CYBORG

Etats-Unis – 1989
Support : Bluray & DVD
Genre : Science-Fiction
Réalisateur : Albert Pyun
Acteurs : Jean-Claude Van Damme, Deborah Richter, Vincent Klyn, Alex Daniels, Dayle Haddon…
Musique : Kevin Bassinson
Durée : 82 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais & Français DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : ESC Films
Date de sortie : 2 décembre 2020
LE PITCH
Dans un futur ravagé par une nouvelle forme de peste, l’unique espoir d’un remède se trouve entre les mains d’une scientifique transformée en cyborg. Escortée par un mercenaire nommée Gibson, elle fuit la menace de Fender et de son gang de pirates …
Hokuto no JCVD
Même au bord de la faillite, la Cannon n’aura donc jamais cessé d’approvisionner son public en péloches musclées et bien barrées. La preuve avec Cyborg, série B née des cendres de deux blockbusters qui ne virent jamais le jour ou presque (Spider-Man et Les Maîtres de l’univers 2, tous deux confiés à Albert Pyun) et l’un des films les plus « singuliers » de la première partie de carrière de Jean-Claude Van Damme.
Nous sommes en 1988 et le belge Jean-Claude Van Damme a enfin réalisé son rêve : il est une star de cinéma international. Enfin, pas tout à fait. Mais pas loin. Sauvé en post-production par l’acteur lui-même, Bloodsport, épisode fantasmé des exploits tout aussi contestables de l’artiste martial Frank Dux, remporte un succès inattendu (50 millions de dollars au box-office mondial, 25 fois sa mise de départ) et redonne confiance à Menahem Golan et Yoram Globus, les pontes de la Cannon. Après avoir longtemps douté du potentiel du jeune Van Damme, ne lui laissant sa chance qu’en raison de son entêtement et pour s’en débarrasser à moindre frais, le duo cherche désormais à rentabiliser sa nouvelle poule aux œufs d’or. De son côté, bien conscient de leur être redevable, JCVD accepte sans broncher d’être catapulté sur le tournage de Cyborg, remplaçant un Chuck Norris un temps envisagé mais sans doute jamais contacté.
Fan de Bruce Lee depuis son enfance, Van Damme rêve de films consacrés aux arts martiaux, des aventures exotiques et philosophiques. Le voici propulsé dans la peau de Gibson Rickenbacker, passeur (ou « slinger ») et mercenaire défendant la veuve et l’orphelin dans un futur ravagé. Un croisement évident entre Mad Max et Ken le survivant, le personnage se trimballant à la fois un trauma familial et une personnalité de chevalier blanc (il refuse de coucher avec une donzelle peu farouche). Malgré la bizarrerie ambiante, le rythme infernal et la rivalité physique avec l’impressionnant Vincent Klyn, méchant ultra-sadique affublé d’un regard bleu perçant (des lentilles de contact) et d’un physique de titan, JCVD prend la main en casant ses mouvements favoris (un grandécart par ci, un coup de pied sauté retourné par-là), en s’offrant un grand moment de masochisme christique avec une crucifixion spectaculaire et en assumant avec aplomb le ridicule d’un flash-back où il se retrouve affublé d’une perruque que notre Didier Bourdon national saura parodié avec talent dans le sketch génial des « Miséroïdes (!) ». L’histoire ayant tendance à se répéter, la star sera même rappelée par Golan et Globus pour reprendre à zéro le montage de Cyborg et sauver le film d’un naufrage assuré. Well done, Jean-Claude !
Les liaisons vachement dangereuses
Nous sommes en 1988 et l’hawaïen Albert Pyun a enfin réalisé son rêve : il est un cinéaste reconnu. Enfin, pas tout à fait. Il ne le sera jamais vraiment. Formé au Japon par Takao Saito et Toshiro Mifune (soit le directeur photo et la star des films d’Akira Kurosawa) puis revenu sur son île d’Hawaï pour tourner et monter des spots publicitaires, le scénariste et réalisateur touche le jackpot dès son premier long-métrage, L’épée sauvage, en 1982, de l’héroic fantasy low cost mais néanmoins efficace où l’on peut croiser Simon MacCorkindale et Richard Lynch. Bosseur infatigable, Pyun écrit, tourne et monte pour des sommes ridicules et en un temps record. De quoi attirer la Cannon, toujours à la recherche d’artisans capables et peu coûteux. Down Twisted et Alien from L.A. ayant rapporté de l’argent, Pyun est prêt à passer dans la cour des grands avec Spider-Man et Les Maîtres de l’univers 2, deux énormes projets shootés en simultanés en Caroline du Nord pour un budget global de 25 millions de dollars. Mais les créanciers de la Cannon tirent la sonnette d’alarme et les deux films tombent à l’eau après une préproduction coûteuse. Pas grave, dans l’avion qui le ramène à Los Angeles, Albert Pyun imagine déjà le film qui pourra recycler les décors et les costumes déjà produits.
Pour Cyborg, Pyun aimerait raconter l’histoire d’un Chuck Norris ancien soldat de la garde nationale traversant une Amérique postapocalyptique pour retrouver sa famille. Mais la Cannon lui colle Van Damme entre les pattes et l’accent frenchy de l’acteur le pousse à réinventer son film en opéra hard rock muet en noir et blanc qu’il baptise Slinger et où tous les personnages se retrouvent affublés de noms d’instruments. Pour un peu moins de 500 000 dollars, Albert Pyun boucle le film en moins de trois semaines. Les premières projections tests sont catastrophiques et le film est entièrement remonté dans le dos du réalisateur. Qui ne pipe mot et récolte avec humilité les lauriers d’un petit succès d’estime.
Violent, joliment filmé et baignant dans une ambiance poisseuse renforcée par de rares effets spéciaux artisanaux aussi étranges qu’efficaces (stop motion forever!) et le score électronique cheap mais entêtant de Kevin Bassinson, Cyborg plonge sans retenue dans la bisserie la plus totale, ne débande jamais et parvient même à s’affranchir des (grosses) faiblesses de jeu d’un casting certes charismatique mais aussi souvent aux fraises. Culte et pas qu’un peu, le film mérite sa place au panthéon des post-apo qui tâchent et demeurent le témoin d’une époque révolue. Well done, Albert !
Image
Quelques plans abîmés demeurent, notamment lors des intérieurs vaporeux du bateau qui trimballe le gang de Fender vers Atlanta. Trois fois rien comparé à un master globalement superbe qui fait oublier le mauvais souvenir du dvd MGM/FPE sorti vingt ans auparavant. La restauration profite aux couleurs et des détails jadis invisibles fourmillent comme ces nombreux cadavres mutilés que les méchants laissent dans leur sillage. Même les plans truqués ont fait l’objet d’un soin tout à fait particulier avec une compression solide qui ne vend pas trop la mèche d’une différence de résolution et harmonise le tout.
Son
Version française et version originale sont à égalité dans des mixages où la musique et les effets prennent souvent le pas sur les dialogues. Pour les nostalgiques des films de castagne des 80’s, les coups et les cris résonnent avec une puissance retrouvée. Une vraie seconde jeunesse.
Interactivité
Annoncé il y a plus d’un an par les petits nouveaux de Lionheart Editions, le collector de Cyborg a bien failli ne pas voir le jour, la faute à des préventes un peu décevantes et à la crise sanitaire. Volant au secours du titre en péril, ESC s’est associé à Lionheart, en modifiant quelque peu la teneur. Le steelbook illustré par Laurent Melki s’est donc transformé en boîtier VHS vintage calqué sur celui consacré à Double Impact et agrémenté de moult goodies dont un poster du plus bel effet, un magnet, quelques photos d’exploitation et surtout le comics Cyborg, petite rareté tout à fait délicieuse. Voilà pour le contenant. Mais qu’en est t-il du contenu ? Si l’absence de JCVD est un peu regrettable, l’interactivité ne manque pas de poids. La présence du « director’s cut » titré Slinger et visible dans une copie en VOST à la qualité VHS plutôt correct est à saluer et permet de se rendre compte de l’évolution du film entre le montage remis par Pyun à la Cannon et celui revu et corrigé par Van Damme pour la sortie au cinéma. À voir en priorité, donc. Fatigué par sa sclérose en plaque, Albert Pyun se fend d’une petite vidéo pour présenter son film et revient un peu plus longuement dans un excellent making-of rétrospectif de près d’une demi-heure où tout le monde s’avoue surpris de la longévité d’une œuvre tournée à la va-vite pour combler un trou dans les comptes du studio. Albert Pyun toujours avec un sujet consacré à sa carrière et présenté par un fan qui ne manque ni d’arguments, ni de sincérité. Voilà qui donne envie de se refaire des pépites telles que Mean Guns ou Nemesis. Un sujet sur les effets spéciaux et sur le film en lui-même complètent ce tour d’horizon. Mais ce n’est pas tout et Lionheart développe des bonus en parallèle avec une belle interview de l’affichiste Laurent Melki et un court-métrage français anecdotique mais bienvenu, Point Zéro, de la baston post-apocalyptique mise en scène par Arthur Cauras (avec la petite intro qui va bien). Copieux, juteux et parfaitement cohérent.
Liste des bonus
Introduction du film par le réalisateur Albert Pyun (4’), « SLINGER » (copie de travail du director’s cut, 83’), « Un futur ravagé » : le making-of de Cyborg (28’), « Run & Gun » : le cinéma d’Albert Pyun (30’), Une fantaisie dérisoire : les effets spéciaux de Cyborg (12’), Melki revient sur son visuel de l’édition collector (8’), Point Zéro, court-métrage d’Arthur Cauras (18’), précédé d’une introduction du réalisateur (5’), Cyborg par Nicolas Bressier (20’), Bandes annonces JCVD.







