BLOOD FEAST

Etats-Unis – 1963
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Herschell Gordon Lewis
Acteurs : Mal Arnold, William Kerwin, Connie Mason, Lyn Bolton, Scott H. Hall, …
Musique : Herschell Gordon Lewis
Durée : 67 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Editeur : ESC Films
Date de sortie : 2 juillet 2025
LE PITCH
Fuad Ramses, un traiteur égyptien, assassine des jeunes femmes dont il découpe les membres pour les offrir en sacrifice à la déesse Ishtar lors d’un rituel sanglant…
Barbaque
Absent jusqu’à ce jour de nos grandes enseignes culturelles dans l’Hexagone, Blood Feast, acte fondateur du cinéma gore (ou splatter) contemporain, intègre en grande pompe la collection ESC dans une édition particulièrement soignée. Objectivement fauché, mal joué et mis en scène sans véritable talent, le « classique » d’Herschell Gordon Lewis, artisan roublard du cinéma d’exploitation US, conserve miraculeusement son charme un peu désuet de film provocateur et expérimental.
L’histoire est bien connue de tous les bisseux et cinéphiles s’étant égaré du droit chemin. Début des 60’s, le réalisateur Herschell Gordon Lewis et son comparse David F. Friedman s’inquiètent de voir leurs revenus baisser alors que les nudies (des bandes nudistes assez prudes eu égard aux attentes) dont ils se sont fait une spécialité attirent de moins en moins de public. Histoire de faire parler d’eux et de relancer la machine à dollars avec un investissement mucho minimal, Lewis et Friedman se remémorent le succès de Psychose d’Alfred Hitchcock ainsi que les outrances complaisantes et colorées du Grand-Guignol parisien et proposent de mélanger le tout via un scénario prétexte où s’enchaînent les meurtres (et les mutilations) plein cadre. Un pur exercice de voyeurisme, donc, qui caresse dans le sens du poil tous ceux qui ont déjà, un jour, sur l’autoroute, appuyé sur la pédale de frein pour se régaler du « spectacle » offert par un accident de voiture.
Blood Feast (puisque c’est son nom) récolte à sa sortie au mois de juillet 1963 quatre millions de billets verts, choque le bourgeois, tend un majeur bien rigolard au bon goût et laisse une empreinte – qui tâche – dans l’Histoire du cinéma et de la contre-culture américaine. Pas si mal pour un petit film d’exploitation tourné à l’arrache par une bande de zazous certes irresponsables mais aussi très économes.
Petits meurtres entre amis
Mais que peut bien raconter Blood Feast, si tant est qu’il s’y raconte quoi que ce soit ? On y suit cahin-caha l’odyssée meurtrière d’un certain Fuad Ramses (Mal Arnold, regard fiévreux, diction à la Bela Lugosi et démarche de canard boiteux), un traiteur égyptien (!) voué à la résurrection de la déesse Ishtar pour laquelle il concocte un festin monstrueux à base de tripailles de belles demoiselles. Il coupe une jambe par ci, arrache une langue par là, recueille avec une attitude où se mélange concupiscence et appétit cannibale le cerveau d’une belle brune bécotant son bellâtre sur une plage. En parallèle et pour faire passer le temps, la police enquête, mollement, très mollement. Signé par une certaine Allison Louise Downe, le scénario se contente d’aligner une mécanique simple, propice à tous les débordements. La mise en image d’Herschell Gordon Lewis est un drôle de paradoxe, coincée entre les bandes Z d’un Ed Wood (c’est parfois confondant de nullité et de kitsch), la naïveté des pionniers du cinéma muet et des saillies provocatrices qui viennent littéralement éclabousser la bonne conscience hollywoodienne et sa science légendaire du hors-champ et de l’allusion.
S’ils ne réinventent pas la roue, Lewis et Friedman renouent donc (et sans doute sans le vouloir) avec l’essence même du cinéma et ses réflexes d’attraction de fête foraine : capter l’attention du spectateur par tous les moyens, lui promettre le grand soir et le lui offrir par le biais d’un mensonge éhonté. Malgré les ficelles, les morceaux mal recousus, un non-rythme hypnotique et une musique aussi apathique et lénifiante qu’un ultime jet de vomi avant le coma éthylique, Blood Feast peut se vanter de l’impensable : il s’agit bel et bien là d’une expérience incontournable.
Image
Exception faite de quelques VHS vendues jadis dans les supérettes entre des bigoudis et des gants de toilettes soldés (anecdote véridique !) mais aussi d’un DVD en accompagnement du numéro 178 de septembre 2005 du magazine Mad Movies, Blood Feast n’a pas vraiment été gâté par nos éditeurs du cru, copies tronquées et/ou bien ternes à l’appui. Proposant un master en tous point identique à celui – remarquable – de l’édition d’Arrow Video de 2017, ESC exauce les rêves des fans de cinéma gore. Un grain léger et harmonieux, une définition boostée, une copie presque virginale à la colorimétrie flamboyante : le menu est copieux et on ne perd pas une miette de l’orgie sanglante de grand fou de Fuad Ramses. Du gros rouge qui tâche, certes, mais avec tous les atours d’un grand cru.
Son
Caverneuse et essoufflée, la version française peut sans doute attirer les amateurs de doublages à la ramasse, et encore. Plus frontal et plus dynamique, le mixage en mono de la version originale n’élimine pas un souffle persistant mais s’avère nettement plus agréable à l’oreille. Le choix est vite fait.
Interactivité
Dans un très beau digipack au visuel vintage qui renferme un combo blu-ray + DVD, une affiche et un livret signé (je vous le donne en mille) Marc Toullec, ESC propose une interactivité pour le moins complète et souvent passionnante. On commence par un commentaire audio sans temps mort d’Herschell Gordon Lewis et David F. Friedman où les anecdotes narrant la production rocambolesque du film (le montage, les acteurs, les effets spéciaux, tout y passe) ne manquent pas, le tout dans la bonne humeur. Une belle entrée en matière qui cède la place à une conversation entre les critiques Philippe Rouyer (Positif) et Yal Sadat (Les Cahiers du Cinéma) et qui fait la part belle à une analyse pas inintéressante mais parfois un peu trop poussée pour un film qui n’en demande pas tant. Plus terre à terre est la première partie d’un entretien avec Herschell Gordon Lewis réalisé en 2001 en marge d’une rétrospective chez nos amis du plat pays (et avec une présentation du cinéaste assurée par Alex Cox, la grande classe!). Et on termine par 46 minutes (!) de prises alternatives et de chutes de montage qui viennent prouver que Lewis n’avait pas peur d’aligner les mètres de pellicule pour arriver à ses fins.
Liste des bonus
Commentaire audio d’Herschell Gordon Lewis et de David F. Friedman, animé par Mike Vraney (VOST), Conversation autour du film avec Philippe Rouyer et Yal Sadat (25’), Les Rois du roi du gore – Partie 1 (22’), Scènes coupées (46’), Bande-annonce.





