CLOUD ATLAS

Etats-Unis, Allemagne, Hong-Kong, Singapour – 2012
Support : Bluray
Genre : Science-Fiction
Réalisateur : Lilly Wachowski, Lana Wachowski, Tom Tykwer
Acteurs : James D’Arcy, Jim Broadbent, Tom Hanks, Halle Berry, Hugo Weaving, Jim Sturgess, Ben Whishaw, Susan Sarandon, Bae Doona, Keith David, Hugh Grant
Musique : Reinhold Heil, Johnny Klimek, Tom Tykwer
Durée : 172 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 Anglais, Dolby Digital 5.1 français et espagnol
Sous-titres : Français, anglais, espagnol.
Editeur : Warner Bros. Entertainment France
Date de sortie : 28 avril 2021
LE PITCH
À travers une histoire qui se déroule sur cinq siècles dans plusieurs espaces temps, des êtres se croisent et se retrouvent d’une vie à l’autre, naissant et renaissant successivement… Tandis que leurs décisions ont des conséquences sur leur parcours, dans le passé, le présent et l’avenir lointain, un tueur devient un héros et un seul acte de générosité suffit à entraîner des répercussions pendant plusieurs siècles et à provoquer une révolution. Tout, absolument tout, est lié…
Le goût du risque
Après avoir bouleversé à deux reprises le paysage du blockbuster américain avec la trilogie Matrix et Speed Racer – le premier influençant encore, plus de quinze ans après de sa sortie, le cinéma d’action / science-fiction, mais aussi son pendant vidéoludique, tandis que le deuxième reste à ce jour l’un des films les plus fous et les plus virtuoses jamais réalisés – les Wachowski, accompagnés pour l’occasion du remarquable artiste multi-casquettes Tom Tykwer, se lancent dans la réalisation d’une fresque chorale absolument vertigineuse dont la forme et le discours risquent une fois encore de faire date dans l’industrie du cinéma.
Adapter le livre de David Mitchell était un pari risqué, celui de raconter le destin d’une vingtaine de personnages connectés par leurs actes dans différentes civilisations et à différentes époques. Et, le pari était d’autant plus risqué que les réalisateurs visionnaires de Speed Racer (1) ont subi, à la suite de la sortie de la trilogie Matrix, les foudres d’une presse attardée et d’un public insensible à une telle révolution, les taxant de philosophes de comptoir et de cinéaste prétentieux, mais aussi et surtout l’échec cuisant de Speed Racer qui ne s’est pas contenté de déplaire à la critique, mais qui a également été un monstrueux échec commercial, aux Etats-Unis comme en France (pour le territoire hexagonal l’échec est surtout dû à la frilosité des exploitants et à sa discrète diffusion). Dès lors, enchaîner cinq ans plus tard, en marge totale des studios hollywoodiens et pour la modique somme autoproduite de 100 Millions de Dollars, avec une œuvre aussi peu commerciale et aussi complexe (du moins en apparence) que Cloud Atlas, se révèle extrêmement courageux voire même limite suicidaire, les trois cinéastes rejetant toute forme de spectaculaire superficiel où le spectateur hébété subit plus qu’il ne vit, aspirant plutôt à le plonger au cœur d’une expérience sans pareille, à le sortir de sa simple condition de voyeur pour vivre au cœur de l’enchevêtrement des destins du film. Une fois encore, ils réalisent ainsi un tour de force qui risque de faire couler beaucoup d’encre et pendant longtemps, que l’on soit promoteur ou détracteur, tant Cloud Atlas est une œuvre novatrice unissant avec grâce toutes les obsessions des trois cinéastes autour d’une symphonie cinématographique vertigineuse, dépourvue de toute prétention et ponctuée de moments à la virtuosité surnaturelle.
Une colossale symphonie
Incapable de par leurs ambitions cinématographiques de se cloisonner à la forme éculée du film choral (Trafic, Magnolia, etc.), les trois réalisateurs cimentent leur récit de la plus pure des façons, valsant entre les genres et les tons, cherchant à développer chacune des histoires non pas en parallèle mais bel et bien au cœur de l’autre, structurant ainsi peu à peu les grandes thématiques du film autour d’une cohérence d’ensemble qui ne s’épanouie véritablement qu’au cours du climax de presque une heure. Ainsi, si chaque segment se révèle incroyablement dense et mériterait à eux seuls des films indépendants tant l’identité de chaque époque et civilisation est impressionnante (le travail de reconstitution et la photographie de Tom Tykwer sont colossaux), les personnages subtils et attachants (les réalisateurs sublimant leur casting qui de prime abord laissait présager le pire) et structurés autour d’intrigues toutes plus impressionnantes les unes que les autres, ce n’est vraiment qu’au cœur des autres histoires que chaque segment prend toute son ampleur et atteint une forme de grâce, de la même façon que les personnages ne s’incarnent véritablement qu’au sein de l’enchevêtrement de tous les destins (et là encore il faut souligner le travail incroyable sur les maquillages). Dès lors, tandis qu’au cours du tournage les trois cinéastes se sont partagés les tâches, les Wachowski se consacrant aux récits futuristes, ainsi qu’à celui situé en 1849, alors que Tom Tykwer s’occupait le reste, la véritable identité du film se révèle à travers l’extraordinaire travail de montage, réunissant tous ces destins grâce à une logique de raccords regards, mouvements ou paroles entre les époques, pour les transcender et réaliser, au rythme de la très subtile musique de Tom Tykwer, une véritable symphonie cinématographique, à l’image de celle que réalise le personnage de Forbisher dans le film. Les 2h50 du long-métrage paraissent alors ne durer qu’un instant, le récit obtenant grâce à ce procédé un rythme incroyable où tout devient sensé et duquel ressurgit l’obsession des cinéastes pour la notion de choix mais aussi pour le Karma et la théorie du chaos.
Vertigineuse beauté
Ces obsessions dans leurs précédentes œuvres (chaque acte de Lola dans le film de Tom Tykwer se répercute sur sa course effrénée, ou encore les choix de Neo tout au long de la trilogie qui sont essentiels pour l’avenir de l’humanité, etc.) sont ainsi visibles jusque dans leur propre choix d’élever leur œuvre plus loin que celui du simple divertissement, de dresser une fresque épique, au sens où ils imaginent le passé, le présent et le futur du monde, de la civilisation et de l’humanité, mais sans aucune volonté spectaculaire. A plusieurs reprises on constate ainsi que plutôt que de s’attarder sur une scène d’action incroyablement chorégraphiée (preuve parmi tant d’autres de la dimension « Ballet » du film), les réalisateurs détournent leurs caméras et dissipent par le montage l’effet « spectacle » (la poursuite en moto en à Neo-Seoul), pour construire l’essence de leur œuvre, c’est-à-dire un extraordinaire essai sur l’amour, la mort, la fiction, la religion (les actes passés de Somni sont idolâtrés dans le segment post-nuke), mais aussi et surtout sur la rébellion. Il faudrait sans doute des dizaines de pages pour effleurer la richesse de Cloud Atlas, pour autant, nul besoin d’analyser de façon excessive et bancale cette forme complexe d’une virtuosité désarmante, qui n’a finalement pour volonté que d’aboutir à une symphonie émotionnelle simple mais ravageuse. Au milieu du film, un des personnages dit à un autre qu’un gouffre existe entre eux deux. Finalement, si l’on doit résumer Cloud Atlas c’est de cette façon. Les cinéastes dans leur grande sagesse tentent d’exposer les soi-disant gouffres entre les époques, les civilisations et même les hommes, avant de les faire imploser dans un extraordinaire et élémentaire effet de montage, dans la beauté d’un raccord, signifiant avec adresse à l’ensemble du public que quel que soit les thèmes abordés, le sous texte philosophique, moral, ou historique employé, la seule chose qui prévaut est la puissance des émotions qui en découle, et surtout le souffle vertigineux qui se dégage de cette histoire renouant avec la simplicité, la magie et la puissance poétique des récits de notre enfance racontés autour du feu de camp.
(1) : l’appellation « visionnaire » sur les campagnes promotionnelles n’a réellement débuté qu’avec eux et s’est perpétuée, comme si les studios, la presse et le public cherchaient désespérément des héritiers aux Warchowski, appelant, à tort ou à raison, les Snyder, Nolan et autres Abrams des « visionnaires »
Image
Dix ans déjà, ou presque, et une galette bluray HD bien remplis (rien que le film dure trois heures) aurait pu faire craindre quelques petites faiblesses de compression. Il n’en est rien, le transfert est toujours aussi impressionnant, alternant les variations de couleurs avec une grande fluidité, transposant les différents univers avec une même netteté et ce malgré les images de synthèses, le tout avec une définition redoutable et pointue. L’œil plus acéré remarquera parfois quelques petits artefacts dans certains arrière-plans, mais ils restent excessivement rares. Avec un tel matériau de base, on se demande pourquoi la Warner n’a pas encore fourni une galette UHD.
Son
Comme trop souvent avec la Warner il faut écarter la version doublée française proposée uniquement dans un Dolby Digital 5.1 de DVD, pour profiter pleinement du DTS HD Master Audio 5.1 de la version originale largement plus ample, plus dynamique, plus généreuse et plus puissante. Un mixage particulièrement vibrant qui se plie aux changements d’échelles, de l’épique à l’intime, sans à-coup et surtout toujours avec les même clarté et limpidité. Les atmosphères sont bien présentes, les dialogues toujours clairs et la sensation d’enveloppement montre crescendo avec l’intensité du film.
Interactivité
Présentées comme une série de « Focus Point », les sept featurettes ne composent en définitive qu’un seul et unique making of d’un peu moins d’une heure. Un découpage qui malheureusement provoque quelques répétitions et baisses de régime, mais qui n’entame pas la pertinence du propos. Le documentaire brasse aisément tous les sujets attendus (SFX, décors, production…) et même plus. Les acteurs y vont forcément de leur découverte du scénario (Tom Hanks avoue n’avoir rien compris mais adorer), de leur plaisir de changer de personnages à la volée, des joies du maquillage, mais ce sont surtout les trois réalisateurs, accompagnés du romancier David Mitchell qui donnent le ton. Leurs interventions sont ainsi le plus souvent une conversation à quatre voix qui étudient la structure du roman, sa réorganisation, la structuration du scénario et les lignes thématiques de l’œuvre. Passionnant.
Liste des bonus
« Un film unique » (7’), « Histoires liés » (8’), « Une adaptation impossible » (9’), « L’essence du jeu d’acteur » (7’), « Les mystères de Cloud Atlas dévoilés » (8’), « La science-fiction audacieuse de Cloud Atlas » (7’), « Amour et désir perpétuels dans Cloud Atlas » (7’).