DRACULA

États-Unis, Royaume-Uni – 1979
Support : Bluray & DVD
Genre : Épouvante
Réalisateur : John Badham
Acteurs : Frank Langella, Laurence Olivier, Donald Pleasence, Kate Nelligan, Trevor Eve…
Musique : John Williams
Durée : 111 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0, français DTS 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : ESC Editions
Date de sortie : 03 mars 2021
LE PITCH
À Whitby (Angleterre) en 1913, un navire fait naufrage. Le seul survivant est le comte Dracula, venu de Transylvanie avec pour seuls bagages des caisses emplies de sa terre natale. À Carfax Abbey où il réside, il fait la connaissance du directeur de l’asile le Dr Seward et de sa fille Lucy.
Love Never Dies
Pas franchement l’adaptation la plus célèbre de l’incontournable roman épistolaire de Bram Stoker, l’itération inventive dirigée en 1979 par John Badham n’en reste pas moins un jalon incontournable pour comprendre la modernisation du personnage. Et ce ne sont pas les lasers de Maurice Binder qui diront le contraire.
A peine six ans après la dernière apparition du Dracula de la Hammer, l’illustre Christopher Lee dans l’oubliable Dracula vit toujours à Londres, le studio Universal tente de donner un nouveau souffle au mythe. Ayant installé la vision contemporaine du comte avec le célèbre film de Todd Browning en 1931, mais ayant aussi commandité le remake par le studio anglais, Le Cauchemar de Dracula en 1958, la firme s’imagine profiter de l’engouement récent pour un fantastique plus sophistiqué, grâce à L’Exorciste, Rosemary’s Baby ou La Malédiction, pour produire une version cinéma de Dracula dans l’ère du temps. Si effectivement le studio s’appuie aussi sur le succès récent de la reprise à Broadway de la pièce d’Hamilton Deane et John L. Balderston, déjà à l’origine du film de Browning, et profite de l’engouement autour d’un Frank Langella charismatique et célébré pour son interprétation, il préfère certainement quand le projet prend une tournure plus sérieuse, plus fougueuse et certainement moins kitch en tous cas. Une orientation due en premier lieu à l’écriture importante effectuée par l’excellent W.D. Richter (Nickelodeon, L’Invasion des profanateurs , Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin, Brubaker… ) qui n’hésite pas à prendre de grandes liberté avec le matériaux d’origines, à mélanger et fusionner les personnages, à resserrer largement l’action dans le temps et dans l’espace (exit l’introduction dans les Carpates) pour mieux se resserrer sur un seigneur vampire totalement inédit pour son époque : loin des regards inquiétants de Lugosi, de la bestialité aristocrates de Christopher Lee, Frank Langella apporte une suavité, une mélancolie et une gravité unique.
Staying Alive
Et tout juste sortie du succès planétaire de La Fièvre du samedi soir, le jeune John Badham s’y engouffre généreusement accompagnant ce glissement du cinéma d’horreur pur à un fantastique plus romantique, en visant beaucoup moins l’écriture de Bram Stoker que la plume passionnelle de Lord Byron. D’où la sensation constante à la vision de ce Dracula que le cœur porte plus de son côté que de celui d’humain empêtrés dans leurs codes, leurs moralités, voir leurs folies. Un être tragique trouvant en la belle Lucy (et non la timide Mina) un amour profond et déchirant à même de défier le temps. Certainement que Francis Ford Coppola saura s’en souvenir en 1992 lorsqu’il livrera son film somme. Production très ambitieuse pour son époque, profitant de sublimes décors baroques (l’abbaye de Carfax, l’asile d’aliéné…), d’une bande originale grandiose composée par un John Williams plus Wagnerien que jamais, ce Dracula n’hésite jamais à bousculer le classicisme attendu en délivrant quelques séquences visuellement marquantes. Que ce soit quand le comte qui pénètre dans la chambre de Mina en se glissant sinueusement le long des murs, pour une transformation éclaire en loup, ou à la découverture d’une dulcinée vampirisée aux airs de goule oubliée, le savoir-faire et l’efficacité de John Badham sont évidents. Son inscription dans les 80’s plus extravagantes tout autant, que ce soit pour la permanente de Langella que pour l’inoubliable séquence d’amour orchestrée par le Maurice Binder des génériques de James Bond à grand renfort de volutes de fumée, de lasers rouges et de surimpressions. Un Dracula profondément transitionnel, constamment entre les époques, mais qui justement perd en cohésion, traînant presque comme des boulets des personnages secondaires désormais un peu accessoires. Même Donal Pleasance, amusant psychiatre bien allumé, et Sir Laurence Olivier (très fatigué, il faut l’avouer) font un peu office de figurants, là où de véritables antagonistes auraient été nécessaires.
Déséquilibré, violemment écrasé aux milieux d’absolues références et un opus de Coppola qui lui doit décidément beaucoup, le Dracula de John Badham n’en reste pas moins une proposition novatrice pour son époque et préserve aujourd’hui encore un charme des plus évidents.
Image
Cas à part dans la petite histoire de la distribution vidéo, ce Dracula fut entièrement repensé dans sa colorimétrie en 1991 pour sa sortie évènement en Laserdisc. John Badham, qui voulait tourner le film en noir et blanc, pu modifier sa photographie en désaturant les teintes, donnant au métrage des reflets plus argentiques, plus sépias, retrouvant une part du charme des productions d’antan. Une nouvelle version devenue depuis la norme et effaçant toute ces années la copie cinéma. Reprenant le travail des Américains de Shout Factory, ESC propose enfin aux amateurs les deux versions du film, restaurées pour l’occasion à partir d’un nouveau scan 4K, mais avec des éléments composites, fourni par Universal. La grande surprise vient donc essentiellement de la copie cinéma, très Technicolor, qui développe des contrastes, des lumières et une palette aussi riche que réjouissante. Si la définition est la plupart du temps rigoureuse et profonde, on note des passages beaucoup plus doux et surtout des petites traces encore bien visibles dans les cadres (restes de griffures, points blancs…).
Son
Très attendue, la piste DTS HD Master Audio 2. anglaise se montre particulièrement plaisante, équilibrée et délicate. Les dialogues y sont parfaitement posés et clairs, mais se font naturellement souvent voler la vedette par les musiques inoubliables de John Williams. Aucun défaut à noter, là où le doublage français peine souvent à convaincre et à imposer le même équilibre.
Interactivité
Belle édition que voilà qui tout comme le collector de Shout propose les deux versions du film sur leurs Bluray respectifs avec une répartition équilibrée des suppléments. Certains sont bien évidemment hérité du collègue américain avec de toutes nouvelles interviews du réalisateur et du scénariste, qui évoquent chacun de leur côté leurs souvenirs du projet, ses transformations et son tournage avec une chaleur palpable pour l’objet final. Belle opportunité aussi que de revoir le long et complet making of de 40 minutes produits par Laurent Bouzereau pour le DVD de 2004. Si l’image a pris un coup de vieux, le talent du documentariste est bel et bien présent avec cette faculté inimitable à enchaîner les infos et les interviews à un rythme savant.
Et ESC s’est aussi fendu de deux suppléments maison. En premier lieu une présentation, presque calme, du film par Christophe Lemaire et un sujet plus précis signé Alexandre Jousse sur la fameuse séquence signé Maurice Binder et quelques autres prouesses du monsieur.
Liste des bonus
Version désaturée du réalisateur (109’), « Dracula selon John Badham » par Christophe Lemaire (20’), « What Sad Music » : entretien avec W.D. Richter (33’), « King of My Kind » : entretien avec John Badham (32’), « Les Fantasmagories de Maurice Binder » par Alexandre Jousse (14’), « Du Sang neuf pour Dracula » par Laurent Bouzereau (« The Revamping of Dracula » 40’), Galerie photos, Bande-annonce.