ESTHER 2 : LES ORIGINES

Orphan: First Kill – Etats-Unis – 2022
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : William Brent Bell
Acteurs : Isabelle Fuhrman, Julia Stiles, Rossif Sutherland, Hiro Kanagawa, Matthew Finlan
Musique : Brett Detar
Durée : 99 minutes
Image : 1.85
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : Metropolitan
Date de sortie : 17 décembre 2022
LE PITCH
Esther revient ! La saga terrifiante se poursuit dans cette préquelle palpitante. Après avoir orchestré une brillante évasion d’un établissement psychiatrique, Esther se rend en Amérique en se faisant passer pour la fille disparue d’une famille aisée. Mais, face à une mère prête à tout pour protéger sa famille, son plan va prendre une tournure inattendue. Il vous reste beaucoup de choses à découvrir sur Esther.
C’est moche de vieillir
Étrange idée que de donner une prequelle, 13 ans après, à Esther, excellente surprise signée Jaume Collet-Serra (devenu depuis fournisseurs de blockbusters pour Dwayne Johnson), en redonnant le rôle-titre à la même « petite fille » âgée, elle aussi, de 13 ans de plus. Le mal peut-il se prendre un coup de vieux ?
Toujours difficile pour les producteurs de résister à l’appel d’une extension d’un quelconque succès du cinéma d’horreur. Même lorsque les options semblent aussi limitées que celles pour Esther. Reposant presque entièrement sur le renversement sadique de ses dernières minutes et sur la prestation redoutable d’une jeune actrice alors âgées de 12 ans (pour incarner une sociopathe en ayant 10), le premier Esther s’achevait qui plus est sur le décès ferme et définitif du personnage. Qu’à cela ne tienne voici donc la prequelle que personne, ou presque n’attendait, revenant deux ans avant les évènements décrits dans le film de 2009, et nous décrivant par le menu l’évasion spectaculaire et sanglante de l’asile dans lequel Leena était enfermée en Estonie et la manière dont elle va se faire passer pour la fille disparue des Albright. Elle devient d’ailleurs désormais le point de vue central du film, le spectateur assistant en coulisses à ses tombées de masques, à ses échecs, ses efforts de transformation, choix permettant en effet d’éviter la simple redite du premier film. Et en l’occurrence, si le scénario relève lui quelques surprises, dont un revirement dramatique carrément bien senti, il s’efforce surtout d’amener le spectateur à s’attacher, autant que faire se peut, au personnage du monstre, rapidement menacé voir traqué à son tour.
Jolie poupée, oh oh
De quoi en faire une « suite » tout à fait honorable, mais William Brent Bell, auteur de The Boy et sa triste suite, a fait le choix, on ne peut plus curieux, de confier à nouveau le rôle-titre, censé avoir l’apparence d’une enfant de 8 ans donc, à une Isabelle Fuhrman désormais âgée de 25 ans… Et même pas de logiciel de rajeunissement ! Le réalisateur préfère miser sur des astuces à l’ancienne, alternant les perspectives forcées, l’utilisation de rampes ou de semelles compensées, de jeux de montage et bien entendu l’utilisation d’une doublure pour les plans éloignés et de dos. Un dispositif allié à une photographie excessivement fanée et vaporeuse composée par l’excellent Karim Hussain (We Are Still Here, Possessor) servant autant à atténuer les traits de l’actrice qu’à distiller une atmosphère étrange, hors du temps, rappelant les thrillers des années 70 comme le Obsession de Brian DePalma. Mais rien n’y fait, avec sa tête qui semble avoir dépassé la bonne trentaine, ses petites robes de poupées et ses déplacements de Hobbit, il y a effectivement « quelque chose qui ne va pas chez Esther ». Jamais crédible, toujours décalée, voir ridicule, l’opération a heureusement le bon (?) goût de s’affirmer dans le grotesque et dans la proposition malade. Au final, cette Esther, jamais à sa place dans le cadre formelle ou dans le cadre familial, ne semble pas plus dérangée que le reste de la famille, entre un père totalement benêt et se laissant entrainer vers les rives douteuses de l’inceste, et une mère (Julia Stiles est presque la plus flippante du film) et son fils adoré fiers manipulateurs donnant un portrait sacrément dégénéré de la fière famille bourgeoise américaine.
Rien ne va dans Esther 2, finalement constamment bancal, constamment au bord du gouffre, mais qui se raccroche à la balustrade en forçant le trait parfois au-delà du raisonnable. Jusqu’au bout la prequelle que l’on n’attendait pas.
Image
L’esthétique d’Esther 2 tranche clairement avec le tout venant des films d’horreurs actuels. Ici on ne recherche pas la précision absolue et la restitution franche de tous les éléments de l’images, mais bien une atmosphère particulière, volontairement datée et floue. Des couleurs fanées, des filtres atténuants les contours, le rendu n’est pas forcément toujours aisé pour le support Bluray qui fait ici de son mieux pour restituer les volontés d’origines. Résultat probant et finalement assez solide, mais clairement beaucoup mieux négocié sur le disque UHD qui réussit à l’allier à une définition bien plus maitrisée, une profondeur plus marquée et des teintes plus présentes. Là la photographie feutrée retrouve toute son élégance.
Son
Pas de Dolby Atmos pour la version originale (et c’est bien dommage) mais des DTS HD Master Audio 5.1 assez performants. Précis, clairs, net et relativement dynamique, ils restent cependant un peu avares sur les ambiances un peu trop discrètes à notre goût.
Interactivité
Aucun supplément sur l’édition américaine, une très courtes featurette aux airs de bande annonce pour l’édition française, c’est un peu triste du coté du matériel vidéo. Heureusement, Metropolitan a eu la très bonne idée pour son édition collector de confier la rédaction d’un livret d’une trentaine de pages à Nicolas Rioult qui nous retranscrit ses interviews du réalisateur, du directeur photo et de l’artiste Zsombor Huszka. Associé à sa propre critique du film placé en ouverture, il permet de découvrir une approche très intéressante du film et de dévoiler que finalement les aspects les plus étranges, les plus décalés et parfois ridicules du film sont totalement conscients et même assumés jusqu’au bout. Un petit cahier mais très très intéressant.
Liste des bonus
Un livret avec présentation du film et entretiens exclusifs avec William Brent Bell, Karim Hussain et Zsombor Huszka (36 pages), Featurettes.