DARIO ARGENTO, SOUPIRS DANS UN CORRIDOR LOINTAIN

France – 2019
Support : DVD
Genre : Documentaire
Réalisateur : Jean-Baptiste Thoret
Acteurs : Dario Argento
Musique : Jean-Baptiste Thoret
Image : 1.33 et 2.35 16/9
Son : Français et italien Dolby Stéréo
Sous-titres : Français
Durée : 96 minutes
Éditeur : Tamasa
Date de sortie : 15 septembre 2025
LE PITCH
Vingt ans séparent les deux parties de ce film portrait consacré à Dario Argento. Tourné à Turin puis à Rome entre 2000 et 2019, Soupirs dans un corridor lointain cale son pas sur l’un des cinéastes les plus marquants de ces quarante dernières années. Ses obsessions, son travail, ses souvenirs, ses hantises, son rapport à la ville éternelle, les blessures de l’Histoire italienne, et puis le temps qui passe…
Profondo Argento
Dans les films de Dario Argento, on suit constamment des personnages à la recherche d’une vérité qui leur échappe. Des personnages qui vont analyser, fouiller, voir et revoir une même scène pour apprendre à voir au-delà des apparences. Il n’est pas vraiment étonnant alors que le réalisateur italien finisse par devenir, à son tour, l’objet d’une analyse. Mais une analyse à la forme très particulière.
Au départ, il y a un documentaire de 52min pour la télévision tourné en 2000. Jean-Baptiste Thoret se rend sur le tournage du Sang des Innocents et devient ami avec Dario Argento. Tous les deux se revoient régulièrement au cours des deux décennies suivantes et en 2018 Thoret décide de créer une deuxième partie à son documentaire en retrouvant Dario Argento 19 ans plus tard, retourner sur certains lieux de tournage et montrer une facette beaucoup plus intime du réalisateur italien. Deux parties extrêmement différentes donc, tant sur le ton que sur la forme.
La première est donc le documentaire télé datant de 2000, tourné en format carré et en vidéo. Thoret, en voix off, analyse le travail de Argento depuis son premier film, L’oiseau au plumage de cristal, mais surtout, donne la parole au réalisateur qui revient sur sa carrière. Et c’est une vocation qui a commencé très tôt puisque grâce à ses parents (scénariste et photographe), Argento a passé son enfance sur des plateaux et a pu côtoyer des stars de l’époque. Il évoque ensuite ses débuts en tant que scénariste, sur Il était une fois dans l’ouest, où il mettait déjà en scène son obsession pour les petits détails (la mouche et les gouttes d’eau dans l’intro du film viennent de lui). C’est le gros point fort de cette première partie, qui permet de voir le réalisateur en action sur le tournage du Sang des innocents. On peut ainsi le voir discuter avec son chef op sur la mise en place d’une scène, diriger ses comédiens, sa monteuse, Anna Napoli, se confie sur la difficulté qu’elle a eu, à ses débuts, à comprendre le fonctionnement du réalisateur (avant d’être interrompu par un coup de téléphone avec le producteur du film). Toute cette partie, très vivante et passionnante à suivre pour qui est fan d’Argento, qu’on va finalement quitter trop vite dans ce qui était, à l’époque la fin du documentaire, pour retrouver Dario Argento, dans un fondu au noir et en plan miroir ,19 ans plus tard dans la seconde partie.
Il était une fin
On quitte alors le format carré et le tournage vidéo pour un noir et blanc numérique et format scope. Cette bascule est le point central du film selon Jean-Baptiste Thoret. Le documentaire devient alors un témoignage sur le temps qui passe et la caméra qui n’était qu’une observatrice devient beaucoup plus présente et active. Avec elle, on va suivre le réalisateur dans de longues marches à travers Rome (sur la musique du Mépris de Delerue), où il se confie sur son rapport à la vieillesse, au temps, aux animaux, à la politique ou dans une immense bibliothèque où il partage avec nous sa grande érudition sur la littérature classique, la peinture, la religion. Au détour d’une rue, Thoret utilise la magie du montage pour faire rencontrer Argento avec le cinéma classique italien. Une manière poétique pour faire rentrer le cinéaste dans l’histoire du cinéma.
Car c’est surtout ça qui ressort dans la volonté de cette seconde partie, être une sorte de bilan de vie d’un grand réalisateur, qui cherche à convaincre les réticents au genre que cet homme peut tout à fait être traité comme l’égal d’un Fellini ou d’un Antonioni. Mais pour les fans d’Argento (qui le savaient déjà) cette seconde moitié sera un peu plus douloureuse, car l’atmosphère de fin de vie qui s’en dégage rappellera surtout la dévitalisation de son cinéma dans sa dernière partie de carrière et que sa glorieuse période des années 70, 80 et moitié 90 est bel et bien terminé et enterré (la visite de la villa de Ténèbres maintenant laissée à l’abandon est, à ce titre, assez cruel).
Dans son interview présente dans les bonus du DVD, Thoret dit qu’il n’a pas voulu émuler le style d’Argento dans cette seconde partie mais plutôt en faire un contrepoint. Une décision à double-tranchant qui séduira surement les réfractaires à ses films et permettra de mieux connaître l’homme derrière mais ne comblera pas totalement les fans qui peineront à y retrouver le débordement d’énergie et de vie qui caractérisaient ses films.
Image
L’image du DVD est très délicate puisque qu’elle se partage entre deux époques et deux qualités différentes. La première partie est uniquement en 4/3 carré et le tournage en vidéo donne des couleurs qui bavent et une définition d’image très faible. La seconde est bien plus agréable à l’œil, tournage en numérique oblige, avec un très beau noir et blanc et un jolie travail sur les contrastes.
Son
Là aussi, la qualité varie suivant les deux parties du film avec un avantage pour la seconde mais dans les deux cas, les entretiens sont clairs et intelligibles.
Interactivité
Les deux principaux bonus du DVD sont tous les deux l’œuvre de Jean-Baptiste Thoret, le premier est un livret de 16 pages où le réalisateur revient sur la carrière de Dario Argento et analyse certains de ses thèmes à travers ses films les plus célèbres. Le second est un entretien de 50min avec le journaliste qui revient sur plusieurs aspects du réalisateur italien, sa mélancolie (d’où le ton de la seconde partie du documentaire), son engagement politique, son travail sur les couleurs, son obsession pour la mémoire. Thoret revient aussi sur ce qui l’a motivé à faire le documentaire et à reprendre son ancien reportage pour le transformer ensuite dans sa deuxième partie. Le livret et l’entretien se complètent bien et évitent la redondance et Thoret est comme à son habitude, toujours intéressant à écouter ou à lire.
Liste des bonus
Livret, Le film vu par Jean-Baptiste Thoret (50’), Bande-annonce.





