DAR L’INVINCIBLE

The Beastmaster – Etats-Unis – 1982
Support : 4K UHD & Bluray
Genre : Heroic Fantasy, Aventure, Fantastique
Réalisateur : Don Coscarelli
Acteurs : Marc Singer, Tanya Roberts, Rip Torn, John Amos, Joshua Milrad, Rod Loomis…
Musique : Lee Holdridge
Image : 1.85 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0 Anglais, DTS HD Master Audio 2.0 Français
Sous-titres : Français
Durée : 118 minutes
Editeur : ESC Éditions
Date de sortie : 26 mars 2025
LE PITCH
Les aventures et les exploits de Dar, surnommé « l’Invincible », parce qu’il possède le pouvoir de commander les bêtes et qu’il est accompagné dans sa quête par une panthère noire et un aigle qui le protège tous deux.
L’âme barbare
A l’amorce d’une belle vague Fantasy au cours des années 80 allant de L’épée sauvage à Dark Crystal en passant par Krull ou Kalidor, il y a bien entendu le phénoménal Conan le barbare. Il y aussi Dar l’invincible, challenger plus modeste et moins chanceux, mais qui quarante ans après reste l’un des rejetons les plus remarquables du lot.
Créateur de la saga horrifique Phantasm et auteur des trips hallucinés Bubba Ho-Tep et John Dies At The End, Don Coscarelli aura eu une carrière façonnée par le cinéma indépendant, les projets le plus souvent autofinancés et les séries B à petit budget. Une certaine vision du cinéma fantastique qui se heurtait dès son second long métrage aux réalités de l’industrie. Fier du succès imposant du premier Phantasm, tourné pour seulement 300 000 dollars, le jeune réalisateur réussit à faire monter l’enveloppe jusqu’à 9 millions pour une adaptation très libre du roman signé Andre Norton : The Beast Master. Exit l’horreur, place à la Fantasy, genre qui retrouve alors peu à peu sa place dans la culture populaire et qui attend encore son fameux maitre étalon, le Conan Le Barbare de John Milius. Deux projets qui se montent et se tournent plus ou moins en parallèle, mais certainement ni avec les mêmes moyens, ni les mêmes conditions de tournage ou le même impact à la sortie. Là où la production Dino De Laurentis laisse le cinéaste apporter sa vision et l’épaule par un budget des plus confortables, Coscarreli reste tout de même dans les frontières pécuniaires du projet indépendant (manque de figurants, effets spéciaux inégaux, planning de tournage tendu…) mais avec en suppléments une ingérence constante de fonds de financement qui exigent diverses réécritures, un regard déterminant sur le casting et évacuent même totalement Coscarelli des tables de montage. Conan le Barbare déboule dans les salles trois mois plus tôt et longtemps Dard l’invincible sera considéré, injustement, comme un rejeton opportuniste et malingre.
30 millions d’amis
Cependant, malgré les nombreuses difficultés rencontrées, Dar l’invincible reste indéniablement un divertissement de qualité et impose rapidement ses différences et un univers qui lui est propre. Un mélange assez particulier aux airs de spectacle presque familial avec sa romance à l’eau de rose entre le héros et la belle guerrière qu’il sauve de l’esclavage, avec l’acolyte enfant prêt à reprendre un trône usurpé et bien entendu ce pouvoir unique de Dar de communiquer avec les animaux. Il est donc presque constamment accompagné par une panthère noire (en fait un tigre pas toujours très bien teinté), un aigle superbe et deux adorables fouines pour l’infiltration et les mauvais coups. Une petite source d’humour et d’émotion (oui-oui), pour un métrage qui tout de même va se fendre de quelques détails bien plus violents et crus (le massacre du village, les gamins sacrifiés au buché…) et d’un érotisme surprenant venant surtout mettre en valeur la plastique de l’actrice pin-up Tanya Roberts. On retrouve surtout dans ce croisement parfois un peu improbable l’imaginaire débordant de Coscarelli qui certes construit son récit sur l’habituel monomythe popularisé par Joseph Campbell, mais le parsème de petites trouvailles qui renouvellent constamment l’intérêt : peuple chauve-souris qui absorbe ses victimes, bague espion avec un œil mobile, un boomerang rétractable du meilleurs effet, trois sorcières au corps de mannequin et au visages monstrueux, des hommes de mains zombifiés par un curieux parasite vert fluo… Dépaysement assuré !
Un autre monde intriguant et surprenant, que le cinéaste met habilement en valeur par son sens esthétique et ses compositions épiques, largement épaulé par la superbe photo sombre et baroque du grand John Alcott (Barry Lyndon, Orange mécanique, Greystoke, Under Fire…) et les compositions inspirées du prolifique Lee Holdridge (des tonnes de séries et téléfilms). Et si les séquences d’action n’ont pas toujours la fougue que l’on espérait, le métrage se rattrape facilement avec un superbe final nocturne, affrontement presque apocalyptique entre la petite troupe de héros et une horde d’envahisseurs tout de cuirs vêtus, encerclés par les flammes d’un immense brasier. A ce titre, si les seconds couteaux et les figurants sont parfois un peu à côté, Marc Singer (futur Donovan de la série culte V) est très convaincant en guerrier athlétique et courageux, le solide John Amos (58 minutes pour vivre, Un Prince à New York) apporte une autorité bienvenue et l’excellent Rip Thorne (Extrême préjudice, Men in Black…) en fait des tonnes en méchant sorcier au nez d’aigle.
Un grand film d’aventure toujours aussi sympathique et attachant, mélange de film de samurai, de péplum, d’épouvante et de conte à la Disney, Dar l’invincible marque une fois encore l’empreinte d’un grand amoureux du cinéma et de l’imaginaire : Don Coscarelli.
Image
Don Coscarelli affirme depuis longtemps que malheureusement les négatifs originaux du film ont définitivement été perdus ou détruits. La restauration présentée ici n’a donc pu être effectuée qu’à partir d’un premier interpositif et ne peut donc afficher la propreté immuable que certains auraient attendu. Les matières sont donc très présentes à l’image, le grain particulièrement affirmé (en particulier sur des plans à effets optiques) et les bords sombres se laissent doucement envahir par des échos bleutés. Est-ce si grave ? Pas vraiment, en 4K le film n’a jamais été aussi beau, restant tout de même excessivement propre (pas de taches ou griffures), affichant un piqué puissant et précis et un traitement colorimétrique presque inédit. Auréolée d’un HDR10, la photographie laisse exploser toutes ses teintes, chaudes, contrastées, puissantes et donne véritable une gueule plus dark que fantasy au film. Une réussite.
Son
Le film est proposé dans une version originale DTS HD Master Audio 5.1 qui développe plutôt efficacement ses ambiances et la dynamique des scènes les plus spectaculaires. On lui préfère tout de même son homologue DTS HD Master Audio 2.0 mieux équilibré et plus naturel et qui donne une très belle emphase aux dialogues, bruitages et musiques. Le doublage français d’origine est bien entendu lui aussi présent. Une prestation tout à fait solide, pêchue même, qui en dehors d’une rondeur plus présente reste assez proche dans son rendu que la version US.
Interactivité
ESC Editions aime le cinéma de Don Coscarelli et ça se voit ! Le film s’offre ainsi quelques éditions variées comportant disque 4K et / ou Bluray, mais le plus complet reste le coffret collector comprenant en plus d’un visuel exclusif un gros livret signé Marc Toullec, des repros d’affiches et de photos promotionnelles, ainsi qu’un disque bonus bluray exclusif. Ce dernier comporte quelques documents d’archives avec un making of bien complet (en SD) produit en 2005 par Blue Underground, des images super 8 du tournage et surtout de la construction des décors et maquettes commentées par le réalisateur, des petites scènes coupées mettant généreusement en avant la plastique de Tanya Roberts… C’est ici d’ailleurs que l’on peut retrouver la version spéciale du film, en HD, avec quelques effets spéciaux et caches refaits en numérique. Le disque est complété par une évocation du genre Fantasy au cinéma, brassant autant Les Nibelungen de Fritz Lang que Le Seigneur des anneaux, Conan ou, forcément Dar l’Invincible, par le journaliste Antoine Desrues. Pour les néophytes.
Reste encore à revenir sur le premier Bluray comportant le film dans sa version classique mais avec tout de même un traitement visuel très différents, plus bis, par rapport à la restauration 4K. Là le film s’ouvre par une introduction signée par le même Antoine Desrues et profite d’un tout nouveau documentaire inédit et fastueux en six chapitres, « Les Chroniques de Dar L’Invincible », reconstituant généreusement toutes les étapes de fabrications du film à grand renforts d’interviews du réalisateur, du coscénariste, du compositeur, des acteurs et quelques autres membres de l’équipe. Beaucoup de franchise ici sur les nombreux soucis rencontrés avec les producteurs dans toutes les étapes de fabrication (écriture, casting, tournage, montage…) et une sortie totalement foirée par une MGM en plein chaos, un petit retour sur l’ombre handicapante du Conan de John Milius, mais aussi de nombreuses anecdotes, évocations d’une équipe soudées et motivées. Presque 90 minutes mais qui se suivent sans une once d’ennui.
Sur le disque 4K et le Bluray du film on peut aussi opter pour le visionnage avec un tout nouveau commentaire audio (sous-titré) enregistré par le réalisateur et son camarade Paul Pepperman. Un propos sans beaucoup de temps mort et riche en informations techniques, artistiques et une fois encore en petits détails sur des coulisses pleines de remous.
Liste des bonus
Le Blu-ray du film avec effets visuels retouchés par Don Coscarelli (Dolby Digital VF 2.0 / VOST 5.1), Le livre « Dar l’Invincible : Au fil de l’épée – Voyage en grande barbarie » rédigé par Marc Toullec (52 pages), L’affiche recto/verso A3 du film, 5 lobbycards (10 x 15 cm), 5 photos du tournage (10 x 15 cm), Introduction par Antoine Desrues, journaliste à Écran Large et SoFilm (2’), Commentaire audio de Don Coscarelli et Paul Pepperman (VOST), « Les Chroniques de Dar L’Invincible » : documentaire rétrospectif inédit en 6 parties (2020, 84’), Bande-annonce (2’), « L’Exception qui confirme la règle » : entretien inédit avec Antoine Desrues sur le genre Heroic Fantasy (31’), « La Saga Dar l’Invincible » : Making of rétrospectif avec l’équipe du film (2005, 55’), Films de tournages en Super 8 commentés par Don Coscarelli et Paul Pepperman (27’), 5 scènes coupées (2’), Diaporama en musique d’artworks, affiches, dossiers de presse, critique et photos du tournage (9’).