EDDINGTON

Etats-Unis – 2025
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Ari Aster
Acteurs : Joaquin Phoenix, Pedro Pascal, Emma Stone, Austin Butler, Deirdre O’Connell, Michael Ward…
Musique : The Haxan Cloak, Daniel Pemberton
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais Dolby Atmos et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 147 minutes
Editeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 5 décembre 2025
LE PITCH
Mai 2020 à Eddington, petite ville du Nouveau Mexique, la confrontation entre le shérif et le maire met le feu aux poudres en montant les habitants les uns contre les autres.
Coup de torchon
Propulsé nouvelle référence d’un cinéma d’horreur trouble et dérangeant avec Hérédité et Midsommar, Ari Aster se tourne avec Eddington vers une chronique de l’Amérique moderne beaucoup plus classique. En apparence néanmoins, car une fois encore chez l’auteur du délirant Beau is Afraid, le cauchemar n’est jamais très loin.
Petite bourgade perdue au milieu du désert du Nouveau Mexique, Eddington est une ville américaine, presque, comme les autres. Alors que la pandémie du Covid n’en est qu’à ses balbutiement, la question de l’obligation du port du masque crispe déjà les opinions et va même amener le sheriff local, Joe Cross (Joaquin Phoenix) a annoncer sa candidature à la mairie, pour mettre fin au règne totalitaire, selon ses dires, du concurrent en place Ted Garcia (Pedro « je suis partout » Pascal). L’histoire d’une campagne politique qui fait irrémédiablement écho à d’autres (on ne fera pas l’affront de préciser lesquelles) constamment gangrénée par des questions d’ordres personnels (une vieille histoire existe entre les deux hommes autour de l’épouse du premier), par des crises politiques et sociétales géographiquement bien lointaines (l’agression de George Floyd par la police de Minneapolis cristallise les tentions raciales) mais aussi et avant tout par un entrelacs de préjugés, de rumeurs et de fake news déversées dans tous les cerveaux par ordinateurs et téléphones interposés. L’homme de loi coincé dans une certaine imagerie déchue de l’histoire américaine face au politique progressiste bien intégré dans le système : le MAGA contre le corrompu. Le récit américain ne se réinvente pas ici, il se détruit peu à peu devant nos yeux alors que la cohésion de la communauté d’Eddington se délite et que les dernières digues morales et logiques s’effondrent devant nos yeux.
Agonie d’un rêve
Arri Aster illustre avec une ironie féroce et désespérée, le fossé béant qui existe entre la grande mythologie du western et la réalité de l’Amérique contemporaine, abrutie par les médias et les manipulations, polarisées à l’extrême et dès lors poussée à une forme de rage et de violence qui ne peut que mal tourner. La réserve indienne est désormais une frontière infranchissable, la question raciale jaillit dans toutes les conversations, les complots les plus hallucinés sont évoqués avec un sérieux désarmant et les rois de la Tech s’apprêtent à mettre les mains sur les terres environnantes en toute impunité… En optant pour la forme de la satire, le réalisateur a la bonne idée d’enrober la dureté du propos dans la forme de la comédie décalée, contemplative et surréaliste, où tous les personnages manquent souvent de peu de tomber dans la pire caricature, dans le ridicule et le pathétique. Un film sur le fil, jusque dans son rythme distendu mais qui par suite d’une révélation relativement prévisible sur le trauma de Louise Cross (Emma Stone) et sa fuite dans les bras d’un prêcheur sectaire joué par Austin Butler, bifurque du délire dissonant au jeu de massacre façon Sam Peckinpah. La dernière partie du film semble finalement donner raison à tout le monde en même temps et provoque forcément un chaos total où notre brave sheriff à la ramasse peut enfin incarner pleinement cette idée triomphante du cowboy d’antan. Un déchainement de violence absurde, qui renvoie là à quelques fantasmes testostéronés façon Rambo III et à l’idée d’une réconciliation impossible, ne serait-ce qu’entre le réel et les hantises d’une nation.
Aster va jusqu’au bout de sa logique, jusqu’au bout de son esthétique figée voir glaciale dans ses constructions, et aboutit à une œuvre étonnante et qui n’a certainement rien de la démonstration revendicatrice. Un triste constat surtout, bercé par dans un humour à contretemps, par des acteurs admirablement investis, une esthétique comme toujours construite à l’extrême, mais qui ne fait aucun mystère quant à un sentiment de fin d’une époque, de disparition programmée qui surnage tout du long. Osé, fort et définitivement dérangeant.
Image
Metropolitan fait mieux que la plupart de ses collègues éditeurs du reste du monde (oui même les USA ou l’édition 4K n’était disponible qu’en édition très limitée sur le site de A24) en proposant une copie UHD pour Eddington. Rien de plus logique puisque le film capturé entièrement en numérique via des camera Arri Alexa 35 avait imposé une source 4K pour sa diffusion salles. On en retrouve toutes les largeurs ici avec, comme le veut la mise en scène d’Arri Aster, des espaces immenses et des profondeurs de champs qui s’étendent à perte de vu, embrassant les paysages du Nouveau Mexique comme rarement. La finesse de la définition est imparable et délivre un piqué pointu et minutieux, dessinant le moindre signe de fatigue d’un visage jusqu’au plus petit grain de sable (et il y en a !). Impressionnant, et l’ensemble un somptueusement accompagné par une colorimétrie riche et maitrisée.
Son
Même s’il n’est pas des plus démonstratif, accompagnant surtout le film dans son rythme lent et son utilisation des silences, le mixage Dolby Atmos distille des ambiances discrètes mais naturelles et de plus en plus enveloppantes. Les dialogues sont souvent au centre du dispositif, mais la dynamique prend peu à peu de l’ampleur jusqu’à une dernière partie plus explosive et nerveuse. Restreint aux DTS HD Master Audio 5.1, le doublage français offre une proposition tout à fait convaincante, moins abondante forcément dans sa spatialisation, mais efficace.
Interactivité
Eddington ne profite pas d’un déluge de suppléments pour accompagner sa sortie Home Video. En l’occurrence l’essentiel des segments vidéo tient dans la présence d’un making of plutôt bien conçu dépassant tout juste la trentaine de minute. Cela suffit cependant pour prendre le pouls du tournage, pour entendre les acteurs délivrer avec humour leur regard sur le film et le cinéma d’Aster mais aussi offrir une ou deux anecdotes, pour revenir sur le travail de Darius Khondji ou observer le cinéaste au travail. Amusant d’ailleurs que le segment s’ouvre sur une vaine tentative de ce dernier de réussir à définir sobrement la nature de son film. Metropolitan ajoute à cela quelques documents promotionnels (affiches…) et permet de revoir le clip de campagne de Ted Garcia dans son intégralité. L’éditeur propose surtout un livret totalement inédit contenant une longue et passionnante interview du directeur photo Darius Khondji qui livre une nouvelle fois avec Eddington, un travail admirable.
Liste des bonus
Un livret entretien exclusif avec le directeur de la photographie Darius Khondji (16 pages), Making of (33’), Affiches, Interviews Cannoises, Clip de campagne, Bandes-annonces.







