DÉSIRS DE BONHEUR

Time Out of Mind – Etats-Unis – 1947
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame
Réalisateur : Robert Siodmak
Acteurs : Phyllis Calvert, Robert Hutton, Ella Raines, Eddie Albert, Leo G. Carroll, Helena Carter…
Musique : Miklós Rózsa
Durée : 88 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Editeur : Éléphant Films
Date de sortie : 26 mars 2024
LE PITCH
Kate Fernald, servante de la riche famille Fortune, s’éprend du fils de Christopher, l’enfant prodige promis à une carrière toute tracée dans la marine. Alors qu’il revient blessé de son premier voyage en mer, il décide de consacrer sa vie à la musique, et de fuir à Paris avec l’aide de Kate pour y apprendre le piano.
Mélo pour mélomane
Au fil du temps et des sorties, l’éditeur Éléphant continue sous son label « cinéma master class : la collection des maîtres » à proposer des titres à même de titiller la curiosité des cinéphiles. Les castings sont souvent alléchants, les metteurs en scène connus et reconnus et les films alternent entre œuvres classiques ou complètement inconnues.
Une fois encore, la découverte est ici totale. N’ayant jamais eu les honneurs d’une sortie sur support numérique, Désirs de bonheur va forcément interpeller les amateurs de films noirs lorsqu’ils verront sur la jaquette le nom accrocheur de l’auteur de Les tueurs, surtout que ce long-métrage est réalisé durant cette même période (la décennie d’après-guerre). La surprise sera d’autant plus grande en découvrant que le film en question est en réalité un pur mélodrame. Il faut dire qu’à la base, le scénario n’est pas destiné à Robert Siodmak. Ceci explique sans doute cela. Il devait être tourné à l’origine par James Whale, connu lui, pour avoir donné ses lettres de noblesse à la créature de Frankenstein dans les deux premiers films avec Boris Karloff (!). De là à dire que l’histoire traîne dans les tiroirs en attendant qu’un réalisateur se dévoue pour le prendre en main, il n’y a qu’un pas. Alors pourquoi Siodmak s’y est-il frotté ? Par opportunisme. Devant l’insistance des studios en mal d’un metteur en scène pour adapter ce roman de Rachel Field, il cède aux pressions en profitant de l’occasion pour renégocier son contrat. Bien lui en a pris, car celui-ci va lui donner la liberté rêvée tout en multipliant son salaire par trois. Autant dire qu’il a bien joué son coup.
Passage obligé
La productrice en charge du projet ayant démissionné, le voilà propulsé producteur pour la première fois. Il faut assumer ces nouvelles obligations. Tout cela est bien beau, mais il va quand même falloir sortir quelque chose de ce scénario qu’il trouve ridicule. Une histoire de riche héritier promu à un bel avenir dans la marine. Blessé en mission, le marin préfère partir à Paris avec sa chérie pour parfaire son don et sa passion pour le piano. Forcément, la décision ne plaît pas à tout le monde. Des amours sont contrariées, la famille est indignée et Siodmak s’efforce en vain à donner un semblant de charisme à Robert Hutton, son acteur principal. Heureusement pour lui, ses actrices Phyllis Calvert et Ella Raines gravitant autour du bellâtre s’en sortent mieux.
Accomplissant l’ouvrage comme prix de sa liberté, le metteur en scène peu investi s’appuie sur sa maîtrise de la technique visuelle pour s’amuser à la photo en donnant plus de consistance à la pellicule qu’à son récit ; certains plans du manoir allant même jusqu’à rappeler le travail effectué par Joseph L. Mankiewicz sur Le Château du dragon tourné l’année précédente. Inutile de dire que le film est un échec tant financier que critique. Robert Siodmak le prend avec philosophie. Le film ne restant qu’une semaine à l’affiche, il considère que personne ne s’en souviendra (à juste titre), et qu’il peut à présent poursuivre sa carrière comme il l’entend.
Ce film lui a permis une chose : prouver à tous qu’il devrait se contenter de tourner des films noirs plutôt que des mélodrames. A chacun sa spécialité. La nôtre est d’assouvir notre curiosité.
Image
Ce master restauré au format respecté 1.37 n’est pas exempte de défauts avec un piquet parfois tremblotant. Néanmoins la copie nous offre des contrastes plus affirmés qui accentuent les détails sur les scènes en intérieur. Vu la rareté du film, c’est déjà quelque chose d’inespéré.
Son
Seule la version originale est disponible. Une balance bien maîtrisée sur les dialogues et particulièrement probante lors des scènes musicales où le protagoniste exprime son talent derrière un piano.
Interactivité
Eddy Moine nous offre un bon condensé en l’espace de dix minutes. Plus descriptif sur les mésaventures liées à la production qu’analyste, il agrémente ses propos d’anecdotes bienvenus pour mieux comprendre ce qui a poussé Robert Siodmak à accepter ce tournage.
Liste des bonus
Le film par Eddy Moine (10’).