ESCALOFRIO

Espagne – 1977
Support : DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Carlos Puerto
Acteurs : Mariana Karr, José María Guillén, Sandra Alberti, Ángel Aranda…
Musique : Librado Pastor
Durée : 79 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et espagnol Dolby mono
Sous-titres : Français
Editeur : Uncut Movies
Date de sortie : 20 août 2019
LE PITCH
Ana et Andrés, un jeune couple d’amoureux, décident de partir en balade pour profiter de leur week-end ensoleillé. Au cours de leur périple ils croisent la route d’un autre couple, Bruno et Berta, qui les aborde en prétextant les connaître et en évoquant auprès d’eux de lointains souvenirs d’école. Ana et Andrés, séduits par cette rencontre fortuite, acceptent de passer la soirée en leur compagnie mais à peine sont-ils arrivés dans la maison de leurs hôtes qu’un violent orage éclate les contraignant à y passer la nuit. Enivrés par l’atmosphère étrange qui émane des lieux, les deux couples se lancent dans une séance de spiritisme afin de pimenter la soirée.
Le Diable au corps
Aperçu partiellement sur le marché français sous le nom Le Sang de Satan, le film espagnol Escalofrio retrouve enfin son montage intégral grâce au bien nommé Uncut Vidéo. Pas plus de sang, mais plus de sexe, pour un traquenard satanique qui sait mettre ses arguments en avant.
Franchement méconnu en France (voir totalement oublié dans les tréfonds des mauvaises VHS), Escalofrio fit pourtant date en Espagne, venant rejoindre les symboles d’un relatif assouplissement de la censure du régime franquiste. Franco mis en terre deux ans plus tôt, certains se dirent ainsi qu’ils pouvaient enfin se livrer aux mêmes débauches que leurs voisins européens. Dommage pour Carlos Puerto, scénariste du sympathique Le Continent fantastique (Viaje al centro de la Tierra) très inspiré par Jules Verne et réalisateur du thriller El Francotirador avec Paul Nashy, qui va connaitre l’une des premières catégorisations S, soit une interdiction aux mineurs, équivalent au X français. Il faut reconnaitre que pour un pays qui a connu un régime moralement étouffant pendant presque 40 ans, la nudité exposée frontalement et généreusement dans Escalofrio a dû donner quelques frissons. Qui sexualité qui n’a cependant rien de gratuite puisqu’elle nourrit naturellement la nature même d’un film qui tend à explorer avec sérieux et conviction un piège dans lequel une secte satanique entraine un jeune couple un peu trop naïf.
Le pacte
Une approche sans doute trop didactiquement exposée dans son introduction un peu laborieuse dans laquelle le pseudo spécialiste en démonologie, Dr Jimenez De Oso, explore alors les grands mystères foireux de notre monde dans sa propre émission télévisée… Elle est beaucoup plus convaincante dans une scène d’exposition relativement gratuite, mais diablement efficace, où une très jolie femme se fait violer par un prêtre satanique devant le reste de son culte, avant d’être poignardée froidement. Inégal, Escalofrio est toujours réussi quand il reconstitue avec précision quelques rites démoniaques, dispose des symboliques bien senties et décrit avec naturel un couple relativement ordinaire. Une simple scène dans la scène de bain, montrant ces deux personnages dans le plus simple appareil sans détour mais sans voyeurisme, se titillant avec amusement avant de s’enlacer amoureusement en pensant à leur enfant en devenir. Un peu de tendresse dans une demeure des plus inquiétantes, dirigée par cet autre couple, libertin, affirmé, mais aussi violent, sadique et… cannibale. Quelques rares détails gores bien amenés, une séquence de cauchemar tordue, si Escalofrio souffre parfois de petites langueurs, Carlos Puerto connait son métier et fait naitre une atmosphère morbide et angoissante plutôt efficace. Même lorsqu’il se confronte directement à son modèle Rosemary’s Baby de Roman Polanski dans un final aux révélations glaçantes.
Mais étrangement le passage le plus remarquable reste cette superbe séquence d’orgie réunissant les quatre amants dans une étreinte presque douce, sensuelle, filmée avec délicatesse et chaleur… Attirant et donc totalement hérétique.
Image
Petite copie mais traitée avec soin, celle d’Escalofrio se montre agréablement propre avec une absence de véritables défauts de pellicule (pas de taches ou autre griffures visibles), mais faiblit parfois sur les couleurs (un peu ternes) et la gestion du grain (légèrement neigeux par instant). Pour du DVD, le rendu général est tout à fait convaincant même si l’éditeur a manifestement dû composer avec une matière un peu fluctuante et une définition oscillante.
Son
Classiquement les pistes audios sont glissées dans leurs mono d’origine avec une mouture espagnole tout à fait claire et sobre et un doublage anglais un peu moins convaincant que l’on peut percevoir comme une petite curiosité. Pas de doublage français cependant, ce dernier ne concernait à l’époque de toute façon qu’un montage très charcuté du film.
Interactivité
Nouveau Mediabook pour Uncut Movies avec cette fois-ci deux visuels disponibles au choix sur leur site (et au passage l’élégance de ceux-ci devraient servir d’exemple à quelques confrères…), pour un contenu bien entendu identique. Un poster, un livret d’une trentaine de pages qui retrace avec sérieux les grandes années du cinéma d’horreur espagnol (avec tout plein d’inédits sur notre territoire), sans oublier les suppléments vidéo présents sur le DVD.
Auteur de la revue Vidéotopsie et d’ouvrage sur des thèmes aussi poétiques que la collection Gore et l’œuvre de de Bruno Mattei, David Didelot signe une longue et très complète présentation du film, évoquant son contexte culture et sa distribution souvent censurée, et retraçant à la fois les grandes lignes du genre et les carrières des visages les plus connus. L’ensemble s’achève par une note d’originalité avec le court métrage français La Maison des Ténèbres, essai courageux jouant avec peu sur les ambiances et les peurs psychologiques.
Liste des bonus
Un livret de 32 pages, Un poster collector, Escalofrio : érotisme et satanisme à Madrid par David Didelot (50’), La Maison de Ténèbres : court-métrage de Jonathan Faugeras (25’), Galerie de photos, Bandes-annonces.





