BLUE HOLOCAUST

Buio Omega – Italie – 1979
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Joe D’Amato
Acteurs : Kieran Canter, Cinzia Monreale, Franca Stoppi, Sam Modesto, Anna Cardini, Lucia D’Elia, …
Musique : Goblin
Durée : 94 minutes
Image : 1.67 16/9
Son : Italien & Français DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Editeur : ESC Editions
Date de sortie : 17 janvier 2024
LE PITCH
Lorsque sa fiancée Anna meurt mystérieusement des suites d’un rituel vaudou, le monde de Francesco s’écroule. Refusant d’y croire, il se sert de sa passion pour la taxidermie pour embaumer le corps de sa bien-aimée et la garder auprès de lui. Ayant définitivement perdu tout contact avec la réalité, et avec la complicité d’Iris, une inquiétante gouvernante, Francesco assassine les femmes qui découvrent le cadavre d’Anna, …
à la vie à la mort
Insatiable artisan du bis et X transalpin, Aristide Massaccesi, alias Joe D’Amato, a réalisé aux environs de 200 films au cours d’une carrière s’étalant sur près de trois décennies, de la fin des années 60 à la fin des années 90. Comptant parmi ses faits d’armes les plus marquants, Blue Holocaust fait aujourd’hui l’objet d’une très belle édition collector concoctée par ESC. Un écrin plutôt luxueux pour un petit film d’horreur crapoteux et qui ne se refuse à aucun excès pour provoquer la nausée chez les spectateurs.
Éros et Thanatos. L’amour jusqu’à la mort, et même au-delà. Vieille comme le monde, la thématique a inspiré de nombreux films, du chef d’œuvre au navet. Mais aucun, à l’aube des années 80, n’était sans doute allé aussi loin dans la représentation à l’écran de ces pulsions que Blue Holocaust de Joe D’Amato. Bien qu’il se soit consacré à tout un tas de genres différents (péplums, westerns, giallo, etc), D’Amato, à l’instar d’un Jess Franco, la poésie languissante et fiévreuse en moins, a développé une véritable obsession pour le mélange entre sexe et violence. Il en propose une approche frontale, dénuée d’artifices, anticipant plus que de raison le voyeurisme du public. Dans une Italie profondément catholique mais en crise, l’ancien chef opérateur d’Umberto Lenzi et de Massimo Dallamani prend un plaisir pervers à bousculer les interdits. En 1977, Emanuelle et les Derniers Cannibales mélange érotisme hardcore et gore craspec, concluant (entres autres joyeusetés) des papouilles lesbiennes par un boulottage de nichon à pleines dents. L’année suivante, sa période caribéenne en République Dominicaine propose des œuvres aux élans nécrophiles certains telles que Porno Holocaust et La Nuit fantastique des morts-vivants. Pas besoin de vous faire un dessin.
Remake officieux (mais revendiqué) du Froid Baiser de la Mort de Mino Guerrini, film d’horreur gothique de 1966 emmené par un Franco Nero poussé à la folie et au meurtre après le décès pas du tout accidentel de sa fiancée, Blue Holocaust découle d’une intention fièrement exposée par Joe D’Amato : « faire vomir le public ». Dont acte.
Une femme disparaît
Très influencé par le cinéma d’Alfred Hitchcock, Guerrini caviarde son film d’emprunts directs à Pyschose et à Sueurs Froides, que ce soit dans la passion du protagoniste central pour la taxidermie, dans la folie qui le pousse à garder le cadavre de l’être aimé sous son propre toit, dans ses pulsions meurtrières trouvant leur source dans un rapport à la sexualité dérangé et immature ou encore dans l’intervention inopinée d’un double (en l’occurrence, la sœur jumelle de la fiancée décédée). Remake oblige, on retrouve bien évidemment les mêmes citations dans Blue Holocaust mais Joe D’Amato force encore un peu plus le trait et la filiation avec ces deux classiques. D’abord en insistant sur la ressemblance entre Francesco et Norman Bates (loin de la virilité latine d’un Franco Nero, Kieran Canter dégage la même beauté trouble et androgyne qu’Anthony Perkins) mais aussi en reproduisant très consciencieusement la silhouette inoubliable de Norma/Norman Bates, couteau en main derrière le rideau de douche lorsqu’il filme à contre-jour une Franca Stoppi tout aussi menaçante lors de la confrontation sanglante qui clôt son histoire. La comparaison pourrait s’arrêter là mais osons la pousser davantage.
Impossible pour Joe D’Amato de prétendre à la même maîtrise de son art qu’Hitchock : ses acteurs sont mauvais comme des cochons, le rythme de sa narration est très irrégulier et son approche du cadre et du découpage est avant tout fonctionnelle. Pour autant, il partage avec le réalisateur de La Mort aux trousses ce même mélange de générosité, de perversité et de sadisme dans sa relation avec le spectateur mais aussi cette étrange fascination pour le sombre malaise qui s’insinue dans les relations hommes/femmes, entre domination, fétichisme et complexe d’œdipe en embuscade. D’Amato comprend aussi à la perfection la valeur de l’humour noir et d’un morceau de bravoure réussi. Blue Holocaust, malgré ses défauts, compte au moins deux grandes scènes qui lui permettent d’emporter le morceau et de marquer durablement les esprits. Dans le premier, Francesco procède à l’embaumement du corps de sa bien-aimée (avec force détails, abordés frontalement), dévore le cœur de cette dernière dans un élan de folie romantique et assassine brutalement la pauvre touriste américaine qui vient de découvrir le pot aux roses. Dans la seconde, Iris, la gouvernante, mère de substitution et amante de Francesco, aide ce dernier à se débarrasser du corps de la dite touriste en la découpant au hachoir et en la plongeant dans un bain d’acide. De l’horreur organique, clinique et brutale, accompagnée de sorties de route savoureuses comme ce repas aux flageolets en guise de ponctuation où Iris pousse Francesco jusqu’à vomir face caméra, le sourire en coin. Une pointe d’ironie qui épice quelque peu un film moins sordide qu’il en a l’air.
Image
Très satisfaisant à l’époque, le DVD de Neo Publishing paru en 2005 a bel et bien fait son temps et la mise à jour proposée par ESC permet de s’offrir la plus belle copie disponible à ce jour du film de Joe D’Amato. Tournage en Super 16mm oblige, la copie est assez granuleuse et la haute définition n’épargne pas une poignée de plans un peu flous et une photographie parfois froide et vaporeuse. Mais la saturation des couleurs est impeccable et une foule de détails invisibles jusqu’alors se font jour. Du travail d’orfèvre, respectueux.
Son
On pourra toujours regretter l’absence du doublage anglais (avec des noms différents pour les personnages) mais la piste italienne, particulièrement robuste, claire et dynamique, fait honneur à l’excellente bande son composée par Goblin. Un peu éteinte au niveau du doublage et avec quelques brefs passages un peu abîmés, la version française est pourtant tout à fait honorable.
Interactivité
Question packaging, ESC nous donne le choix entre deux déclinaisons. Une édition collector « simple » avec un visuel sobre et percutant qui se déploie en digipack et accompagnée d’un livret (que nous n’avons pas pu lire) et d’une affiche. Les collectionneurs peuvent également surenchérir pour mettre la main sur un combo ultra collector où la même édition se voit agrémentée d’un boîtier VHS du plus bel effet reprenant l’affiche d’époque (et le titre d’alors, Folie Sanglante) et d’un assortiment de cartes postales et de photos d’exploitation. La classe !
Mais le contenu n’est pas en reste. Deux suppléments ont été spécialement produits pour l’occasion. Rédacteur en chef du fanzine spécialisé dans l’horreur « Vidéotopsie » et grand amateur de Joe D’Amato, David Didelot nous concocte un portait relativement exhaustif du cinéaste. Quant à Jean-François Rauger, le directeur de la Cinémathèque Française, il nous livre une analyse passionnante du film, soulevant de nombreuses pistes de lecture. L’éditeur a également mis la main sur des interviews des actrices Cinzia Monreale et Franca Stoppi. Leurs propos, bien que très superficiels, s’accordent sur la nature artisanale du tournage et des effets spéciaux sanglants et sur la gentillesse, l’enthousiasme et la bonhomie de Joe D’Amato.
Liste des bonus
« Joe D’Amato, le cinéma bis au cœur » par David Didelot (27 min) / Entretien autour du film avec Jean-François Rauger (24 min) / « Après la mort »: interview de Cinzia Monreale (9 min) / Rencontre avec Franca Stoppi (17 min) / Bandes-annonces (2 min) .