CRASH

Canada –1996
Support : UHD 4K, Bluray & Livre
Genre : Drame
Réalisateur : David Cronenberg
Acteurs : James Spader, Holly Hunter, Elias Koteas, Deborah Kara Unger, Rosanna Arquette…
Musique : Howard Shore
Durée : 100 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et 2,0 et français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : Carlotta Films
Date de sortie : 21 octobre 2020
LE PITCH
James et Catherine Ballard mènent une vie sexuelle très débridée. Suite à une grave collision avec le docteur Helen Remington ayant entraîné la mort de son mari, James se lance dans l’exploration des rapports étranges qui lient danger, sexe et mort. Grâce à leur rencontre avec Vaughan, un étrange photographe fasciné par les accidents de la route, le couple Ballard va finir par trouver un chemin nouveau mais tortueux pour exprimer leur amour…
Sex of the Future
Désormais adulé par la critique suite à son revirement polar et une amorce lente vers un cinéma de plus en plus épuré, Cronenberg autrefois avide de gore et de transformations physiques cauchemardesques, entamait le plus gros tournant de sa carrière avec Crash, œuvre sexuée et bien membrée.
Cronenberg est ce que l’on pourrait appeler un cinéaste obsessionnel. De ses premières œuvres (Frisson et Rage) jusqu’à ses essais plus récents (le magnifique diptyque History of violence et Les Promesses de l’ombre, mais aussi les expérimentaux Cosmopolis et Map of the Stars) le canadiens n’a de cesse de questionner le futur de l’homme, ses relations ambivalentes avec la technologie et de trifouiller allégrement dans la mécanique interne de notre machine. Inévitablement son chemin devait croiser celui du romancier J.G. Ballard (L’Empire du soleil, Millenium People) confrontant dans Crash quelques humains dépareillés à leur fascination pour la carrosserie de leurs automobiles. Un livre d’anticipation en 73, mais devenu réalité 23 ans plus tard comme le démontre de façon plus que troublante le réalisateur de La Mouche, transformant des autoroutes omniprésentes en galeries infinies sur lesquels rampent une colonie d’insectes géants et métalliques, totalement invasifs. Produit dans le giron hollywoodien, Crash, le film, est encore et toujours une source de fascination constante. Réduisant le scénario – entendez par là les dialogues et toute forme de péripétie – à son plus simple appareil, le film est surtout l’illustration, presque clinique, des dérives sexuelles d’un couples libre et avide d’expérimentations après l’accident automobile de l’un deux. Ils rencontrent alors une communauté de personnes partageant le fantasme du sexe lié au métal brillant des bagnoles. La mise en danger constante, la fusion psychologique avec la tôle, la scarification inconsciemment volontaire…
De sacrés pare-chocs
Crash est certes un film cul dans sa volonté de présenter sans pudibonderie les relations physiques entres les personnages, mais c’est surtout la révélation de la réalité d’un Homme masochiste esclave de sa technologie. Un retournement intelligent de l’imagerie de la réussite américaine, passant forcément par sa grosse voiture clinquante et puissante, et de la mythologie hollywoodienne (voir la reconstitution de l’accident de James Dean) où explose à chaque photogramme des acteurs d’une sensualité inattendue. Qui aurait pensé que Holly Hunter pouvait autant titiller le bas ventre ? Mais au-delà de l’érotisme intellectuel froid voir glauque dont on peut avoir l’habitude sur ce type de projet, Crash est aussi une étrange ode à la découverte de l’autre, sans tabou, permettant ici à un couple froid et (trop ?) cérébral de se retrouver et de partager à nouveau sueurs et tremblements dans un plan final somptueux où une voiture accidentée fait office de matrice originelle. Sans jugement, sans position morale, La caméra de Cronenberg accompagne cette quête désespérée et impossible, troublant ainsi constamment le rapport entre le métal et la peau, la caresse et l’impact, l’orgasme et la destruction.
Un film immédiat, magnifique et unique qui a largement mérité son prix du jury à Cannes et toute la polémique qui s’en suivi.
Image
Avec quelques petites semaines d’avance, c’est bel et bien Carlotta qui ouvre le bal pour la diffusion Home Video de la nouvelle copie 4K de Crash. Une restauration confectionnée sous la supervision de David Cronenberg et du directeur photo Peter Suschitzky et qui pourrait bien se hisser au top de ce que l’on connaît sur le support UHD jusqu’à maintenant. L’image est bien entendu d’une propreté absolue et d’une netteté renversante, mais préserve à chaque instant la matière pellicule 35mm disposant un grain harmonieux et naturel, et surtout de très attendus reflets argentiques. C’est d’autant plus splendide que l’HDR10 permet enfin de se détacher de l’uniformisation des teintes que l’on connaissait sur les précédentes sorties. Certes le métallique, les gris et les noirs occupent la majorité de l’espace, mais désormais des touches de couleurs chaudes affleurent sur les visages et dans les reflets de lumières sur le métal. Splendide. Et au passage voilà qui valide totalement la superbe visuel inédit dessiné par Sam Gilbey dont le rejet par de nombreux internautes a poussé l’éditeur à compléter par une face B reprenant l’affiche classique.
Son
Doté d’une ambiance sonore presque aussi obsédante que les images, Crash est proposé en anglais soit en DTS HD Master Audio 2.0 soit en 5.1. Même si la première est une réussite de précision et réussit à inscrire une dynamique délicate, c’est la seconde piste qui est à privilégier tant elle apporte une fluidité inédite, presque une sensation de liquide froid qui occupe l’espace. Les atmosphères sont parfaitement installées, mais c’est une fois encore véritablement la musique d’Howard Shore qui s’y développe le mieux, non sans une certaine pointe de sadisme.
Interactivité
Dix-septième volume des Ultra Collector de Carlotta, Crash vient rappeler la rigueur éditoriale de l’éditeur et son investissement considérable dans cette collection cinéphilique en diable. Comme toujours donc le fourreau grand format contient un livre imposant (ici 160 pages) mélangeant pour l’occasion deux interviews de David Cronenberg (une datant de la sortie du film, passionnante, l’autre de 2020, plus anecdotiques), une autre de J.G. Ballard et une série d’essais plus ou moins analytiques par Olivier Père et quelques autres. Comme toujours avec les écrits sur l’œuvre de Cronenberg (ça marche aussi avec Lynch) on est toujours partagé entre l’attrait du décodage et la circonspection devant certaines sorties.
L’édition propose aussi bien entendu son lot de suppléments vidéo. Et pas qu’un peu puisqu’on dépasse allègrement les trois heures de visionnages. On y retrouve les interviews, promo d’origine, tout comme une featurette de 1996, mais aussi des entretiens inédits en commun avec l’édition anglo-saxonne. Peter Suschitzky (directeur photo), Jeremy Thomas (producteur), Howard Shore (compositeur) et Deirdre Bowen (directrice du casting) partagent leur temps de parole entre évocation générale de leur carrière, souvenirs de la production et collaborations, toujours amicales, avec le cinéaste. Ce dernier est bien entendu lui aussi présent via une présentation de Crash au TIFFF, accompagné de son nouvel acteur fétiche Viggo Mortensen. C’est ce dernier qui a d’ailleurs choisi Crash et invité le cinéaste à cette présentation public. Le ton y est donc particulièrement détendu, plein d’humour et de connivence mais délivre de très belle vérité sur le cinéma de Cronenberg et en particulier sa relation avec les acteurs.
Voulant manifestement s’imposer comme une édition de référence, en plus de fournir le film sur support UHD, Bluray et DVD, Carlotta nous glisse en guise de conclusion trois courts métrage du bonhomme. Un poétique Caméra sur la relation d’un vieil acteur avec cet objet immortalisant, un ironique et apocalyptique Le Suicide du dernier juif sur Terre dans le dernier cinéma sur Terre et Le Nid, discussion dérangeante entre un chirurgien et une patiente persuadée que son sein est habité par des insectes. Cronenberg…
Liste des bonus
Le livre inédit « Réalisme des sens : Crash de David Cronenberg » avec 20 photos d’archives, entretiens de D. Cronenberg et J.G. Ballard, essai d’Olivier Père (160 pages), « TIFF Talks » : rencontre avec Viggo Mortensen et David Cronenberg (exclusivité Blu-ray, HD, 52’), « Le Défi Cronenberg : entretien avec Peter Souchinski (HD, 20’), « Animaux mécaniques » : entretien avec Jeremy Thomas (HD, 17’), « Howard Shore donne le La » : entretien avec le compositeur (HD, 23’), « Sur les chapeaux de roue » : entretien avec Deirdre Bowen, directrice casting (exclusivité Blu-ray, HD, 27’), Entretiens (archives promotionnelles) : David Cronenberg (6’), J.G. Ballard (3’), James Spader (5’), Holly Hunter (3’), Deborah Kara Unger (5’), Elias Koteas (3’), Coulisses du tournage ( 11’), Courts métrages de David Cronenberg : « Le Nid » (« The Nest », 2013, 10’), « Caméra » (« Camera », 2000, 7’), « Le Suicide du dernier juif sur Terre dans le dernier cinéma sur Terre » (« At the Suicide of the Last Jew in the World in the Last Cinema in the World », 2007, 4’), Bandes-annonces.







