DINGO

Australie – 1992
Support : Blu-Ray
Genre : Drame, Musique
Réalisateur : Rolf de Heer
Acteurs : Miles Davis, Colin Friels, Helen Buday, Bernadette Lafont, Bernard Fresson…
Musique : Miles Davis et Michel Legrand
Durée : 110 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 et 5.1
Sous-titres : Français
Distributeur : Intersections Films
Date de sortie : 1er mars 2023
LE PITCH
1969, un avion de ligne se pose sur la piste d’urgence d’une bourgade poussiéreuse d’Australie Occidentale. Billy Cross, trompettiste de génie à la renommée mondiale, en profite pour offrir un concert impromptu à la population locale. John, surnommé Dingo, voit ainsi sa vie changer. 20 ans plus tard, il vivote de petits boulots en attendant d’être remarqué pour sa musique. Mais il est difficile pour un artiste de faire carrière au milieu de nulle part…
Make your dream…
Pour ses premières sorties, le jeune et prometteur éditeur Intersections a mis cap vers l’Australie avec Mad Dog Morgan et donc le Dingo de Rolf de Heer. A la fois film musical et d’initiation, ainsi qu’un véritable « feel good movie », le film, boudé à sa sortie, mérite la redécouverte aussi bien pour la présence mystique de Miles Davis que pour sa sublime restauration 4K.
C’est toujours un grand plaisir de constater que, malgré un contexte actuel difficile pour le monde du cinéma, de nouveaux éditeurs naissent avec l’envie de nous faire découvrir des pépites méconnues ou oubliées. Ainsi en créant le label Intersections, ses fondateurs ont sans doute accompli un rêve, et finalement quel film pouvait mieux représenter l’accomplissement d’un profond désir que ce Dingo ? En effet, durant près de deux heures, Rolf de Heer nous fait suivre la quête initiatique d’un John « Dingo » (surnommé ainsi car entre autres petits boulots il chasse le chien sauvage vivant dans l’Outback australien) souhaitant, depuis son village perdu au milieu de nulle part et dépeuplé, devenir une star du jazz et de la trompette.
Du désert australien, admirablement photographié et magnifié par Denis Lenoir (Tandem, Monsieur Hire…), à Paris et sa vie nocturne, nous assistons ainsi à un film positif, d’une simplicité désarmante et profondément inspirant. Souvent onirique, entre cette incroyable scène d’ouverture qui voit Miles Davis improviser un concert sur une piste d’atterrissage en plein désert et une exécution de dingo suspendue par un songe, le film marque aussi l’accomplissement d’un projet vieux de plus de dix ans pour le scénariste et coproducteur Marc Rosenberg.
Alors qu’il s’agit seulement de son troisième long-métrage (après Tale of a Tiger en 1984 et Encounter at Raven Gate en 1988), Rolf de Heer, qui se fera vraiment un nom avec son film suivant Bad Boy Bubby, démontre sa maestria avec ce « film-rêve » à l’ambiance parfois irréelle et filme amoureusement la campagne australienne, sujet fétiche qu’il sublimera de nouveau avec The Tracker et Charlie’s Country qui mettaient en vedette le regretté David Gulpilil.
Un Davis peut en cacher un autre
Même s’il serait injuste de réduire l’intérêt du film à la seule présence de Miles Davis, force est de constater que le génie du Jazz, pourtant néophyte (hormis quelques apparitions notamment dans un épisode de la série Miami Vice), crève l’écran à chacune de ses apparitions. Planqué derrière ses inamovibles lunettes de soleil et flanqué de tenues multicolores « so eighties », il campe à merveille un Billy Cross spectral et quasi mystique qui n’est finalement que son double cinématographique. Et pourtant, l’excellent Colin Friels (Darkman), parfait en John « Dingo », devait à la base avoir un tout autre partenaire de jeu, un certain Sammy Davis Jr, célèbre membre du Rat Pack avec Franck Sinatra et Dean Martin, décédé en 1990 peu avant le début du tournage…
Dingo se révèle également être un excellent film musical, avec une BO composée par Davis et Michel Legrand qui se retrouvaient plus de trente ans après leur dernière collaboration en 1959, mettant à l’honneur le Jazz, genre d’ailleurs peu apprécié par son réalisateur ! Trop « jazzy » pour les néophytes, pas assez pour les amoureux du genre, le film eut malheureusement une sortie délicate et peu de succès, en partie à cause du décès soudain du légendaire trompettiste après le tournage…
En somme, cette coproduction franco-australienne (avec notamment la présence d’acteurs reconnus comme Bernadette Lafont et Bernard Fresson) mérite clairement mieux que l’anonymat dans laquelle elle était tombée. Et grâce au Master 4K déniché par Intersections, Dingo n’a sans doute jamais été aussi beau. Amoureux du Jazz ou pas, les cinéphiles amoureux du cinéma australien ne peuvent passer à côté de ce film remarquablement interprété (on retiendra par exemple la présence de l’excellente Helen Buday), attachant et solaire.
Image
Comme le souligne le directeur de la photographie Denis Lenoir dans les bonus, la version 4K présentée ici surclasse l’ancienne édition DVD … et son « image pourrie » ! Intersections reprend le Master HD sorti chez l’éditeur australien Umbrella Entertainment en 2021. Avec sa définition parfaite, ses tonalités et couleurs chatoyantes, la copie s’avère délicieuse et fourmille de détails. Les ambiances très différentes de l’Outback et de la cité parisienne sont ainsi parfaitement rendues et quasiment aucun défaut n’est à déplorer.
Son
En proposant deux pistes Audio, le 2.0 habituel et le 5.1, l’éditeur nous en met plein les oreilles ! On privilégiera le Master 5.1 qui permet d’apprécier avec plaisir la tonalité musicale omniprésente du film. Du beau boulot.
Interactivité
Alors que cette édition était déjà de grande qualité, les éditeurs la subliment avec un contenu éditorial impressionnant. Ainsi, outre le packaging sobre et classe, nous nous voyons proposer un excellent livret avec des présentations de Maxime Lachaud et Dominique Poublan.
Les bonus vidéo ne sont pas en reste avec plus de deux heures de contenu ! On retrouve ainsi des images de tournages commentées par Rolf de Heer, ce qui constitue un bonus surprenant et plein d’anecdotes. Le réalisateur est également présent avec une interview où il revient sur sa déception d’une sortie tronquée à cause d’une distribution chaotique et de la mort de Miles Davis, avec lequel il espérait faire un nouveau film. Il se montre très satisfait du résultat après avoir vu le film trente ans plus tard (il a supervisé la restauration) : « le film ne fait pas son âge. ».
L’entretien avec Marc Rosenberg, scénariste et coproducteur du film, est aussi très instructif. Il revient sur la genèse d’un projet ayant mûri pendant près d’une décennie. D’abord consacré à un apprenti batteur, le scénario se transforma pour aborder le rêve d’un trompettiste, plus facilement adaptable d’un point de vue cinématographique. Il rappelle aussi que le film devait se dérouler entre l’Australie et New-York, mais que la sortie entre temps de Crocodile Dundee (se déroulant en partie dans la ville américaine) les fit se rabattre sur la ville de Paris.
Enfin, l’entretien avec le grand directeur de la photo Denis Lenoir est la cerise sur le gâteau. Particulièrement bavard, il nous comble en délivrant nombre d’anecdotes que ce soit sur le tournage dans la « ville » de Sandstone et ses 27 âmes, sur la femme de Colin Friels Judy Davis, sur sa « haine » envers Michel Legrand (coupable selon lui d’une BO pas assez « jazzy »)… Ancien critique de jazz, il clame également son amour pour Miles Davis, et rappelle sa rencontre saugrenue avec De Heer et Rosenberg… au cours d’une escale entre Melbourne et Paris !
Liste des bonus
Un livret de 32 pages contenant un essai de Maxime Lachaud sur la carrière de Rolf de Heer et un essai de Dominique Poublan sur Miles Davis, Entretien avec le réalisateur-producteur Rolf de Heer (34’, VOST), Rushes commentés par Rolf de Heer (18’, VOST), Entretien avec le scénariste-producteur Marc Rosenberg (34’, VOST), Entretien avec le directeur photo Denis Lenoir (56’, VF), Bande-Annonce (VOST).