ENRAGÉ

Unhinged – Etats-Unis – 2020
Support : Bluray
Genre : Action
Réalisateur : Derrick Borte
Acteurs : Russell Crowe, Caren Pistorius, Gabriel Bateman, Jimmi Simpson, Austin P. McKenzie…
Musique : David Buckley
Durée : 90 minutes
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais et Français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : M6 Vidéo
Date de sortie : 19 décembre 2020
LE PITCH
Rachel est en pleine procédure de divorce, a un boulot précaire et se lève en retard pour porter son fils au collège. Dans les bouchons, elle klaxonne férocement contre un type lambda qui somnolait au volant. Pas de chance, c’était pas le bon client…
A-TTACK
Depuis quand Hollywood ne nous avait pas livré une bonne série B bien vénère ?! Entre deux confinements, alors que les salles se remplissaient à moins de 25 % dans les beaux jours, Enragé fit une arrivée à peine remarquée. Dommage, car non seulement le film est un sacré morceau dans le genre, mais il cristallise au bon moment tous ses maux (de merde!) que l’on connaît tous aujourd’hui. Et si ce hasard du calendrier en faisait un peu plus qu’un simple film du samedi soir ?
Depuis la fermeture de son salon, Rachel est coiffeuse à domicile. Un moyen comme un autre de survivre. Mais avec un ado à la maison, son frère et sa future belle-sœur qui ont débarqué et son ex qui promet de lui servir une procédure de divorce bien tordue, elle n’a pas d’autres choix. Rincée par une vie qui se délite, elle se lève encore en retard, réveillée par son fils qui n’en peut plus de ses manquements. Une fois dans la voiture ce n’est pas mieux. Les bouchons, le concert de klaxons vengeurs, le changement de direction qu’elle pensait salvateur et puis non, finalement c’est pire. Hors d’elle, elle rejoint la horde des colériques et écrase, elle aussi, rageusement son klaxon face à un énième véhicule qui perturbe sa vie déjà bien merdique. Loupé, fallait pas. Le gars au volant est un colosse au regard noir, qui derrière une barbe drue qui lui dévore le visage a des airs d’ogre qu’il vaut mieux ne pas embêter. Il tend une main vers elle, qu’elle refuse. Il ne le supportera pas et lui promet une journée infernale, qui va prendre des proportions que jamais elle n’aurait imaginé.
Impossible, derrière cette introduction qui nous présente des vies difficiles qui s’entrechoquent dans le brouhaha d’une ville polluée et surpeuplée, de ne pas penser au formidable Chute Libre du regretté Joel Schumacher. A cette différence près que le fameux D-FENS de la plaque minéralogique de son anti-héros cède ici la place à un personnage autrement plus énervé que celui qu’incarnait Michael Douglas. Ici, du personnage de Russell Crowe (terrifiant à en trembler!) nous ne saurons rien ou presque. Rien qu’une rage folle et une inexorable fuite en avant vers la destruction et la mort.
La Peur au ventre
On a tendance à souvent déconsidérer les films au scénario trop basique ou trop maigre. Ici, toute la force d’Enragé vient pourtant de là. L’absence d’écriture autour de son psychopathe énervé (que la distribution surnomme simplement « Man ») est un bénéfice net dès l’entrée en matière. Du!mobile de son premier geste qui lui fera tuer un homme et une femme et incendier leur maison le spectateur ne saura rien. A lui de se perdre en conjecture, de lui inventer un passé, car peu importe, cet «Homme » peut être n’importe qui. Et c’est bien ça qui est terrifiant. Pour l’incarner, il fallait un acteur à même de disparaître derrière ce qu’on pourrait presque appeler un pur concept. Russell Crowe est à la hauteur de l’enjeu, absolument parfait dans le rôle, transpirant la haine de chaque pore de sa montagne de chair. Un rouleau compresseur presque aussi imposant que son immense véhicule noir qui renvoie à sa propre corpulence. Autant dire que face à lui, la jeune Caren Pistorius (vue dans Mortal Engines) remplit parfaitement son rôle de femme à l’apparence frêle et vulnérable. Du pain béni pour s’identifier à sa détresse et à la peur qui la submergent à chaque fois qu’elle voie ou entend son poursuivant. Un jeu du chat et de la souris qui va rapidement se transformer en un jeu de massacre que la caméra de Derrick Borte (inconnu au bataillon malgré maintenant six films au compteur) va se montrer parfaitement capable de mettre en scène.
Social psychopathe
Comme souvent, il faudra compter sur quelques invraisemblances et raccourcis scénaristiques (la facilité avec laquelle la brute parvient à accéder aux informations personnelles du portable de sa victime par exemple, ou celle avec laquelle il met à mort son meilleur ami sans la moindre résistance de sa part) mais peu importe, l’intérêt n’est pas là mais bien dans l’accélération des pulsations cardiaques du spectateur au fur et à mesure que la tension monte. Mais est-ce vraiment l’unique intérêt du film ? Car si la volonté de livrer un actioner nerveux ne fait rapidement aucun doute, se dévoilent aussi en creux certains thèmes certes peu développés et écrits mais réellement présents. Ainsi, victime et bourreau sont quelque part les deux faces d’une même pièce, tous deux victimes d’une vie écrasée par le broyeur social. Il est ainsi intéressant de voir à quel point la frontière qui sépare leur propension à y répondre avec ou sans violence est dangereusement poreuse lors de la scène où il se rencontre pour la première fois. Lui tombe de sommeil après sa nuit sanglante, elle est toute fraîche du matin mais accumule déjà les mauvaises nouvelles et perd son emploi à cause des bouchons. Elle s’en prend violemment à lui, il lui tend la main, elle refuse. De ce simple choix de se montrer soit magnanime ou sans pitié va lancer ou non la machine d’une course folle qui ne pourra que mal finir. C’est pourquoi le film fonctionne et acquiert facilement le consentement de notre incrédulité. Dans une ville où nos vies se percutent, où les problèmes s’amoncellent et ou un simple voisin peut devenir un insupportable caillou dans nos godasses, qu’est ce qui empêche notre humanité de disparaître et de commettre l’irréparable ? En ces temps troublés, il est toujours bon de se poser ce genre de questions.
Image
Une absence flagrante de luminosité et d’éclat voulue par la production donne un résultat inhabituel pour un format numérique mais qui rajoute une atmosphère lourde et pesante sur l’action. Cela dit, définition et piqué d’image sont eux bien présents et font exploser une foule de détails à l’image.
Son
Entre vrombissements des moteurs et hurlements de tôles froissées, les enceintes sont soumises à rude épreuve. Quant aux scènes les moins agressives, elles sont dominées par la voix chaude et éraillée de Russell Crowe en vo, qu’il faudra de toute façon privilégiée pour profiter à fond du jeu de l’acteur.
Interactivité
Peu de choses à se mettre sous la dent mais tout de même un documentaire sympa qui offre une bonne dose d’extraits de tournage, les réactions des deux acteurs principaux, de la productrice et du réalisateur, et surtout de quelques anecdotes savoureuses qui prolongent gentiment l’expérience du film. On y apprend par exemple que la préproduction fut d’une rapidité assez stupéfiante ou encore que Russell Crowe fût à deux doigts de refuser le rôle car il ne se sentait pas capable de l’assumer. Suit ensuite la bande annonce du film et c’est tout.
Liste des bonus
Enragé : cet aspect de la rage (26’), Bande annonce (1’).





