CALIGULA : THE ULTIMATE CUT

Etats-Unis, Italie – 1973 / 2023
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Péplume, Historique, Drame, Erotique
Réalisateur : Tinto Brass
Acteurs : Malcolm McDowell, Helen Mirren, Teresa Ann Savoy, Peter O’Toole, John Gielgud, Guido Mannari, Giancarlo Badessi, Bruno Brive, Adriana Asti…
Musique : Bruno Nicolai
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS Master 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 178 minutes
Éditeur : Potemkine Films
Date de sortie : 26 décembre 2025
LE PITCH
Rome, 37 de notre ère. Après avoir assassiné son grand-père adoptif, l’empereur Tibère, Caligula s’empare du pouvoir et commence à démanteler l’Empire romain de l’intérieur. 40 ans après sa sortie, le film culte Caligula refait surface avec un nouveau montage inédit explorant la décadence du pouvoir à travers la corruption, la folie et la dépravation.
Sodome et Gomorrhe
Production chaotique, remontages éhontés et séquences supplémentaires tournées en catimini, procès en pagailles, sortie repoussée pendant 5 ans, œuvre érotique et exigeante devenue le seul film pornographique tournée en 35 mm, Caligula c’est tout ça, mais c’est surtout une œuvre fastueuse et anarchique d’une puissance démesurée. Tellement démesurée qu’il lui fallait bien encore un nouveau montage, de trois heure cette fois-ci, annoncé comme la version « ultime ».
La fin des années 70 n’est pas que marqué par la vague Star Wars, mais sans doute tout autant par l’âge d’or de l’érotisme et de la pornographie, arts scandaleux devenus à la mode et libéralisés autant sous forme papier (revues) qu’au cinéma grâce à la démocratisation de la censure. En pleine success-story, Bob Guccione créateur de la revue Penthouse imagine donc utiliser une partie de sa colossale fortune pour livrer une folie des grandeurs, une production pharaonique qui le ferait autant entrer dans le milieu fermé des moguls hollywoodien, tout en offrant une vitrine alléchante de sa marque. Une ambition profonde mais qui ne se fait pas sans une forme évidente de bon goût, le bonhomme réussissant à convaincre l’inénarrable Malcom McDowell (Orange Mécanique) de prendre le rôle principal, le respectable Peter O’Toole (Laurence D’Arabie) d’incarner l’impérial Tibère, ou même le très en vue romancier et scénariste Gore Vidal (Paris brule-t-il ?) d’en signer le traitement. En ligne de mire l’ascension fracassante et la déchéance totale de l’empire romain sous le règne de son empereur maudit : Caligula.
A Mad Mad World
Sans doute fortement inspiré par le mélange étonnant, sensuel mais perturbant entre érotisme et drame historique, il en offre la réalisation à l’esthète Tinto Brass. Un grand cinéaste, souvent dissimulé justement derrière les corps nus qu’il expose dans des œuvres comme Salon Kitty, justement déjà un mélange de débauche et de réflexion historique. Il s’empare immédiatement du sujet et tente d’en incliner la direction vers une fresque, luxueuse certes, mais qui pervertie brillamment les visions lisses et basiquement érotomanes du commanditaire. Épaulé par le production designer de Fellini (Amacord) et Pasolini (Salo ou les 120 Journée de Sodome) Danilo Donati, ainsi que par le directeur photo Silvano Ippoliti (Le Grand Silence), il réinvente l’esthétique faste des péplums d’antan en le rhabillant sous des costumes décadents, des façades immenses et improbables et une surenchère d’accessoires exposant un mauvais goût exquis. Sous une pluie de rouges vifs, de drapés feutrés entre les arrières-salles d’une maison de passe et l’enfer de Dante (voir toute la séquence dans l’antre de Tibère), son érotisme ressemble surtout à une foire aux monstres, peuplée d’étrangetés où l’inceste pratiqué entre Caligula et sa sœur Drusilla (fragile mais perverse Teresa Ann Savoy) n’en est pas la plus révoltante de déviance. Une œuvre profondément visuelle, emprunte d’une véritable grandeur et d’une démarche intellectuelle remarquable puisque culbutant par le verbe et l’image l’apparente respectabilité de la république et de ses représentants. Faisant de Caligula un anarchiste furieux dans un magasin de porcelaine, Tinto Brass plonge son film dans une succession de vision infernale, de séquences foncièrement théâtrales, grotesques.
La chute de l’empire romain
Pourtant, immergé dans ce chaos barbare et sadique, l’irrévérence suprême est que malgré son esprit définitivement malade, Caligula semble seul détenir la vérité. Habité par un Malcom McDowell fascinant de démence, une Helen Mirren (The Queen, Excalibur) d’une sensualité brulante et d’un Peter O’Toole en pleine décomposition, le film n’est pourtant, malgré sa force sidérante, que l’ombre de lui-même. Bazardé discrètement dès la fin du tournage Tinto Brass pleure encore les multiples modifications effectuées sur son film. Des séquences entières jetées à la poubelle (toutes n’ont pas été retrouvées ou remontrée comme celle du cheval déféquant au milieu du Sénat), une narration réorganisée et surtout quelques petites friandises disséminées un peu partout. Clairement pas en adéquation avec la vision biaisée de la sexualité présenté par Brass et un discours politique et philosophique, Bob Guccione et le technicien Giancarlo Lui n’ont pas hésité à tourner quelques séquences supplémentaires. En l’occurrence quelques passages platement pornographique montrant quelques fameuses demoiselles de Penthouse se livrer à du saphisme en règle (gâchant totalement le triolisme, plus soft, se déroulante entre Caligula, sa femme et sa sœur, centre névralgique du film), avalant goulument un sexe en érection ou exposant leurs entre-jambes en toutes occasions. Difficile de savoir ce qu’il y reste en définitivement du Caligula original – Tinto Brass faisant un parallèle avec les ruines du Colisée – mais force est de constater que cette cohabitation plus que contrasté entre les deux visions érotiques cassent autant le rythme, le sens et l’esthétique du film quelle ajoute encore à l’aspect défiguré, scarifié, blessé, désordonné, d’un spectacle digne des mythiques orgies romaines.
Restauration archéologique
Comme pour d’autres films sacrifiés aux cours des décennies (comme La Splendeur des Amberson d’Orson Welles, toujours ne projet), la tentation de tout reprendre à zéro pour donner corps aux volontés initiales est toujours très grandes. Les détenteurs actuels de Penthouse Films ont alors engagé un certain Thomas Negovan (réalisateur de courts métrages, organisateurs d’expositions…) afin de reprendre l’ensemble des rushs existants (près de 90 heures semble-t-il), notes et documents de la production afin de proposer un tout nouveau montage de presque trois heures compilant nombres de plans alternatifs (angles et valeurs) et des scènes inédites, en retirant d’autres et révisant totalement le rythme du montage. Un travail titanesque dont bien entendu l’un des premiers devoir a été d’atténuer la teneur sexuelle de certaines images. On note aussi désormais une atmosphère beaucoup plus théâtrale et déliquescente accompagnant comme jamais la chute vertigineuse dans la folie du jeune empereur. Certains plans retrouvés sont effectivement sublimes, mais en se refusant le concours de Tinto Brass (comment être fidèle à sa vision sans lui ?), ce Caligula en oublie ses élans baroques, sa liberté de ton propres aux années 70, le scrutant avec un regard plus actuel, plus moral, nimbant l’ensemble dans une photographie plus sombre et plus terne, constamment envahi par des nappes musicales imprécatrices aussi anachroniques qu’étouffantes. Cette version 2023 a déjà ses adeptes… D’autres préfèreront toujours s’ébattre avec le fougueux animal blessé de 1979.
Image
Seul le nouveau montage profite d’une galette UHD. Assez logique puisque tout le travail de remontage s’est effectué à partir des négatifs originaux à grands renforts de restaurations et de réétalonnages pour se conformer à la nouvelle vision. Si on peut toujours discuter des nouveaux choix photographiques et des élans presque vaporeux de l’image (qui ne facile pas le transfert sur le Bluray d’ailleurs), l’ensemble affirme une précision et une solidité totalement inédite pour le film.
Le montage de 79 lui reste très proche de ce qu’avait proposé M6 vidéo en son temps : couleurs vives et contrastées, noirs profonds, profondeur de champs soulignée et une pellicule plus lisse. C’est beau et flamboyant… Reste le troisième montage, version censurée italienne, héritée pour le coup d’une source vidéo vieillissante et granuleuse, certes glissé lui aussi sur un disque Bluray mais qui reste au format SD.
Son
L’Ultimate Cut est fort logiquement uniquement disponible en version originale anglaise et dans un DTS HD Master Audio 5.1 des plus larges dans ses intentions. Si la nouvelle bande sonore tape un peu sur le système, la restitution des dialogues et des bruitages directs, affirment une clarté et une finesse tout à fait nouvelle. Le second montage est lui disponible en version originale et version française, certes assez stables et confortables mais pas dénuées de petites faiblesses (légères saturations, petits cafouillages de l’âge…) alors que le troisième, uniquement en italien, marque là encore les faiblesses de son origine avec un son étouffé et fatigué.
Interactivité
Sortie imposante pour Potemkine qui propose ce Caligula Ultimate Cut dans un coffret grand format avec un ouvrage inédit et le boitier Futurepack disponible aussi séparément. Ce dernier contient l’UHD du nouveau montage, le Bluray associé ainsi que sur leurs Bluray respectifs le montage original de 1979 et l’inédit en France io, Caligula, remontage très soft effectué par Franco Rosselini en 1981 et jusque-là jamais vu en France. C’est sur ces deux derniers disques que l’on retrouve les nombreux bonus de l’édition avec en premier lieu le long documentaire d’époque A documentary on the making of Gore Vidal’s Caligula, création de la production présentant des images de tournages et de nombreux témoignage enregistrés à même le plateau. Un excellent moyen d’observer les fastes de la production mais aussi de discerner entre quelques interview et images dissimulés les tensions en train de naitre : Tinto Brass qui semble avoir le poids du monde sur les épaules, les producteurs vêtus comme des macs d’un bordel scabreux ou Gore Vidal en pleine crise de mégalomanie. Potemkine y ajoute fièrement le long et passionnant documentaire Istinto Brass entièrement dévoué à la carrière et à l’œuvre du cinéaste, et qui résonne ici comme une petite revanche.
La suite repose sur un mélange d’anciennes et de nouvelles interviews qui se répètent et se répondent régulièrement. Elles confortent souvent la vision du réalisateur et l’ambiance étrange qui régnait dans les coulisses. La créature de Penthouse Lori Wagner se souvient ainsi des manipulations dont elle fut elle-même victime et de l’impact négligeable sur sa carrière d’actrice (les dernières minutes autour de sa carrière de chanteuse sont assez pathétique), tandis que l’excellent John Steiner (il a joué pour Lucio Fulci, Dario Argento…), devenu agent immobilier, se montre bien plus serein et en profite pour revisiter toute son expérience italienne. Mais c’est surtout la longue interview du réalisateur qui surprend le plus. Lui qui refusa durant de longues années de revenir sur cette « expérience » se livre ici à une analyse complète de sa vision de Caligula et les épreuves rencontrées au cours de sa mise en image. Un homme toujours aussi passionnant, cultivé, qui se livre dans les dernières minute à un descriptif de son propre montage et désespère devant le remontage des producteurs. C’est ici et seulement ici que les cinéphiles peuvent imaginer à quoi son Caligula aurait ressemblé.
Étonnement on ne trouvera pas d’interviews du responsable de l’Ultimate Cut ou de sujet sur cette opération pourtant très intrigante. C’est finalement au journaliste Olivier Rossignot de Culturopoing de livrer deux passionnantes analyses comparatives de séquences pour souligner tous les changements structurels, stylistiques et thématiques opérés.
Liste des bonus
Le Bluray du film « Caligula » en version longue non censurée (1979, HD, 156’, VF/VOST 5.1), Le Bluray du film « Io, Caligula », montage italien de Franco Rossellini (1984, SD, 125’, VOST), Générique d’ouverture d’origine, « A Documentary on the making of ‘Gore Vidal’s Caligula’ » : Making of d’époque par Giancarlo Lui (1981, 60’), « Istinto Brass », documentaire inédit sur la carrière de Tinto Brass par Massimiliano Zanin (2013, 94’), Comparaison de séquences par Olivier Rossignot (20’), Interviewes inédites de Tinto Brass (23’), Teresa Ann Savoy (27’), John Steiner (12’), Interviews d’archives de Tinto Brass (9’ et 35’), John Steiner (24’) et Lori Wagner.







