CLUEDO

Clue – États-Unis – 1985
Support : 4K UHD & Bluray
Genre : Comédie
Réalisateur : Jonathan Lynn
Acteurs : Eileen Brennan, Tim Curry, Madeline Kahn, Christopher Lloyd, Michael McKean, Martin Mull…
Musique : John Morris
Durée : 94 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais Mono DTS-HD, Français Mono, Italien Mono
Sous-titres : Français, Anglais, Italien, Espagnol…
Éditeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 22 octobre 2025
LE PITCH
1954, un soir d’orage en Nouvelle-Angleterre, six étrangers sont invités à une réception dans un manoir isolé. Contraints d’utiliser des pseudonymes, ils découvrent qu’ils sont le jouet d’un maître chanteur. La mort d’un des convives va semer la panique…
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Adaptation du célèbre jeu de plateau, Cluedo oscille avec une certaine frénésie entre le mystère policier, la comédie noire, le vaudeville, la farce et la série B façon William Castle. Malgré cette impression parfois un peu exaspérante de naviguer à vue, le film de Jonathan Lynn parvient à capitaliser sur sa direction artistique impeccable et un casting en très grande forme (à tous points de vue).
Étrangement, l’idée de transformer un jeu de plateau en long-métrage pour le grand écran – en l’occurrence le jeu Cluedo, inventé en 1943 par les Anglais Anthony Ernest et Elva Pratt – n’émane pas d’un exécutif de studio zélé ou d’un consultant en marketing en panne d’inspiration mais d’une productrice qui fut à la fois la compagne, la co-scénariste et la complice de John Carpenter, la regrettée Debra Hill. Après s’être procuré les droits auprès des fabricants Parker Brothers, Hill imagine confier l’adaptation à la romancière P.D. James. Pas une mauvaise idée en soi puisque l’écrivaine britannique, spécialiste du roman policier, a bien souvent marché dans les pas d’Agatha Christie, LA source d’inspiration centrale du jeu imaginé par les époux Pratt. Une façon comme une autre de boucler la boucle.
Mais c’est en fin de compte le trublion John Landis qui pose les premières pierres de ce que sera le produit fini, suggérant notamment le principe de fins multiples et un ton humoristique affirmé. Un temps pressenti pour la réalisation, Landis finit par lâcher l’affaire sans que l’on sache trop pourquoi. C’est encore un Anglais, Jonathan Lynn, actif à la télévision depuis la fin des années 60, qui sauve le projet. Lynn achève le scénario seul et hérite de la mise en scène. Sorti à la mi-décembre de l’année 1985, Cluedo échoue cependant à rembourser son budget malgré l’idée pour le moins originale de proposer au public plusieurs résolutions de l’intrigue, afin de les inciter à revenir voir le film plusieurs fois. En réalité, une fausse bonne idée, mais qui n’empêchera pas Cluedo de susciter un culte tardif, avec une adaptation pour le théâtre, des projections festives et – inévitablement – la rumeur d’un remake.
Tient-on une piste ?
Esclave des bases posées par John Landis, Jonathan Lynn imite sciemment le style du réalisateur des Blues Brothers et du Loup Garou de Londres en multipliant les ruptures de tons et en s’essayant courageusement au mélange des genres. Il ne possède malheureusement pas la même science du dosage et Cluedo semble moins porté sur des ambitions iconoclastes que franchement désireux de plaire au plus grand nombre. En dehors de l’homosexualité affichée (mais inattendue) d’un personnage et de la soubrette française à forte poitrine campée (!) par une Colleen Camp qui joue comme dans un porno des 70’s, Lynn ne prend pas de risques et zappe d’un genre à l’autre au gré des humeurs. Cluedo est donc un film bien consciencieux et qui cherche, d’une scène à l’autre, à recréer les différentes ambiances que peuvent convoquer des joueurs de tous âges au cours d’une partie. Ce sentiment d’une écriture se bornant à cocher des cases tout en jetant en pâture aux spectateurs une avalanche d’indices suffisamment convaincants pour valider toutes les fins possibles s’avère contreproductif et échoue à nous impliquer dans une intrigue qui part littéralement dans tous les sens.
Tout n’est pas perdu pour autant et le film de Jonathan Lynn ne manque pas d’atouts pour peu que l’on souhaite simplement ressortir de la projection avec le sourire. Très impliquée, la distribution de Cluedo s’amuse du début à la fin, transformant les stéréotypes imposés en terrain de jeu comique souvent réjouissant. Convoquant la comédie physique du muet, l’absurde et le non-sens, Christopher Lloyd, Michael McKean et Madeline Kahn composent la dream team d’une galerie de zozos azimutés au sommet de laquelle trône l’excellent Tim Curry, hilarant en majordome dont le stoïcisme se fracture de plus en plus au gré des rebondissements. Et on ne manquera pas non plus de saluer les superbes décors imaginés par le trio Les Gobruegge / Gene Nollmanwas / William B. Majorand, lesquels se sont échinés à concevoir le manoir ultime dans un style typique de la fin du XIXième siècle, avec moults passages secrets et trompe l’œil à l’appui. Un vrai régal pour les fans du jeu et de littérature policière.
Inégal mais divertissant, Cluedo se bonifie avec le temps (et depuis la réunification de ses trois fins au sein d’un même montage) même s’il témoigne, avec quarante ans de recul, des pièges d’écriture qu’implique l’adaptation d’un jeu pour le grand écran. À méditer.
Image
Très clairement le point fort de cette édition qui tombe à pic pour les 40 ans du film. Avec un grain stable et discret, la photographie joliment rétro de Victor J. Kemper (le Pee-Wee de Tim Burton), avec ses teintes sépia et ses élans gothiques, est parfaitement restituée. Les noirs manquent toutefois de profondeur mais là, on pinaille.
Son
Pourtant mieux loties que les doublages divers et variés (dont la version française, plutôt soignée), la version originale peine à s’imposer dans un mono HD propre mais faiblard. Le minimum syndical alors que les ambiances et la musique de John Morris méritaient bien un petit lifting multicanal.
Liste des bonus
Aucun.







