BONA

Philippines – 1980
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Lino Brocka
Acteurs : Nora Aunor, Phillip Salvador, Marissa Delgado, Raquel Monteza, Venchito Galvez…
Musique : Lutgardo Labad
Image : 1.37 16/9
Son : Tagalog DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français et anglais
Durée : 88 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 17 juin 2025
LE PITCH
Jeune fille issue de la classe moyenne philippine, Bona a cessé de fréquenter le lycée. Elle préfère suivre Gardo, acteur second couteau sur des films à petit budget. Son attitude finit par exaspérer son père, qui la met dehors. Bona part s’installer chez Gardo. Alors qu’elle pense pouvoir enfin vivre une histoire d’amour avec lui, la jeune fille devient sa bonne à tout faire, obligée de supporter le défilé incessant de ses nombreuses conquêtes…
Mon idole
Depuis de nombreuses années Carlotta Films travaille activement à la redécouverte et la réhabilitation du cinéma philippins et de celui de Lino Brocka (Bayan Ko, Cain et Abel, Manille…) en particulier. Bona est alors une nouvelle étape dans cette mission puisqu’il ne fut jamais diffusé officiellement en France. Croisé à la quinzaine des réalisateurs en 1981 après une trop courte carrière dans son film d’origine, il disparut totalement des écrans, invisible, à tel point que la plupart le croyait définitivement perdu. Petits miracles, longues recherches et heureux hasard ont enfin permis à sa résurrection, et sa riche restauration, avec une ressortie internationale en 2024.
Le film méritait effectivement bien cela, ne serait-ce que pour la présence dans le rôle-titre de l’immense Naura Ansor, gigantesque star du cinéma et de la chanson en Philippine, des années 70 à aujourd’hui, et qui alors en légère perte de vitesse soutint ce projet qui lui permettait de s’inscrire dans le cadre d’un cinéma plus sérieux, plus ambitieux, plus indépendant, s’éloignant des divertissements plus colorés habituels. Également coproductrice, elle incarne ici une jeune femme obnubilée par un acteur de seconde zone, Gardo (interprété par le charismatique Phillip Salvador, grand habitué de Brocka), qui va décider de tout quitter pour son idole : sa famille, son milieu social, mais aussi sa liberté, sa fierté et son discernement. La voici donc prête à tout pour assurer le confort de cet homme qui se révèle bien rapidement mesquin, profiteur, médiocre et peu sympathique, voir cruel, l’accompagnant comme assistante sur ses tournages, lui préparant le bain à la maison, lui servant de bonne à tout faire, de maitresse occasionnelle, d’esclave. Une relation troublante et maladive, passion amoureuse à sens unique qui fait justement échos aux hordes de fans de la première heure qui suivaient Naura Ansor dans la vraie vie, la guettant sur les plateaux, l’attendant devant sa maison ou lançant de grandes quêtes lorsqu’elle avait quelques soucis d’argent.
L’emprise
Un phénomène particulièrement ancrée dans la psychologie philippine que Lino Brocka rapprochait directement de la foi presque aveugle des habitants du pays envers le christianisme (l’ouverture montrant une grande cérémonie religieuse presque délirante y fait échos), mais aussi à des décennies de chape de plombs dictatoriale et un carcan traditionaliste étouffant. Il est question de toute cela dans la trame que tisse le film Bona, allégorie du couple écrasé par les rapports de domination, il se construit comme un grand mélodrame tragique et fragile, portrait déchirant d’une femme qui ira au bout de sa folie. Mais le cinéma de Lino Brocka ne cherche jamais le glamour, et le métrage est constamment filmé aux lisières de l’approche documentaire, s’installant presque exclusivement dans le décor réel de l’un des nombreux bidons-ville de l’époque. Un petit monde communautaire qu’il filme avec crudité mais sans une once de misérabilisme, montrant rapidement les liens d’entraides et de camaraderies qui le font survivre, ainsi que cette fascination pour la culture occidentale (la télévision et l’omniprésence des blancs à l’écran, la musique pop des Beatles…) et l’attachement au rêve d’une existence meilleure. Bona elle mettra du temps à s’extirper de son triste fantasme, et l’issue en sera forcément des plus violente et brutale.
Reflet direct de la société philippine de ces années 70/80, Bona étonne aujourd’hui encore par son sujet sensible et cruel, sa vision humaniste et son urgence toujours perceptible dans la mise en scène. Il étonne aussi par la modernité de son propos et des thèmes abordés, œuvre libertaire et féministe.
Image
Beaucoup le croyait définitivement disparu après sa sortie en 1980, Bona n’ayant jamais été rediffusé par la suite, et pourtant Carlotta Films a réussi a en retrouver la trace, a en racheter les droits auprès de l’actrice, et coproductrice Nora Aunor, pour en proposer une restauration tout à fait miraculeuse. Un travail effectué donc à partir des négatifs originaux 35mm, scannés en 4K, stabilisé et nettoyés point par point pour un résultat sans doute plus éclatant encore qu’a sa première diffusion. L’image est particulièrement propre, finement dessinée, impeccablement creusée tout en préservant, et c’est essentiel, toute la rugosité de la pellicule, dont un grain souvent important, organique, vibrant, mais naturel dans une œuvre telle que celle-ci. Le traitement des couleurs, plus contrastées et fermes, est particulièrement appréciable lui aussi.
Son
La piste originale mono a été préservée dans un DTS HD Master Audio restaurée elle aussi bien entendu. La prise sonore source semble tout de même un peu rustique avec des équilibres pas toujours évidents dans les dialogues ou les ambiances, mais la restitution fait du mieux possible pour rendre tout cela bien clair.
Interactivité
Nouveau coffret Prestige pour Carlotta Films avec une production qui leur tient particulièrement à cœur. Le boitier carton solide est toujours aussi élégant et contient quelques goodies habituels comme une reproduction de l’affiche, un jeu de photos et surtout le dossier de presse de la ressortie du film avec à l’intérieur un récit des coulisses du tournage, un essai sur les thèmes du métrage et une interview très intéressante datant de 1980 de Lino Brocka.
Les disques UHD et Bluray sont regroupés dans un digipack tout aussi sobre et partageant les mêmes bonus vidéo. A commencer par des interviews inédites de l’assistant réalisateur Jeric Soriano et de l’acteur Nanding Josef qui reviennent sur leur collaboration avec Lino Brocka, homme calme, au service de ses acteurs, capturant comme personne la réalité des philippines, et sur un tournage particulièrement suivi par la horde de fans de Nora Aunor, qu’ils décrivent pourtant comme une personne des plus simples.
On découvre aussi une conversation avec le réalisateur Allan Brocka lors d’une présentation récente du film en public. L’occasion pour se dernier de clarifier son lien familial avec Lino, qu’il voyait comme un modèle tutélaire, et de souligner avec le présentateur l’importance de l’œuvre du cinéaste et de Bona en particulier. Reste enfin un surprenant Superfan, portrait entre documentaire et fiction de Mandy Diaz, archiviste autoproclamé de Nora Aunor, qui nous laisse à voir son immense collection tout autant qu’une obsession qui en devient douloureuse. Le lien avec Bona est plus qu’évident.
Liste des bonus
Le dossier de presse français/anglais de la ressortie 2024 (40 pages), 4 cartes collector, l’affiche du film, Entretien avec Jeric Soriano, assistant réalisateur (12’), Entretien avec Nanding Josef (22’), Q&A avec Allan Brocka à l’Academy Museum of Motion Pictures (22’), « Superfan » : Documentaire de Clodualdo del Mundo Jr. (22’), Bande-annonce 2024.





