DEMENTIA 13

Etats-Unis – 1963
Support : 4K UHD & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Francis Ford Coppola
Acteurs : William Campbell, Luana Anders, Bart Patton, Mary Mitchel, Patrick Magee, Eithne Dunne…
Musique : Ronald Stein
Durée : 69 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 & 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Pathé
Date de sortie : 19 novembre 2025
LE PITCH
Dépassée par la mort soudaine de son conjoint, une jeune femme dissimule le corps et cache la vérité à sa belle-famille. Elle va jusqu’à se rapprocher de sa belle-mère et intrigue afin de s’assurer de sa part d’héritage. Mais elle ignore qu’un meurtrier la surveille…
Une offre qu’il ne pouvait refuser
Un peu perdu au milieu d’une vague de rééditions 4K des grandes œuvres de Francis Ford Coppola, Dementia 13, son premier long-métrage, se rappelle au souvenir des cinéphiles dans un montage approuvé par son réalisateur et avec une copie de toute beauté. Une bonne occasion de découvrir – ou de redécouvrir – là où tout a commencé pour le réalisateur du Parrain et d’Apocalypse Now.
Homme à tout faire (preneur de son, figurant, réalisateur de seconde équipe) sur le tournage de The Young Racers, un film de course automobile que le producteur et réalisateur Roger Corman tourne en Irlande, Francis Ford Coppola se voit offrir l’opportunité de diriger son tout premier long-métrage s’il parvient à s’accommoder d’un budget riquiqui (42 000 dollars), à respecter un calendrier serré (9 jours) et à livrer un ersatz de Psychose d’Alfred Hitchcock apte à capter l’attention d’un public pas trop regardant (en gros, juste ce qu’il faut de sexe et de violence).
Écrit, tourné et monté en un temps record, Dementia 13 profite des décors irlandais ainsi que d’une partie du casting et de l’équipe technique de The Young Racers et semble en effet remplir son contrat en déshabillant son actrice principal et en construisant son suspense autour des attaques d’un maniaque armé d’une hache. Des éléments que l’on retrouvera bien évidemment sur l’affiche du film. Pourtant, loin d’être satisfait, Corman reprend le montage en main, rajoute un prologue à la William Castle emballé par Monte Hellman en quelques heures ainsi que des bouts de scènes tournés par Jack Hill. Et c’est sous cette forme, revue et corrigée par Roger Corman, que Dementia 13 traversera donc les décennies, un coup d’essai défiguré par la dure loi du marché des drive-in américains.
L’affront est finalement lavé en 2017 lorsque Coppola parvient enfin à imposer son montage, sa version, pour le marché de la vidéo. Pur film de commande et qui s’assume pleinement comme tel, Dementia 13 renoue enfin avec son mojo de série B sincère et bien troussée.
Complot de famille
S’il tente avant tout de faire vivre un script très prévisible au travers de ses restrictions budgétaires et d’un casting très inégal et pas bien inspiré, Coppola parvient, par touches, à imposer sa marque. En un peu moins de 70 minutes, le cinéaste débutant insuffle une énergie évidente à une intrigue qui n’aurait pas déplu au grand Hitchcock, inspiration évidente de ce jeu de massacre en petit comité où l’ironie le dispute à un symbolisme mordant. Comme ce rituel funeste se terminant invariablement par l’évanouissement d’une matriarche crédule et superstitieuse, comme cet étang que l’on finit par vider pour en révéler la fange et les secrets, comme ces jouets d’enfants plus inquiétants qu’autre chose, comme ce fils à maman qui revit encore et toujours le même cauchemar. Coppola s’amuse à traquer le pourrissement d’une famille marquée par les tragédies à répétition et qui semble avoir créé son propre écosystème dans un manoir maudit, au milieu de la campagne irlandaise. Et lorsqu’il filme les manigances nocturnes d’une veuve pas du tout éplorée et qui ne va pas tarder à trépasser sous des coups de haches, le réalisateur d’Apocalypse Now s’offre son petit morceau de bravoure, qui vient rabattre les cartes et ouvre la voie à un médecin de famille cynique qui mène l’enquête tel un émule d’Hercule Poirot. Le film y perd alors un peu de son agressivité, sa deuxième moitié frôlant la routine. Le dernier plan, qui nous propose la vision d’une hache venant fracasser sèchement le crâne d’une poupée de cire, réplique criante de réalisme d’une petite fille, arrive à la rescousse d’une conclusion attendue et paresseuse et laisse le spectateur pantois. À l’épilogue glaçant de Psychose, Coppola répond par un geste de destruction absolue, le seul et authentique coup de maître de ce galop d’essai.
Image
La discrétion du grain argentique est assez spectaculaire mais elle n’adoucit en rien une définition très pointue et qui fait un peu mieux qu’un bluray pourtant très méritoire et inclus avec cette édition. Une très belle restauration, de tout premier ordre. Seul reproche de puriste, la précision numérique dénature quelque peu une source modeste qui aurait pu s’accommoder de contrastes plus marqués et de noirs un peu plus profonds.
Son
Nettoyées de fond en comble, les deux mixages proposés de la version originale sont d’une propreté absolue. Pas le moindre souffle à l’horizon et une musique qui ne sature pas. La différence entre 5.1 et 2.0 demeure très limitée mais s’il fallait avouer une préférence, la stéréo l’emporte par sa simplicité et son efficacité sur une piste multicanaux trop artificielle pour convaincre totalement.
Interactivité
Comparée à Apocalypse Now ou à Conversation Secrète, l’interactivité de Dementia 13 paraît bien maigre. Elle n’en est pas moins percutante et incontournable. Faute de making-of ou de documentaire rétrospectif, le commentaire audio de Coppola sait se montrer passionnant et riche en anecdotes (on y apprend que le cinéaste a accepté de se jeter dans une eau glacée pour la séquence d’ouverture ou encore qu’il était amoureux de son actrice principale). Un bonus précieux, complété par une courte présentation de ce « nouveau » montage par le cinéaste lui-même et par le fameux prologue aux allures de quizz médical et que l’on aurait aimé pouvoir visionner en seamless branching avec le film. Dommage que le montage d’époque de Roger Corman soit absent de cette édition, à titre d’archive ou de comparatif (on aurait même accepté une copie dégueu).
Liste des bonus
Commentaire audio de Francis Ford Coppola (VOST), Prologue « Êtes-vous prêt à voir Dementia 13 ? » (6′), Introduction de Francis Ford Coppola.





