EMMANUELLE

France – Etats-Unis – 2024
Support : DVD
Genre : Drame, Érotique
Réalisateur : Audrey Diwan
Acteurs : Noémie Merlant, Will Sharpe, Naomie Watts, Jamie Campbell Bower, Anthony Chau-Sang Wong, Chacha Huang…
Musique : Evguenie et Sacha Galperine
Durée : 100 minutes
Image : 2,39 16/9
Son : Français et Anglais Dolby Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Pathé
Date de sortie : 29 janvier 2025
LE PITCH
Emmanuelle est en quête d’un plaisir perdu. Elle s’envole seule à Hong Kong, pour un voyage professionnel. Dans cette ville-monde sensuelle, elle multiplie les expériences et fait la rencontre de Kei, un homme qui ne cesse de lui échapper.
Goodbye Emmanuelle
La révolution sexuelle continue de déferler sur les années 70. L’érotisme ose la liberté et s’affiche en quatre par trois dans les rues. Un film révolutionne les mentalités en se classant numéro un de l’année 1974, engrangeant 9 millions d’entrées en France, le phénomène Emmanuelle est en marche. 50 ans plus tard, fallait-il vraiment lui donner un nouveau visage ?
Si le film réalisé par Just Jaeckin adapté du best-seller érotique d’Emmanuelle Arsan, a marqué les esprits, ce n’est pas pour sa qualité cinématographique, mais pour être arrivé au bon moment. Les mœurs évoluent, les spectateurs se décomplexent et les interdits tombent comme autant de tabous. Sylvia Kristel devient une icône aussi bien féminine que masculine, et le monde succombe à cette déferlante pour être vue par plus de cinquante millions de spectateurs de par le monde. Un record pour un film érotique et un exploit pour une œuvre française.
Fort de son Lion d’Or à la Mostra de Venise en 2021 pour son film L’événement, la réalisatrice franco-libanaise Audrey Diwan désire dépoussiérer le mythe d’Emmanuelle. « L’époque me-To nous donne plus de liberté pour enfoncer les portes, pour dresser le portrait de la femme d’aujourd’hui » selon ses dires. Pour ce faire, elle gardera le titre iconique pour véhiculer ses idées et surfer sur une image connue. La femme d’aujourd’hui s’est émancipée, elle ne suit plus son mari aux quatre coins du monde comme dans le film original. Elle est devenue autonome, a des responsabilités et du pouvoir.
Lost in Translation
Le scénario d’Audrey Diwan et de Rebecca Zlotowski, emmène leur Emmanuelle dans un hôtel pour VIP de Hong-Kong afin d’en faire le contrôle qualité pour ses riches patrons détenteurs de l’établissement. Si le luxe et l’opulence sont l’apparat de ces lieux, leur existence est aussi creuse que les chambres et la qualité de vie de l’héroine frôle l’ennui profond. Son vide se comble par ses fantasmes qu’elle satisfait au gré des inconnus qu’elle rencontre. Noémie Merlant, révélée dans le Portrait de la jeune fille en feu interprète cette Emmanuelle 2.0. Fière, froide, assumant ses décisions, elle doit représenter la femme autonome en pleine maîtrise de son corps et de ses désirs. Elle y croise Naomie Watts en autre femme autoritaire, et le cultissime Anthony Wong histoire de deux scènes. Le film étant tourné à Hong-Kong (dans l’Hôtel où tourna Wong Kar-Wai) explique sans doute sa présence.
La femme, ici, joue sur le désir, sur celui qu’elle fait naître mais surtout sur celui qui germe en elle. Mais le trouve-t-elle vraiment ? Ses fantasmes sont souvent solitaires ou voyeurs. Dans son film, Diwan donne l’impression que la femme ne pense qu’à son corps et au sexe sans considération pour le pouvoir de l’amour. Dans son portrait auteurisant de la femme moderne, le désir peut passer aussi bien par l’acte que par le dialogue aussi cru et vulgaire qu’il soit. La femme est sexuelle, elle recherche le plaisir, quitte à être l’objet des convoitises. L’homme est là pour lui donner ce qu’elle souhaite et non le contraire. Sans mauvais jeu de mot, on dirait que la femme se mord la queue. A cinquante ans d’écart, les films peuvent inverser les rôles mais la terminologie reste la même. Audrey Diwan ne révolutionne rien. Son film ne met aucune pendule à l’heure. Le genre a fait plus d’éclat, en traitant de la solitude et de la sexualité de l’homme dans la société, avec Shame de Steve McQueen. Même si le point de vue est différent.
Contrairement au film de Jaeckin, la version 2024 ne restera pas dans les annales. L’original détient l’exploit d’être resté dix ans à l’affiche d’un cinéma parisien. Celui-ci doit se contenter de cinq semaines pour le maigre résultat de 68,000 entrées. Les femmes d’aujourd’hui n’ont pas dû se reconnaître dans leur portrait.
Image
Le film ne sort que sur DVD, c’est dire les ambitions de l’éditeur pour Emmanuelle. Forcément, l’absence de qualité HD se fait cruellement ressentir lorsqu’on y est habitué. Si les contrastes restent de bonne qualité, la définition en pâtit par moment. Néanmoins les séquences plus nocturnes tirent leurs épingles du jeu grâce à une photographie bien travaillée (particulièrement lors de la séquence de tempête).
Son
Tourné en langue anglaise, l’édition est proposée également en français avec le choix entre la piste 2.1 et 5.1. Les canaux vont surtout jouer sur les ambiances feutrées jusqu’à se révéler dynamiques lors du déchaînement de la nature sur la scène de tempête, où son et image sont en osmose.
Interactivité
Hormis une scène coupée, le bonus principal est une conversation entre la réalisatrice et son actrice. Elles évoquent leur point de vue de la femme dans le monde actuel qui les ont amenées à tourner cette nouvelle version d’Emmanuelle. A voir si toutes les femmes seront d’accord avec ces propos.
Liste des bonus
Entretien avec Audrey Diwan et Noémie Merlant (24’), Scène coupée (4’).