus lubrique et sexuellement obsédée qu’elle ne l’était jusqu’à présent ! Rescapés de la frénésie sexuelle qui s’empare de l’équipage et des passagers de l’avion où ils voyageaient, le joueur de hockey Flesh Gordon et l’hôtesse de l’air Dale Ardor entreprennent dès lors de sauver leurs contemporains d’une apocalypse de débauche. A bord de la phallofusée du professeur E. Jackul, ils décollent vers le repaire de Wang…
Flesh ! Ouh-ouh !
Devançant de six ans la surproduction de Dino De Laurentiis, voici non pas Flash mais Flesh Gordon ! Un sacré hommage déculotté aux grands serials d’autrefois. Une parodie érotique aussi joyeuse qu’hilarante dotée d’effets spéciaux et d’une esthétique kitch irrésistibles. Ça sent le culte.
Au-delà de sources évidemment identiques, le comic-trip d’Alex Raymond et les célèbres serials produits par la Republic, il est frappant de voir à quel point l’adaptation officielle et le détournement polisson se ressemblent. A tel point que l’on se prendrait presque à vérifier les dates de sortie pour éviter de se pincer. Flesh Gordon ressemble à s’y méprendre à une parodie visionnaire du Flash Gordon réalisé par Mike Hodges, ou le second à une variation moins ouvertement cul mais tout autant bardée d’effets spéciaux, de décors peints et de costumes kitchs. C’est qu’en 74 la Graffiti Picture, ne manque pas d’ambitions avec son Flesh Gordon, voulu comme le premier blockbuster du cinéma porno… et accessoirement le premier space opera du genre. D’une pierre deux coups, même si finalement sous la menace de la justice de l’état de Californie et quelques coupes, le projet deviendra à terme un délire plutôt érotique et gaiement fripon qu’autre-chose. Un mal pour un bien certainement tant le film mérite mieux que quelques inserts mécaniques et autres gros plans gynécologiques inutiles, trouvant désormais beaucoup plus son équilibre en mariant les aventures cosmiques de ce gentil héros bien rétro avec l’esprit libertaire qui soufflait sur ces années 70. A l’instar du très référenciel, totalement culte et toujours aussi fabuleusement indécent The Rocky Horror Picture Show, Flesh Gordon est surtout une belle occasion de jouer avec les bonnes mœurs, avec le politiquement correcte et la sexualité de papa.
Saint Dildo !
Si le vilain Wang (autre terme pour bite en anglais) transforme la terre en lupanars en l’inondant de son rayon orgasmique (ne faisaient d’ailleurs pas beaucoup mieux sur sa planète d’origine), cela ne semble finalement jamais vraiment gêner tout ce petit monde, qui s’envoie en l’air à la moindre occasion, se tripote dans tous les sens, se mélange, se frotte et se touche sans chanson mais toujours le sourire aux lèvres. Pas de normalisation ici : si l’on se moque des homosexuels hommes (encore des gay compagnons échappés d’un robin des bois) et des homosexuelles femmes (avec une mercenaire cigare au bec et muscles surdimensionnés), les héros s’essayent à tout sans rechigner. Un film joyeux (y a-t-il un meilleur mot ?) où l’humour salace attendu laisse place à des dialogues crétins, dignes des cours de récrée, à des armes ultra sexuées et ridicules (les tétons lasers), et la trame de la BD s’échappent progressivement dans un sacré bordel qui n’est pas sans annoncer les frasques des ZAZ. Mais certainement que le film n’aurait pas gagné une telle longévité s’il n’avait pas autant travaillé ses atours filmiques, et en particulier ses effets spéciaux. La moitié d’un budget d’un demi-million de dollars et des brouettes sera passé dans quelques superbes, mais déjà datées, peintures sur verre, dans des robots violeurs, des vaisseaux spatiaux à bout de fil transparents et quelques monstres en stop-motion. On parle ici de petits débutants comme Jim Danforth, mais aussi David Allen, Denns Muren, Doug Beswick ou Rick Baker, pas forcément crédités, pas toujours payés, mais qui livrent avec amour d’authentiques hommages à l’illustre Harry Harryhausen dans un duel à l’épée contre un scarabée humanoïde singeant les squelettes de Jason et les argonautes, des vers géants plus phalliques tu meurs et un titan à la voix aristocratique mélangeant aussi bien le cyclope de Le 7ème voyage de Sinbad que son ancêtre King Kong crée par Willis O’Brien. Volontairement stupide, très cul nul, mais presque beau.
Image
Vu le cachet du film, produit et exploité en salles par des habitués du porno, sa carrière chaotique en vidéo n’a rien d’étonnante, et les défauts récurrents des copies non plus. Présenté ici dans son montage le plus complet et dans la meilleure copie restaurée existante, Flesh Gordon ne peut dépasser certaines réalités. À commencer par un master source composé d’images d’effets spéciaux en 35 mm réduits en 16 mm pour être montés avec les scènes classiques, le tout regonflé ensuite en 35 pour homogénéiser le tout. Forcément si ici des effets considérables ont été effectués pour gommer les défauts de pellicules (taches, griffures…), stabiliser les cadres et rehausser les contrastes, l’image est forcément marquée par un rendu au grain très présent, souvent neigeux, et même quelques petits flous hérités d’une mise au point pas toujours… au point. En l’état cependant, et pour ceux qui se souviennent de leur première découverte du film (merci Mr Dionnet encore une fois), Flesh Gordon n’a jamais été aussi beau, ferme et musclé.
Son
Sobres, claires et nettes et sans trop de bavures, les pistes monos d’origines sont restituées ici avec toutes leurs caractéristiques d’autrefois : une dynamique absente, des sons parfois écrasés et un équilibre très fragile. Là encore rien d’étonnant. A noter au passage que, totalement déconnant, le doublage français et la traduction font des efforts considérables pour se hisser à la hauteur du spectacle.
Interactivité
En partenariat avec Bach Films, BQHL nous propose une très sympathique édition de Flesh Gordon. Si certains regretteront l’absence de la suite tardive, mais très poussive, de 1990, d’autres ne pourront qu’apprécier la présence d’une petite présentation signée Claude Gaillard (qui a signé un fort joli ouvrage sur les parodies culs), d’un livret de 20 pages concocté par un Marc Toullec toujours idéal pour compenser l’absence de making of, et surtout d’un commentaire audio sous-titré en français. Celui du producteur et réalisateur Howard Ziehm qui malgré son ton monocorde et son désintérêt pour ce qui se passe à l’écran, raconte par le menu et avec fort détail la naissance d’un projet hors-norme, la production chaotique des effets spéciaux, le changement in extremis de monteur, les visites régulières de curieux extérieurs, les descentes police, le passage d’un montage X à un soft porn, les poursuites au tribunal et les lignes de coke échangées dans les coulisses. Ça vaudrait presque le coup d’en faire un film dis donc !
Liste des bonus
Livret de 20 pages, Commentaire audio du réalisateur et producteur Howard Ziehm, Présentation du film par Claude Gaillard (10’), Bande annonce.