COLD MEAT

Royaume-Uni, Canada, Etats-Unis – 2023
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Sébastien Drouin
Acteurs : Allen Leech, Nina Bergman, Yan Tual, Einar Haradlsson, Sydney Hendricks…
Musique : Cyril Morin
Durée : 89 minutes
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais Dolby Atmos et DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : Spectrum Films
Date de sortie : 22 octobre 2025
LE PITCH
Quelque part dans les Rocheuses américaines, au plus froid de l’hiver. Alors qu’il s’est arrêté dans un Diner, David prend la défense de Ana, la serveuse du restaurant, face à la violence de Vince, son ex-mari. Ayant repris la route, David se rend compte que Vince l’a pris en chasse. Pour lui échapper, il s’engage sur une route de montagne enneigée et se retrouve piégé par une terrible tempête de neige. Isolé de tout, David comprend qu’il va devoir survivre dans sa voiture. Mais il réalise vite que le froid n’est pas l’unique problème qu’il va devoir affronter…
Envers et contre tout
L’éditeur Spectrum, réputé et spécialisé dans le cinéma asiatique aime au gré de ses envies sortir de ses sentiers balisés. Un premier film en langue anglaise pour un metteur en scène français tourné au Canada. Cold Meat est une véritable aventure pour son auteur qui mérite à plus d’un titre le détour.
Petite fierté nationale, la Buf compagnie a rapidement su créer sa place dans le milieu select de compagnies d’effets spéciaux. Entre productions françaises et internationales, son CV donne le tournis et le nombre de metteurs en scène avec lesquels ils ont collaboré est tout simplement impressionnant. C’est chez eux que Sébastien Drouin fait ses armes en qualité de superviseur des effets spéciaux. Habile dans son domaine, le désir de se frotter à son propre film est tentant. La route pour accéder à son premier long métrage sera longue et semée d’embûches. S’il touche de la caméra aux côtés de l’auteur des Fourmis, Bernard Werber pour La Reine de Nacre, vingt longues années le séparent encore de son long, Cold Meat. Pourtant, son court métrage Pièces détachées financé grâce à sa prime obtenue sur le film Alexandre d’Oliver Stone avait tout de la carte de visite idéale. Des effets soignés, un rythme concis et de belles idées de mise en scène. Mais rien n’est gagné en ce monde. Écrit dès 2015 pour être au départ un film de tension sans paroles, le film est directement acheté par une boîte anglaise. Ce qui s’annonce comme de bon augure mettra cinq années à trouver le financement. Se dire, qu’à partir de là tout est sous contrôle est un doux euphémisme. Pour son premier film Sébastien Drouin va vivre son Lost in la Mancha.
À la débrouille
La ténacité, ou la résilience, c’est selon, auront raison de Cold Meat. Motivé comme jamais, Drouin ne s’attendait pas à de telles restrictions budgétaires. Entre la préparation et le clap de fin, un petit mois s’est écoulé avec seulement 13 jours de tournage pour boucler toutes les prises de vues. Lui qui a fantasmé son film des années durant n’a pas vraiment le temps d’apprécier l’expérience. Bien au contraire. Arrivé sur place, il s’aperçoit qu’il n’a pas les bonnes caméras, de plus son film est privé de canons à neige et de ventilateurs géants. Compliqué pour une histoire se passant en pleine tempête. Il espère en contrepartie pouvoir s’appuyer sur une équipe technique rodée pour ce tournage dans le grand froid de Vancouver. Sauf que ceux-ci découvrent pour la plupart les joies d’un long-métrage. Ils sont envoyés sur place grâce à un programme canadien censé leur faire apprendre les rudiments du métier. En mode warrior, et face aux imprévus, l’équipe et les acteurs vont se souder pour répondre aux impondérables. Allen Leech, connu pour être le gentil Tom Branson dans Downton Abbey est la tête d’affiche du film. À contre-emploi, il surprend dans la direction que prend son personnage. Pour ne pas spoiler l’intrigue, on notera juste sa facilité à s’appuyer sur plusieurs registres. Il joue un duel en forme de huis clos avec la méconnue Nina Bergman. Si l’action dramatique tient sur leurs performances, il faut compter sur le réalisateur pour maintenir la tension et aller là où on ne s’attend pas. Il nous fait ressentir le froid comme rarement et ponctue son film d’idées intéressantes dans sa narration (l’ouverture dans le Dinner, le flash-back avec l’auto-stoppeuse, l’utilité du siège-auto…). On le suit, à l’instar de ses acteurs qui ont dû lui faire confiance dans cette débâcle.
Malheureusement pour lui, la post-production vire également au cauchemar. Les caisses sont vides. Pour mener à bien son projet, Sébastien Drouin s’enferme 17 mois durant, seul face au burn-out qui le menace pour effectuer son étalonnage et réaliser les effets spéciaux du film. Impossible d’imaginer à la vision de Cold meat que 430 plans sont truqués, représentant un tiers du film. Il densifie le vent ainsi que la neige rendant la tempête plus dense scène après scène. Tel un rat de laboratoire, il teste et enrichit son film d’effets. Il peut compter heureusement sur les copains qui arrivent bénévolement à la rescousse pour fignoler le sound design et élaborer la musique. Un travail d’artisan à l’état pur.
Cold meat est plus qu’un film, c’est un combat. Acheté sur les plateformes du monde (presque) entier, la France lui résiste encore. Tant d’efforts exigent le visionnage. Si les salles le boudent, Spectrum vous l’offre sur un plateau aux formes de 4K. Justice est presque rendue. Sébastien Drouin, si tu nous lis, chapeau bas.
Image
Rien ne laisse présager les difficultés de production à la vue de la copie. Le master 4k arrive à nous faire ressentir le froid, toutes les nuances de blanc sont utilisées pour nous mettre en condition. Le rendu souvent difficile de la neige, brouillard et intempéries ont une définition des plus pointues. Les effets spéciaux sont imperceptibles. Du très bon travail pour découvrir ce film.
Son
Deux pistes aux spécialisations travaillées. Bien entendu l’Atmos remporte le duel haut la main. Le spectateur vit la tempête dans son salon. Le vent souffle sur tous les canaux, nous enveloppe, nous fait grelotter. Même lorsque nous sommes dans l’intérieur du véhicule, la menace extérieure reste présente à nos oreilles. Preuve qu’il ne faut pas nécessairement un gros budget pour faire le job.
Interactivité
L’interview de Sébastien Drouin est un film à lui tout seul ! Entre catastrophe et désappointement, le pauvre ne doit qu’à sa ténacité la réussite de son film. Il ne cache rien, l’interview peut être prise comme une thérapie. On compatit avec lui. Après avoir entendu tout son récit, on a envie de se replonger dans son film pour lui faire honneur. Son court métrage de 2006, Pièces détachées est également disponible en bonus. Véritable carte de visite pour la profession, il démontre toutes les qualités graphiques de son réalisateur. Un court module sur les effets spéciaux est aussi présent. Extrêmement intéressant pour voir tous les détails imperceptibles apportés au film. Que des bonus indispensables et extrêmement complémentaires.
Liste des bonus
Interview de Sébastien Drouin (36’), Court métrage (25’),Module sur les effets spéciaux (4’), Bande-annonce (2’).







