FIEVEL ET LE NOUVEAU MONDE

An American Tail – Etats-Unis – 1986
Support : Bluray & DVD
Genre : Animation, Aventure
Réalisateur : Don Bluth
Acteurs : Phillip Glaser, Dom DeLuise, Nehemiah Persoff…
Musique : James Horner
Durée : 81 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD master Audio 2.0 et 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 17 mars 2021
LE PITCH
1885. En Russie, les souris sont de plus en plus menacées par les chats. La famille de Fievel décide d’émigrer aux Etats-Unis, où, selon la rumeur, « il n’y a pas de chat et les rues sont pavées de fromage ». Durant le voyage en bateau, le souriceau est séparé des siens lors d’une tempête et tombe à l’eau. Après de multiples aventures, il arrive seul à New York…
« Envoie-les moi, les déshérités… »
Réussissant à damner le pion de la production Disney de 1986, Basil détective privé, l’autre petit souris Fievel marqua l’entrée d’un certain Steven Spielberg dans le monde de l’animation, mais aussi la reconnaissance publique des talents de Don Bluth, défenseur d’un dessin animé grand public mais jamais aseptisé.
Comme souvent avec le Steven Spielberg des années 80, devenu presque une marque, une étiquette d’un grand spectacle réussi, son nom aura quelque peu éclipsé celui de Don Bluth lorsque la première production animée estampillée Amblin débarqua sur les écrans. Il faut reconnaître que l’implication du créateur d‘E.T. est cependant bien réelle, personnelle même puisqu’il est directement à l’origine du sujet du film : une évocation des premiers émigrés juifs découvrant le rêve américain et ses petits tracas. Le nom de Fievel est d’ailleurs un hommage à son grand-père dont c’était le nom yiddish. C’est lui aussi qui est allé chercher directement Don Bluth, frappé par la réussite artistique du superbe Brisby et le secret de NIMH. Un ton plus mature, une manière de mêler le conte anthropomorphiste avec des thèmes plus graves, des ambiances plus inquiétantes, qu’il va certes demander à temporiser un peu sur Fievel, mais qui restent cependant très présents dans ce nouveau projet. A l’instar du parallélisme constant entre la destinée de la famille d’origine russe Mousekewitz, et les vagues grandes vagues d’émigration humaines de la fin du XIX siècle qui permet justement d’aborder directement la question de la persécution et de l’antisémitisme. Une cohabitation de deux échelles, humaine et animale, imposée par Don Bluth qui rejoint directement le chef d’œuvre Maus d’Art Spiegelman tant là aussi les terrifiantes figures félines, tour à tour cosaques ou truands d’envergures, font directement échos à la menace fasciste.
Très loin là bas
Plus généralement d’ailleurs, Fievel et le nouveau monde garde constamment un pied bien ancré dans la réalité, que ce soit pour célébrer allègrement le rêve américain initial (le film célèbre le centenaire de la Statue de la Liberté) ou pour justement en démontrer les limites avec un accent à la Oliver Twist. Bien entendu Bluth ne casse jamais le lien avec ses jeunes spectateurs, bien au contraire, les entraînants dans une aventure souvent charmante, drôle, pleine d’espoir et de malice, largement portée par les grandes oreilles de son petit héros ingénu et on ne peut plus attachant qui a un talent certain pour se mettre dans le pétrin. Dans une décennie où le concurrent Disney a clairement perdu sa voie et peine à renouer avec le succès et les ambitions d’autrefois, l’apparition d’un film comme Fievel et le nouveau monde impressionne forcément par sa manière habile de faire entrée l’animation commerciale dans une modernité moins naïve, mais aussi pour sa rigueur artistique. La célèbre séquence de tempête en pleine mer, invoque autant les fameuses intempéries mythologiques que les enchaînements rocambolesques hérité du cartoon, alors que la finesse des décors, la fraîcheur des animations et les intégrations d’éléments rotoscopés mettent déjà en place l’avènement à venir de la multiplicité de la synthèse. Impossible non plus de ne pas évoquer les superbes compositions de James Horner, piochant ses notes symphoniques du côté de la musique slave, du blues et des précurseurs de la musique américaine, avant d’embrayer avec de grandes chansons dans la tradition de Broadway.
Une authentique réussite qui sera quelque-peu égratignée par les suites cinéma et DTV beaucoup plus ternes et sans Don Bluth. Sa collaboration avec Spielberg (et James Horner) se poursuivra cependant deux ans plus tard avec tout aussi réussi Le Petit dinosaure et la vallée des merveilles.
Image
Jamais vraiment chanceux en support HD (il suffit de voir la copie de Brisby…), Don Bluth subit un nouveau revers avec Fievel et le nouveau monde. Un master conçu par Universal qui n’a clairement pas voulu investir dans une restauration complète et coûteuse (nouveau scan du négatif, nettoyages de l’image et rééquilibrage des cellulos…) préférant opter pour quelques bidouillages numériques. Sorti en 2014 aux USA, le résultat est franchement en dessous des attentes avec une définition très aléatoire, des artefacts à gogo et des contrastes souvent beaucoup trop poussés. Conscient de cet état de fait, Rimini a tenté d’arranger la chose au maximum, donnant à l’ensemble une patine plus homogène et une colorimétrie mieux équilibrée. Reste toujours ce piqué qui bataille souvent avec une source lissée à l’extrême et les différents effets visuels (superposition, rotoscopie, brouillards…) qui se noient sous un flou pas franchement artistique. Un peu scandaleux vu l’importance du film, et l’éditeur français a fait du mieux possible pour sauver les meubles.
Son
Là encore la restauration attendue est loin d’être exemplaire. Ainsi le mix 5.1 proposé aussi bien en anglais qu’en français offre certes quelques ambiances bien plus amples et dynamiques, mais ne laisse que peu de mystères sur des sources un peu fatiguées et grésillantes. D’ailleurs, cette piste française est marquée par un décrochage très disgracieux en milieu de film entrainant un décalage bien visible tout du long. On privilégiera sans débat les plus sobres DTS HD Master Audio 2.0 qui certes ne semblent pas beaucoup plus jeunes mais au moins font sobres et efficaces.
Interactivité
Oubliant totalement le succès considérable du film à sa sortie et l’aura qu’il préserve encore aujourd’hui, Universal n’a fait aucun effort pour sa sortie Bluray le laissant, en plus du traitement technique indigent, nu comme un vers. Comme à chaque fois, notre éditeur français s’efforce d’étoffer un peu l’offre avec un digipack sous fourreau cartonné proposant 5 petites cartes reprenant des images d’exploitations du film et une présentation vidéo signée Xavier Kawa-Topor, auteur du plusieurs ouvrage sur le cinéma d’animation. Un travail nécessaire pour remettre le nom de Don Bluth en avant (souvent éclipsé ici par celui de Spielberg), de revenir sur leur collaboration et la réussite exemplaire du film.
Liste des bonus
5 cartes postales du film, Interview de Xavier Kawa-Topor, spécialiste du cinéma d’animation (32’).