BURNING BUDDHA MAN & VIOLENCE VOYAGER

バイオレンス・ボイジャー, 燃える仏像人間 – Japon – 2013, 2018
Support : Bluray
Genre : Animation, Horreur
Réalisateur : Ujicha
Acteurs : Nao Hanai, Chisako Hara, Moeka Haruhi, Saki Fujita, Kellen Goff…
Musique : Jean-Paul Takahashi
Durée : 80 & 83 minutes
Image : 1.75 16/9
Son : DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Traditeur : Spectrum Films
Date de sortie : 23 avril 2021
LE PITCH
Burning Buddha Man : Une organisation vole des statues sacrées du Bouddha un peu partout à Kyoto. Beniko, jeune lycéenne, est entraînée dans ce complot cauchemardesque lorsque ses parents, gardiens d’une des statues, se font tuer. Elle entreprend alors un voyage fantastique pour assouvir sa vengeance.
Violence Voyager : Dans un petit village perdu dans les montagnes du Japon, le jeune Bobby et son ami Akkun partent en randonnée à travers la forêt. Ils tombent par hasard sur Violence Voyager, un parc d’attraction secret dans lequel ils se risquent, en quête de sensation forte. Et ils vont être servis !
Théâtre des ombres
Le cinéma d’animation ne s’est jamais borné au dessin animé traditionnel ou à son cousin en synthèses. Même si les autres formes sont souvent délaissées, que ce soit la Stop-motion ou les marionnettes, elles existent bel et bien, mais pour la Gekimation, on peut même parler de résurrection. Et Ujicha est son prophète.
Une forme atypique d’animation qui consiste à prendre des figurines dessinées et les faires s’agiter en temps réels devant des décors d’arrières plans plus ou moins définis. Un petit quelque chose du papier découpé popularisé par South Park, beaucoup du théâtre de marionnettes antiques et des livres pop-up, pour une technique qui fit sa première apparition en 1976 pour une série animée Cat-Eye Boy déjà assez éloignée de la cible enfantine. Une révélation pour Ujicha (un pseudo qui évoque un thé vert de Kyoto) qui s’empare de cette technique que d’autres auraient jugé obsolète, bancale pour l’emmener vers des terres étranges… Et c’est le moins que l’on puisse dire. Déjà bien exploré dans ses courts métrages (proposés en suppléments de l’édition) son univers est un mélange tout personnel de couleurs vives et joyeuses des livres d’enfants, d’un style graphique manga aux contours déviants et d’incursions constantes de références à la pop culture perverties, le tout dans une atmosphère Ero-Guro des plus enjouées. Sidérant pour le moins, et définitivement grotesque comme Burning Buddha Man récit chaotique de créature mi-humain mi-statue de bonzes s’affrontant dans un décor apocalyptique sur fond de fusion dégénérée.
Body Language
Construit comme une aventure initiatique pour la jeune Beniko qui découvrira par là-même les secrets du monde et se transformera elle-même en super-héroïne monstrueuse, l’opus peut s’observer comme une réinvention malade des tokusatsus (il y a même un monstre géant combiné) passés à la moulinette lovecraftienne des glissements organiques de HR Giger. Foutrement branque, parfois cafouilleux mais tellement fascinant, Burning Buddha Man joue déjà assez habilement du contraste entre les limites de ce type d’animation, naïve donc, et le délire Grand Guignol constamment relayé par des fluides (sang, vomi, pus…) réalisés par des effets réels. Un jeu de contrastes sans doute plus, et mieux, creusé encore dans le suivant Violence Voyager, profitant déjà d’une production plus affirmée et de graphismes et de superpositions beaucoup plus fins. Une trame plus classique en apparence, où deux gamins (un américain et un japonais… comme dans les vieux Gamera) en pleine aventure à travers la montagne, découvrent un parc d’attraction futuriste qui dissimule des expériences sordides perpétrées sur des enfants. Un glissement de terrain qui fonctionne à la perfection, transformant des péripéties à la Jurrassic Park ou Les Goonies, en une plongée sans retour dans un spectacle hallucinatoire fait de perversions typiquement nippones (c’est quoi cette histoire de slip ?), d’hybridation dans la douleur ou d’évocations scabreuses et méchamment gores. Là encore le jeune héros, Bobby, comme pour une parodie vacharde, va devenir malgré lui une créature difforme, mais qui comme dans tout bon shonen, va contrer les méchants avec ses amis… un chat, une chauve-souris et un chimpanzé !
Joyeuses balades entrecoupées de cadavres et de corps réduits en bouillis de chair pour un art qui n’a définitivement à ce jour pas d’équivalent.
Image
Séparés de quelques années à peine, les deux films n’ont cependant pas connu les mêmes conforts de production. Le premier, Burning Budha Man, n’a semble-t-il pas été entièrement tourné en HD. Un rendu upscale un peu gênant sur les séquences live d’intro et de conclusion, invisible sur le cœur du film. Les couleurs sont bien tenues et la définition assez solide. De petits soucis dont on ne trouve aucune trace sur Violence Voyager pour le coup vraiment splendide avec ses détails ciselés, son piqué impeccable et surtout ce déluge de couleurs puissantes et variées.
Son
Les deux métrages sont proposés dans des DTS HD Master Audio 2.0 impeccables. Toute la dynamique se fait donc naturellement sur les avants, et malgré les limites d’une stéréo, les mix sont impressionnants de dissonances, d’effets étranges et d’échappées pops, et appuie parfaitement la texture particulière du cinéma de Ujicha.
Interactivité
Proposé tout juste trois mois après la sortie UK chez Third Window Films, l’édition de Spectrum en partage forcément de nombreux suppléments à commencer par le sympathique commentaire audio du réalisateur et de son producteur sur Violence Voyager, ici intégralement sous-titré en français. Les infos sont cependant reprises en très grande partie dans l’interview de Ujicha tournée seul face caméra (cause COVID), où il revient sur sa découverte de la gekimation, ses diverses recherches techniques, ses productions étalées sur de nombreux mois voire années, avec toujours cette petite pointe d’amour d’un cinéma presque artisanal. Belle surprise aussi de découvrir en supplément les courts métrages du monsieur, Tempura, The Retnepac et Space Yokai War, grands terrains d’expérimentation bizarroïdes et de délires graphiques parfois encore plus insaisissables que les longs métrages. De son côté le storyboard complet de Violence Voyager démontre le sens narratif de l’artiste (on dirait un manga). Très complet donc, mais cela n’a pas empêché Spectrum d’inviter Fabien Mauro (auteur de l’excellent Kaijû, envahisseurs & Apocalypse) pour une présentation de l’œuvre de Ujicha dans laquelle il tisse des liens avec les multiples références à la pop culture nippone.
Liste des bonus
Interview de Ujicha (20’), commentaire audio du réalisateur et du producteur, 3 court-métrages de Ujicha (29’), Storyboard, Entretien avec Fabien Mauro (20’), Teaser du prochain film de Ujicha et bande-annonce.