COUP DE CŒUR

One From The Heart – Etats-Unis – 1982
Support : 4K UHD & Bluray
Genre : Comédie musicale
Réalisateur : Francis Ford Coppola
Acteurs : Teri Garr, Frederic Forrest, Raul Julia, Nastassja Kinski, Harry Dean Stanton, Lainie Kazan…
Musique : Teddy Edwards, Tom Waits & Crystal Gayle
Durée : 93 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 & 2.0, Français DTS-HD Master Audio 5.1 (version cinéma)
Sous-titres : Français
Editeur : Pathé
Date de sortie : 10 décembre 2025
LE PITCH
Un 4 juillet, fête du Jour de l’Indépendance aux États-Unis. Hank et Franny résident à Las Vegas. Un peu usés par une vie de couple, faite de routine et de banalité, ils se disputent et finissent par se séparer, le jour de l’anniversaire de leurs cinq ans. Ils partent ainsi chacun de leur côté. Hank et Franny se retrouveront au bout de la nuit, après avoir fait chacun une rencontre…
La-La Land
Dépassements de budget, conflits avec les distributeurs, critiques maussades et désastre au box-office, … Coup de cœur fit vaciller la carrière et les finances de Francis Ford Coppola, un coup dur dont il mit près d’une décennie à se remettre. Devenue culte au fil des ans, cette comédie musicale pas comme les autres restera sûrement comme l’un des plus beaux coups de poker artistique du réalisateur du Parrain. Outre le montage cinéma d’origine, Pathé nous propose également la version dite « Reprise », un cut flambant neuf achevé en 2024. Vous n’avez pas fini de danser !
Apocalypse Now … et après ? Son voyage au cœur des ténèbres (et de la folie) achevé, Francis Ford Coppola s’accorde un peu de temps pour penser à la suite. Toujours en quête de développement pour American Zoetrope, sa société de production, il pioche dans les bénéfices de son odyssée guerrière pour se payer un immense studio à Los Angeles. Il y déménage ses bureaux de San Francisco et envisage d’y tourner son prochain film, une comédie romantique pense t-il. Coppola oblige, rien, bien évidemment, ne se passe comme prévu.
La petite comédie romantique imaginée avec le scénariste Armyan Bernstein devient une ambitieuse comédie musicale que le cinéaste espère tourner « en direct », avec des chorégraphies et des changements de décors complexes réalisés en temps réel, face caméra. Refroidi par les réserves de Vittorio Storaro, son directeur de la photographie qui doute de la faisabilité de la chose, Coppola change en partie de méthode et mise alors sur une reconstitution en studio bigger than life de Las Vegas, son strip, ses rues animées, ses alentours désertiques, et même un aéroport ! Et pendant que ces décors d’une ampleur inédite dévore le budget, le cinéaste innove avec le montage vidéo, exige des jeux de lumières, de miroirs et de tissus extrêmement précis pour faire co-exister deux scènes en simultané, sans coupes, s’arrache les cheveux avec Gene Kelly pour mettre au point les numéros de danse qui constitue le clou du film et multiplie les prises longues qui offre aux acteurs le loisir d’improviser. Sauf que … en coulisses, Coppola s’agace des hésitations de Paramount, son partenaire pour la distribution du film. Après une poignée de projections tests catastrophiques et une avant-première à New York, organisée en loucedé par le cinéaste, Paramount retire ses billes du naufrage annoncé. Coppola parvient à se faire distribuer par Columbia Pictures mais le mal est fait : Coup de Cœur récolte 600 000 dollars contre un budget final de 26 millions, bien loin des 2 millions de départ. La critique, assassine, n’aide pas. Pour le réalisateur, lauréat de deux Palmes d’Or et d’une brouette d’Oscars, la chute est rude et les dettes sont terrifiantes.
Bohemian Rhapsody
Avec le recul, le seul véritable pêché de Coppola est sans doute d’avoir cru possible que le spectacle proposé (et il est de taille!) suffirait à maintenir l’intérêt du public pour une histoire reposant au bout du compte sur une simple dispute au sein d’un couple dont la banalité est clairement affichée. Habitués aux seconds rôles, Frederic Forrest et Teri Garr passent ici au premier plan, avec la lourde charge de tenir le film sur leurs frêles épaules. Le réalisme, la crédibilité, de ce couple semblable à des milliers d’autres est bien évidemment à mettre au crédit d’une interprétation de haute volée. Hank et Frannie n’ont donc rien d’un couple « de cinéma » au sens où on l’entend. Pas de glamour, peu de charisme et une alchimie fragile, presque éteinte. La note d’intention de Coppola – confronter le réel le plus élémentaire aux néons, à la magie et à la poésie de la comédie musicale – est courageuse mais se heurte aux attentes du public, plus désireux de s’affranchir des galères du quotidien que de les intégrer à part égale à la fiction et au rêve. De fait, la nostalgie, l’amertume et la sincérité absolue du film exigent une mise au point : Coup de Cœur n’est pas une échappatoire ou une grosse sucrerie mais juste un baume pour vos peines de cœur et la promesse d’une seconde chance, peut-être. Le voyage sans cesse annulé vers Bora-Bora et les superbes mélopées portées par la voix cassée de Tom Waits sont autant de rappels que le réel, et la fatigue qu’il suggère, nous collent bel et bien aux semelles, nous rattrapant sans cesse.
Pour toutes celles et tous ceux qui se laisseront séduire, en revanche, cette virée nocturne est à inscrire parmi les plus belles jamais gravées sur pellicule. Au sommet de son art (il faudra attendre Megalopolis pour égaler ce niveau d’audace), Francis Ford Coppola transforme le métrage tout entier en incroyable tour de force narratif et visuel, croisant Fellini, Gershwin et Tennessee Williams dans une valse de couleurs, de sentiments et d’impromptus. Coppola est de ces cinéastes capables de déplacer des montagnes et d’inventer un tout nouveau langage pour raconter l’histoire la plus simple qui soit.
Nous nous sommes tant aimés
Décrivant le film comme un « work in progress », Coppola n’a eu de cesse de retoucher Coup de Cœur au fil des ans. Après une première restauration en 2003 qui ramène la durée originale de 107 à 99 minutes pour un résultat sensiblement identique, le cinéaste revoit encore sa copie en 2023 avec un nouveau montage qu’il baptise « Reprise » (après Redux, pour Apocalypse Now, et Coda, pour Le Parrain III, on appréciera l’originalité). « Reprise » resserre encore les vis avec une première partie plus courte qui évacue la première dispute de Hank et Frannie et qui déplace plus en amont la première rencontre entre cette dernière et Ray (Raoul Julia). Sans bouleverser outre mesure le propos du film, ce nouveau montage rééquilibre le récit et renforce la symétrie de sa construction. On y gagne en fluidité et en rythme mais les allées et venues des personnages secondaires, les meilleurs amis et les aventures d’un soir y perdent un peu en magie et en naturel. Tout est question de sensibilité et la disponibilité du montage de 1982 nous laisse au moins le choix.
Virtuose mais mal-aimé, exigeant malgré l’évidence d’un cœur gros comme ça, Coup de Cœur a su laissé son empreinte dans le paysage du 7ème Art, inspirant de nombreux cinéastes. Baz Luhrmann est sans nul doute le premier d’entre eux, Ballroom Dancing, Romeo + Juliette et Moulin Rouge ne cachant pas leur dette vis-à-vis du film de Coppola. Tout comme le La-La Land de Damien Chazelle, d’ailleurs, encore moins subtil dans ses emprunts. Plus discrètes, les sœurs Wachowski reprennent à leur compte certaines des astuces narratives de Coup de Cœur pour l’incompris Speed Racer et les développent dans une esthétique forcément proche de l’animation japonaise. Enfin, il n’est pas interdit de considérer le Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick comme une variation sur la même histoire, avec les mêmes mécanismes à l’œuvre (symétrie à tous les étages). Tentez la comparaison, et vous verrez bien !
Image
Un régal. Le nouveau transfert proposé ici supplante aisément l’édition de 2013, très satisfaisante mais pas forcément exempte de défauts, et on se rappelle notamment des fourmillements semblables à des tâches noires. 4K oblige, on y gagne sur la définition et sur le respect de la texture argentique. Le grain peut sensiblement varier d’une scène à l’autre et la colorimétrie apparaît un peu plus froide qu’auparavant (la différence est bien visible en passant au bluray inclus dans cette édition) mais ce nouveau master épouse au plus près les ambitions chromatiques souhaitées par le réalisateur. Compression au top, avec une profondeur de champ parfois saisissante (les scènes de rue, le numéro de funambule de Nastassja Kinski).
Son
Pas de version française pour le montage « Reprise » mais celle-ci est toujours disponible sur le montage d’origine. Quoi qu’il en soit, le doublage d’époque, même nettoyé et remasterisé, ne peut pas rivaliser avec la version originale. Laquelle se décline sur deux propositions assez différentes. D’un côté, le 5.1 et sa profondeur de champ acoustique et qui donne plus de relief à l’expérience tout en la diluant quelque peu. La stéréo PCM n’a pas la même richesse mais son énergie convient davantage à la bande-son. Ne choisissez pas, regardez le film deux fois d’affilée.
Interactivité
Rassemblée sur un disque dédié, l’interactivité est conséquente. Tous les aspects de la production du film sont abordés, sans langue de bois et avec une quantité estomaquante d’archives d’époques en renfort. La direction artistique, le tournage, la chorégraphie des scènes de danse (où l’on peut voir un Gene Kelly pointilleux et énergique à l’œuvre), la composition de la musique par Tom Waits, la direction d’acteurs et les répétitions, l’emploi de la prévisualisation et du montage vidéo (ce que Coppola surnomme le « cinéma électronique »), la technologie du Motion Control qui a permis la réalisation du générique d’ouverture, rien ne manque et une bonne portion de ces modules sont regroupés et réarrangés dans un making-of qui évite heureusement la redite. La création et la chute d’American Zoetrope Studios sont aussi largement retracés dans un documentaire narré par l’actrice Teri Garr ainsi que dans des courts modules qui reprennent une présentation du film inachevé aux exploitants, une conférence de presse tendue et les commentaires parfaitement lucides d’une Sofia Coppola âgée de seulement dix ans et filmée sur le plateau. On retrouve aussi une bonne louche de scènes coupées (ou plutôt, alternatives) qui nous informent essentiellement sur le processus de montage du film. Sont également visibles des scènes à l’état brut, réalisées à partir des répétitions filmées, un comparatif entre la restauration de 2003 et celle de 2023, des bande-annonces, un clip musical et, cerise sur le gâteau, un long entretien avec Baz Lhurmann qui revient sur l’influence du film et la place très spéciale qu’il occupe au cœur de sa cinéphilie. Déjà visible ailleurs (par exemple, sur la réédition de Conversation Secrète), la rencontre entre Francis Ford Coppola et les étudiants de la FEMIS pointe à nouveau le bout de son nez, sans ajouter grand chose au schmilblick. Seul regret, la disparition du commentaire audio de l’édition 2013.
Liste des bonus
Version cinéma (103’), Francis Ford Coppola présente le film aux exploitants (1’), « Le Studio de rêve » (29’), « Quand la vidéo rencontre le cinéma » (9’), « Le Motion Control » par Robert Swarthe (3’), Tom Waits et la musique du film (13’), Conférence de presse (7’), « Le chef-d’oeuvre de Francis Ford Coppola tel que vous ne l’avez jamais vu » : bande-annonce de la restauration de 2003, Making of (23’), Bande-annonce (1’), Francis Ford Coppola rencontre les étudiants de la Fémis (31’), Clip « This One’s from the Heart » réalisé par Gian-Carlo Coppola (4’), Répétitions sur le plateau (8’), Scènes inédites (34’), L’esthétique de « Coup de Coeur » (17’), Le casting de « Coup de Coeur » (21’), La chorégraphie de « Coup de coeur » (24’), « Réinventer la comédie musicale » : Baz Luhrmann parle de Coup de Coeur » (25’), La restauration de « Coup de Coeur : Reprise » (3’).







