DANGER : DIABOLIK !

France, Italie – 1968
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Super-héros
Réalisateur : Mario Bava
Acteurs : John Phillip Law, Marisa Bell, Michel Piccoli, Adolfo Celi, Terry Thomas, Claudio Gora, Mario Donen…
Musique : Ennio Morricone
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 105 minutes
Editeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 16 janvier 2026
LE PITCH
Le super bandit Diabolik, assisté de sa fiancée Eva Kant, nargue la police et le syndicat du crime.
L’art du crime
Indisponible sur support vidéo et quasiment invisible à la télévision depuis son passage dans Cinéma de Quartier, Danger : Diabolik ! s’offre enfin une sortie digne de ce nom par chez nous grâce à Sidonis Calysta. Une édition Bluray & 4K idéale pour ce délire psychédélique et libertaire, film / BD absolu animé par un Mario Bava (Le Corps et le fouet, Six femmes pour l’assassin, La Planète des vampires…) en pleine frénésie créative.
Il faut toujours rappeler qu’avant d’être un réalisateur de grand talent, Mario Bava était un spécialiste des trucages de cinéma (maquettes, optiques…) et un directeur photo novateur plébiscité par toute l’industrie italienne et souvent appelé en secours pour sauver les tournages en perditions. Ce qui habite donc en premier lieu Mario Bava c’est l’image, sa puissance d’évocation, mais aussi sa nature de simulacre, de création en mouvement pouvant projeter tous les fantasmes, sexuels et/ou morbides. Pas tant de surprise que cela donc à ce que sa carrière croise un personnage comme Diabolik. Une sorte d’anti-super-héros de BD italienne, dits fumetti, crée quelques années plus tôt par les sœurs Angela et Luciana Giussani (institutrice, bravo !), véritable maitre du crime, voleur et assassin de génie, tendance sociopathe et brutal. Des BDs pour adulte donc qui rencontrent un énorme succès et qui attirent l’œil du malin Dino Di Laurentiis qui en lance l’adaptation en simultanée avec un certain… Barbarella !
Les émeraudes sont éternelles
Deux grosses productions (la plus importante de la carrière de Bava) imaginées dans l’optique de profiter de l’engouement du public pour la culture BD mais aussi pour lancer une nouvelle forme de cinéma, pop, déluré et comic. Il est amusant d’observer aujourd’hui les différences flagrantes entre les deux films. Là où Roger Vadim étale constamment à l’écran des moyens astronomiques (décors gigantesques, effets spéciaux à tous va…) mais capture le tout avec une distance et une rigidité illustrative, Mario Bava lui préserve ses racines bis, réduit la voilure, mais secoue constamment son découpage et sa mise en scène pour retrouver l’énergie des dessins vendus à petit format en kiosque. Cette succession d’aventures confrontant inlassablement Diabolik et sa sublime compagne, à un gang de truands qui n’apprécie que peu la concurrence, et aux forces de police toujours dépassées menées par le pugnace Inspecteur Ginko (Michel Piccoli en vacances), tendent constamment vers l’irréel, vers la pure délire pop art. Quelques traces des Fantômas de André Hunebelle (plus d’humour et une cruauté légèrement atténuée), une bonne part de la démesure des premiers James Bond (base secrètes souterraines, véhicule amphibie, gadgets…) et surtout une profusion d’images renversantes de beauté, sexy en diable, inventives, limites expérimentales, n’hésitant pas à croiser quelques éléments d’animation au milieu de divers collages, de filtres de couleurs intenses et de décors bricolés avec talent.
Danger : Diabolik ! a tout de l’objet fétichiste avec ses deux protagonistes, John Phillip Law et Marisa Bell, beaux et vides, ses « ennemis » jovialement caricaturaux, ses scènes d’actions et de poursuites répétitives et improbables et sa construction épisodique. Artificiel et fière de l’être, l’objet est aussi le terreau de nouvelles expériences lounge et yéyé par le maitre Ennio Morricone qui emballe le tout dans des thèmes délicieusement entêtants et totalement représentatifs de l’esprit moderne de cette année 1968 : y a pas que dans les rues que ça swinguait !
Image
Sidonis Calysta propose donc directement le film sur support Bluray et UHD en reprenant le master produit par Kino Lorber l’année dernière. Une restauration pas des plus aisées puisque la source reste très abimée et que les multiples collages, fondus et compositions n’arrangent forcément pas l’affaire. La copie affiche donc encore de nombreux petits défauts, restes de points et taches, légères déformations sur certains bords et des passages à la définition forcément moins ferme. Pourtant, l’ensemble est plus que convainquant appuyant la plupart du temps une définition des plus creusée et solide, renouant avec des matières et un grain organique que l’on pensait disparu et surtout célébrant à chaque instant la folie créatrice de Bava : les couleurs sont explosives !
Son
Plus sobre, la partie sonore reste attachée à son mono d’origine avec des prestations DTS HD Master Audio 2.0 à l’ancienne. Cela n’empêche pas que la version anglaise (langue officielle du film mais aux interprétations pas toujours des plus énergiques) et la version française (nettement plus fun et impliquée) assure une bonne stabilité et une restitution tout à fait claire. Dommage pour la version italienne qui aurait peut-être mieux convenue à l’ambiance générale.
Interactivité
En plus d’un livret « making of » concocté par l’habituel Marc Toullec, l’édition de Danger : Diabolik ! propose deux suppléments sur ses disques Bluray et UHD. Un « From Fumetti to Film » provenant d’une ancienne édition DVD US et qui donne la parole à des intervenants comme John Phillip Law, Morricone ou Dino De Laurentiis pour venir délivrer quelques souvenirs de la productions (succincts) et quelques éloges du cinéaste, mais aussi de façon plus étonnante au dessinateur Steve Bissette, grand fan du film et de la BD qui en analyse l’adaptation et la réalisation avec beaucoup de pertinence. Le second item permet à Gérald Duchaussoy et Romain Vandestischele, estampillés spécialistes de Mario Bava depuis la sortie de leur livre, de donner à leur tour leur avis sur ce film culte, terreau d’expérimentation pour le cinéaste, révélateur d’une nouvelle esthétique émergente, voir même de discuter de ses amorces politiques.
Liste des bonus
Un livret rédigé par Marc Toullec (52 pages), Présentation par Gérald Duchaussoy et Romain Vandestischele (35’), « Danger: Diabolik! From Fumetti to Film » (20’), Bandes-annonces.







